Article de revue

Je l'aurais suivi partout

Pages 21 à 22

Citer cet article


  • Brazelton, T.-B.
(2001). Je l'aurais suivi partout. Spirale - La grande aventure de bébé, no 17(1), 21-22. https://doi.org/10.3917/spi.017.0021.

  • Brazelton, T. Berry.
« Je l'aurais suivi partout ». Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/1 no 17, 2001. p.21-22. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-spirale-2001-1-page-21?lang=fr.

  • BRAZELTON, T. Berry,
2001. Je l'aurais suivi partout. Spirale - La grande aventure de bébé, 2001/1 no 17, p.21-22. DOI : 10.3917/spi.017.0021. URL : https://shs.cairn.info/revue-spirale-2001-1-page-21?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spi.017.0021


1 J’ai rencontré Serge Lebovici pour la première fois en 1980. Bien sur, j’avais entendu parlé de lui, je savais qu’il animait la scène psychanalytique à Paris et je m’attendais à rencontrer un grand patron, terrible et imposant. Il m’avait invité, ainsi que d’autres psychanalystes, à intervenir à un colloque, à partir de mon travail en néonatologie et sur les liens d’attachement précoce entre parents et bébé. J’étais le premier conférencier américain invité et je vous laisse imaginer mon stress à cet instant. Un petit bonhomme tout rond et très sérieux s’avança alors vers moi. Il se présenta, dans un anglais proprement incompréhensible : « Dr Lebovici. » Je tressaillis et je restais bouche bée. Il n’était pas très imposant mais on avait l’impression que son regard grave vous transperçait et qu’il cherchait à vous jauger avec passion. Son sourire était distant mais accueillant.

2 « Dr Brazelton, vous êtes le premier américain à faire ici une importante communication. Nous autres, à Paris, nous sommes un peu inquiets. Pouvez-vous me promettre deux choses ? » J’acquiesçais d’un geste de tête, terriblement intimidé : « Je veux vraiment plaire aux Français, Dr Lebovici, parce que mes collègues psychanalystes de Boston m’ont beaucoup parlé de vous et m’ont dit combien votre travail était novateur. » Il attendit que j’en finisse avec ma tentative de séduction. « Pour que nous vous prenions au sérieux, pourriez-vous : 1. ne pas parler avec vos mains, et 2. ne rien dire dont vous n’êtes assurés. » Je ris : « Mais, Dr Lebovici, voilà bien deux choses que font tous les Français que j’ai rencontrés ! »

3 Son visage s’éclaira d’un large sourire : « Nous allons passer une bonne journée. » En effet, la salle était comble, prés de 2000 personnes, toutes attentives à ces nouvelles découvertes sur les compétences des nourrissons et leurs effets si bénéfiques sur la mise en place des interactions précoces parents-nourrisson, pendant les premiers mois de vie. Que d’émotions à être applaudi par un aussi estimable auditoire ! Bien entendu, 1. je parlais avec mes mains, et 2. faisais des déclarations très générales que je n’avais assurément pas le droit de faire. Mais ces comportements semblèrent acceptables au public présent !

4 Après ma conférence et la longue série de questions-réponses, le Dr Lebovici reprit : “ Vous avez partagé avec nous des approches fascinantes, nous vous en sommes reconnaissants. Seriez-vous intéressé par une participation à un projet d’écriture sur ces thèmes pour le public français ? » J’étais, à ce moment, complètement sous le charme de cet homme, honnête, direct et chaleureux. Il m’avait totalement séduit avec son sens de l’accueil, son humour et sa brillante capacité d’écoute, même pour des idées outrées. Il me présenta le Dr Bertrand Cramer de Genève qui devint mon ami. Nous avons bien mis cinq ans à écrire Les premières années. Pendant tout ce temps, le Dr Lebovici nous a soutenus, poussés en avant, et a félicité nos efforts. Quel mentor merveilleux il était et quel ami il est devenu ! Et qu’importe s’il a permis à la psychanalyse française de s’intéresser aux premières années de vie et de développer tout le travail de prévention précoce, je l’aurais suivi partout.