Une jeune étudiante...
Pages 131 à 133
Citer cet article
- SANDLER, Anne-Marie,
- Sandler, Anne-Marie.
- Sandler, A.-M.
https://doi.org/10.3917/spi.017.0131
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- Sandler, A.-M.
- Sandler, Anne-Marie.
- SANDLER, Anne-Marie,
https://doi.org/10.3917/spi.017.0131
1 En 1948, en tant que jeune étudiante finissant ses études avec Piaget, j’étais venue à Paris pour un entretien avec Serge Lebovici dans l’espoir d’être acceptée comme stagiaire à l’hôpital des Enfants malades. Je me souviens de son accueil à la fois professionnel et paternel et de son enthousiasme tout à fait contagieux pour le travail que lui et ses collègues poursuivaient. Je suis rentrée à Genève, ravie, munie d’une invitation à venir travailler à Paris en automne 1949. Quelques mois plus tard, vraiment par hasard, Anna Freud m’offre une place dans sa clinique de Hampstead. Quand j’ai expliqué à Anna Freud que je ne pourrai pas venir étudier à Londres parce que Serge Lebovici m’avait offert une place dans le xiii e, Anna Freud me conseilla d’aller lui parler. Je n’oublierai jamais cette rencontre. Avant même d’avoir le temps de lui expliquer mon conflit, Serge me félicita chaudement de cette chance unique et me fit comprendre que l’occasion de travailler avec Anna Freud ne se refusait pas. Il connaissait parfaitement son œuvre et il m’expliqua qu’Anna Freud non seulement était une enseignante d’une clarté impressionnante et une analyste chevronnée, mais que sa connaissance de l’enfant normal aussi bien que de l’enfant à problèmes lui donnait une place unique dans le monde psychanalytique. Il était au courant de ce qui se passait dans son centre à Londres. Il partagea avec moi son admiration pour l’intérêt qu’Anna Freud témoignait pour les questions de technique en psychanalyse d’enfants et pour son désir d’étudier de façon systématique les différents aspects métapsychologiques et cliniques du travail analytique.
2 Dès l’après-guerre, aidé par sa bonne connaissance de l’anglais, Serge Lebovici s’informe du développement de la psychanalyse dans le monde anglo-saxon, particulièrement de ce qui se passe en Angleterre. Je crois que les activités d’Anna Freud et son intérêt pour l’application de la psychanalyse aux enfants de tous les âges et à leur famille dans des institutions spécialisées ont trouvé un écho tout particulier chez Serge Lebovici, dont le travail analytique aux Enfants malades aboutit, en 1958, a la création de ce qui est maintenant le Centre Alfred Binet.
3 Serge Lebovici a participé en 1970, à Genève, à la première rencontre organisée par la Fédération européenne de psychanalyse sur « Le rôle de l’analyse d’enfants dans la formation psychanalytique », au cours de laquelle Anna Freud ainsi que Hanna Segal et René Diatkine présentèrent leur point de vue. Alors même que Serge Lebovici avait rencontré Anna Freud à plusieurs reprises, la conférence de Genève sera une des premières occasions pour une rencontre quelque peu personnelle. Anna Freud avait toujours été aimable mais très distante, et il faudra attendre bien des années et un grand nombre de rencontres scientifiques et de travail commun au sein de l’Association psychanalytique internationale pour qu’Anna Freud devienne enfin un peu moins réticente à l’égard de son collègue français.
4 Serge Lebovici publie, en 1969, un article dans la Revue française de psychanalyse sur « Le normal et le pathologique chez l’enfant » qui plaît beaucoup à Anna Freud. Elle se tourne vers Serge Lebovici pour que le livre sur La Technique de l’analyse d’enfants. Discussion avec Anna Freud soit traduit en français. Il y écrit une excellente préface. En 1984, Serge Lebovici publie, dans La Psychiatrie de l’enfant, un article intitulé « L’œuvre d’Anna Freud ». Dans ce sommaire de la pensée d’Anna Freud, il montre de façon magistrale les différentes facettes de ses recherches analytiques, de son approche clinique et de ses nombreux intérêts en psychanalyse appliquée. Il illustre et souligne très justement que le bien-être de l’enfant et de sa famille a toujours été au centre de toutes les préoccupations d’Anna Freud.
5 En 1978, Anna Freud décide d’organiser, au centre de Hampstead, un colloque annuel auquel elle invite un nombre restreint de collègues et d’amis du monde entier. Serge Lebovici est parmi les invités ; il est chargé de se faire accompagner par un ou deux analystes français afin de les initier aux travaux et à l’approche analytique de la clinique. Serge Lebovici est venu régulièrement, année après année, assister très activement à ces réunions scientifiques.
6 Grâce a son amitié avec Anna Freud, les analystes anglais qui travaillaient au centre ont eu l’occasion de le rencontrer à Londres et d’écouter ses propos toujours stimulants au cours des journées de travail du colloque. Serge Lebovici va beaucoup nous manquer, mais nous garderons de lui le souvenir d’un homme d’une très grande courtoisie, d’une vigueur intellectuelle exceptionnelle et d’un profond intérêt pour les parents et les enfants de tout âge, du nourrisson aux adolescents et jeunes adultes.