Article de revue

De mère au singulier à féminin au pluriel « L'arbre de perles »

Pages 147 à 148

Citer cet article


(2001). De mère au singulier à féminin au pluriel « L'arbre de perles » Spirale - La grande aventure de bébé, no 20(4), 147-148. https://doi.org/10.3917/spi.020.0147.

« De mère au singulier à féminin au pluriel “L'arbre de perles” ». Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/4 no 20, 2001. p.147-148. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-spirale-2001-4-page-147?lang=fr.

2001. De mère au singulier à féminin au pluriel « L'arbre de perles » Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/4 no 20, p.147-148. DOI : 10.3917/spi.020.0147. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2001-4-page-147?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spi.020.0147


Notes

  • [*]
    Catherine-Juliet Delpy , psychopédagogue, formatrice au cefisem (Centre d’études, de formation et d’information pour la scolarisation des enfants de migrants) de l’académie de Créteil, tisse pour chaque numéro des dialogues nomades entre sociétés traditionnelles et monde occidental, ici et là-bas, migrants et société d’accueil. Rencontres transculturelles.
  • [1]
    Pierre Erny, Les Premiers Pas dans la vie de l’enfant d’Afrique noire, Paris, L’Harmattan, 1998.

1 « Souvent on parle de nos racines, comme pour un arbre, mais c’est plus les mots qui sont nos racines, la façon de parler dans notre langue. »

2 « Chez nous, c’est le griot qui raconte toute l’histoire de la famille, avec ses moments les plus importants. »

3 « Pour la naissance d’un bébé, c’est pas seulement les parents qui décident du prénom mais toute la famille, en fonction des rêves, des prémonitions. Chacun propose, raconte. »

4 « Le bébé vient d’ailleurs, du monde des ancêtres, il est “intermédiaire” comme les vieillards, il appartient aussi au monde invisible. Donner un nom, c’est un peu provoquer le destin. »

5 « Il faut observer le bébé pour décider ensuite de son nom, c’est pour ça que c’est dur ici pour nous. C’est trop vite. Alors on donne un nom pour le déclarer, mais c’est pas le bon, pas celui qui est vrai pour nous. »

6 « Souvent, on se téléphone avec la famille, et c’est en racontant sa vie de bébé, la grossesse, l’accouchement, que les vieux restés au pays disent comment l’appeler. »

7 « Nous, c’est le grand-père qui décide. »

8 « Nous aussi, au téléphone, c’est un des vieux qui parle en secret à l’oreille du bébé et si après le bébé est malade, c’est que ce prénom n’était pas le bon. Il faut en changer. »

9 « Si c’est le premier garçon de la famille, c’est toujours le même prénom, comme ça après on sait. »

10 « Il faut le protéger ce bébé avec des graines, du sable, des herbes, mais c’est souvent son prénom qui le protège. »

11 « Nous, on le maquille avec du khôl pour l’accrocher à la vie, et bien le reconnaître, car s’il ressemble à un ancêtre, il faut l’empêcher de repartir. »

12 « Chez moi c’est les femmes qui entourent la mère au moment de l’accouchement, les matrones, les “sages-femmes”, comme vous dites, qui participent au prénom du bébé. Si l’accouchement devient difficile, elles citent lentement tous les noms des ancêtres de la lignée, et c’est celui qui a été prononcé au moment de la sortie du bébé qui sera le sien.

13 « On suppose que c’est cet ancêtre-là qui a décidé de revenir sur terre et qui habite ce bébé. C’est une des accoucheuses qui va ensuite crier dans toute la concession : “C’est untel qui vient de naître, c’est lui qui est revenu, il est là… »

14 « Mais si le bébé tombe malade très vite après, c’est que le nom ne lui convient pas. Il faut lui en trouver un autre. Il faut alors bien l’observer, le regarder, pour noter soigneusement toutes les ressemblances que le bébé peut avoir avec un ancêtre, un adulte défunt de sa parenté.

15 « Mais c’est aussi le nom qui donne au nouveau-né sa personnalité et l’insère pour toujours dans un système de relations vitales et sociales duquel il tire force et protection [1]. »

16 Les bébés portent toujours leurs prénoms comme des perles de culture…