Corps accord
Pages 165 à 166
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.017.0165
Citer cet article
https://doi.org/10.3917/spi.017.0165
Notes
-
[*]
La rubrique Corps accord se propose d’ouvrir avec vous une réflexion sur les relais fondamentaux que sont les sens dans l’unité corps et esprit. Axée sur les études actuelles dans le domaine du développement du bébé, elle recherche la cohésion entre bien-être psychique et neurophysiologique pour que le bébé, sain de corps et d’esprit, justifie notre pratique, notre quête de savoir, notre objectivité.
Elle est tenue par Claudie Gordon-Pomares, psychologue chercheur, directrice du Gordon-Pomares Center, Okotoks, Canada.
1 Cris et chuchotements, désordre et organisation, nous devons connaître la part du vouloir dans la démonstration afin d’envisager une prise en charge cohérente, ou une simple patience tendre.
2 L’un des premiers apprentissages du nourrisson, et souvent le plus méconnu, est l’immobilité.
3 Sans volonté, issue de l’expérience, sans structuration organisée des informations du cerveau, l’immobilité est impossible en dehors d’un dysfonctionnement majeur. L’immobilité est une domination absolue du corps sur l’environnement et ses circonstances. Le nourrisson ne dispose d’aucun outil pour le silence et l’immobilité et, étrange fonctionnement de l’humain, plus la capacité grandit à communiquer verbalement et à élaborer des mouvements sophistiqués, plus il devient possible de garder le silence et l’immobilité.
4 Avant que le mouvement organisé puisse être achevé, il est impératif d’être conscient de l’existence de la main, par la vision et le toucher, de la distance, de la vélocité et, plus que tout, de sa propre existence.
5 Cette conscience de soi est toute de contact, de sons, d’émois ; il faut être touché pour savoir que l’on est, lorsque toutes les informations de l’environnement semblent n’être qu’une suite diffuse et sans signification d’interpellations anonymes.
6 Le plaisir fait toute la différence, le plaisir offert par la tendresse d’une caresse ou d’une intonation, le plaisir permet la construction de soi et la prise de conscience.
7 Au cours des premières semaines, le bébé, lorsqu’il dispose d’une vision satisfaisante et opérationnelle, « désire » manipuler les objets qui l’entourent. De cette curiosité spontanée et de l’intérêt présenté par les objets, surgira le geste accompli, le geste satisfaction, le geste réponse.
8 Nombre de gestes primaires sont les effets du hasard, la contraction spontanée des muscles de la main autour d’un objet le solidarise avec celle-ci et bébé dispose d’un prolongement amusant à son bras, sans différenciation de l’un et de l’autre.
9 À partir de 3 ou 4 mois, grâce à la mise en fonction des muscles extenseurs, bébé sait lâcher, mouvement magique, et cet apprentissage lui fera passer plus de temps à faire tomber qu’à saisir.
10 La maturation de la main, conduisant à une motricité fine organisée, se fait par étapes malencontreuses et joyeuses, que le tout-petit franchit par détermination.
11 Toucher froid et utile de l’objet, toucher chaud et essentiel de l’autre ou de soi, ces touchers construisent un catalogue de mouvements de plus en plus précis, de plus en plus cohérents, le corps devient ordonnateur, et entité dominante.
12 L’incapacité à dominer par son geste et son corps son environnement est pour le tout-petit né invalide une raison permanente et terrible de détresse. Le mouvement ne naît pas du mouvement mais de l’ordre cérébral. Le mouvement organisé et voulu est le fruit d’une décision. Si la décision existe et que la réponse est inopérante, la détresse est absolue. Même dépourvu de connaissance ou de souvenir de mouvement, le bébé invalide moteur perçoit l’inadéquation entre sa compétence et son souhait de se mouvoir.
13 Cris et silence, agitation et immobilité, régulés par la compétence et le désir, définissent un état d’être, un devenir et une nécessité de tendresse, d’écoute, de regards, toujours renouvelés.