Pour Jacques Pain : présentation du dossier
- Par Marie-Anne Hugon
- et Alain Vulbeau
Pages 9 à 11
Citer cet article
- HUGON, Marie-Anne
- et VULBEAU, Alain,
- Hugon, Marie-Anne.
- et al.
- Hugon, M.-A.
- et Vulbeau, A.
https://doi.org/10.3917/spec.hs1.0009
Citer cet article
- Hugon, M.-A.
- et Vulbeau, A.
- Hugon, Marie-Anne.
- et al.
- HUGON, Marie-Anne
- et VULBEAU, Alain,
https://doi.org/10.3917/spec.hs1.0009
Notes
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[1]
Connue aujourd’hui sous le nom d’Université Paris Nanterre, après avoir été désignée successivement sous les noms d’Université Paris X et Université Paris Ouest Nanterre La Défense ; les auteurs du présent numéro utilisent l’une de ces dénominations en fonction de la période à laquelle ils ont côtoyé Jacques Pain.
-
[2]
Gori, R. & del Volgo, M.-J. (2009). « L’idéologie de l’évaluation : un nouveau dispositif de servitude volontaire ? », Nouvelle Revue de Psychosociologie, n°8, pp. 11-26 (disponible sur Cairn).
1 Ce numéro de Spécificités est consacré à Jacques Pain, professeur en Sciences de l’éducation à l’université de Paris X Nanterre [1], disparu en janvier 2021. Il a été initié par des membres de l’équipe « Crise, École, Terrains sensibles » qu’il avait créée en 1993 et qu’il anima jusqu’à sa retraite.
2 À côté de sa carrière d’enseignant-chercheur, Jacques Pain a vécu plusieurs vies. Il a été enseignant en lycée technique, karatéka, « fils de facteur », compagnon de route de la révolution salvadorienne, romancier, auteur et éditeur d’ouvrages de pédagogie institutionnelle, conférencier dans différents pays : Japon, Cuba, Portugal, Brésil, Grande-Bretagne, Belgique, Allemagne, notamment, mais aussi intervenant local dans des institutions scolaires, sociales, socioculturelles, le plus souvent dans des quartiers populaires... Son existence fut riche en réalisations et en rencontres avec des institutions, des collectifs et des individus divers. Mais dans ce dossier, ne sont abordés que les aspects de la vie de Jacques Pain concernant ses activités d’enseignant-chercheur et de formateur, enraciné dans des territoires. Là où se jouent les relations entre des collectifs et des institutions, qu’elles soient judiciaires, scolaires ou socio-éducatives.
3 Nous laissons à d’autres le soin d’écrire et de parler des autres vies de Jacques Pain, en France et à l’étranger. En nous focalisant sur son action et son œuvre à Paris Nanterre, c’est aussi à une conception de l’université et de son ancrage dans la société globale que nous voulons rendre hommage.
4 Du fait de ses positions originales en matière de recherche et de formation et vis-à-vis de l’institution universitaire, Jacques Pain était perçu par certains de ses collègues comme un marginal. Car il détonnait dans une institution de plus en plus bureaucratisée et gouvernée par l’idéologie de l’évaluation, ce « nouveau dispositif de servitude volontaire », pour reprendre les termes de Gori et de ses collaborateurs [2]. Pour autant, il prenait sa part dans le fonctionnement de l’université, participant tout au long de sa carrière à de multiples instances. Au niveau des Sciences de l’éducation, Jacques Pain était un précurseur dont les idées ont été reprises par d’autres collègues, sans que ce qui lui était dû soit toujours reconnu. D’une part, proche de Jean et Fernand Oury, Jacques Pain a introduit la pédagogie institutionnelle à l’université dans ses enseignements et dans sa pratique. D’autre part, il a ouvert des champs de recherche sur des problématiques originales, en phase avec les questions vives de notre temps, telles que : violence, harcèlement, pratique de l’institutionnel, crise à l’école et dans les institutions. Il a accompagné sur la longue durée des professionnels intervenant dans des quartiers prioritaires. Ses travaux ont conjugué des approches variées (recherches qualitatives et quantitatives et recherche-action).
5 Au-delà de la multiplicité de ses centres d’intérêt et de ses terrains d’action et de recherche, il y avait chez Jacques Pain une unité qui tenait à la cohérence entre ses idées et sa pratique au quotidien, autour de la question de l’institution.
6 Ce dossier a été construit en sollicitant celles et ceux qui ont travaillé avec Jacques Pain à l’Université Paris Nanterre, comme collègues, comme membres de son équipe, comme thésards, ou comme associés à l’une de ses recherches ou à l’un des collectifs auxquels il participait. Certains sont d’anciens compagnons de route, d’autres de jeunes thésards. On trouvera aussi des pédagogues de terrain qui, dans le cadre de leur exercice professionnel, ont été accompagnés par Jacques Pain. Nous avons enfin sollicité Daniel Hameline qui siégea dans le jury de sa première thèse en 1979.
7 Les textes reçus sont très divers : articles scientifiques, poèmes, essais, témoignages. Certains revisitent l’ensemble de l’œuvre et des écrits de Jacques, d’autres s’attachent à l’évocation de micro-histoires. Nous avons également réédité deux entretiens déjà parus dans des revues.
8 Nous avons choisi de présenter les textes par ordre alphabétique, refusant ainsi de classer ou de hiérarchiser les propositions, les thématiques et les registres d’écriture.
9 Plusieurs articles évoquent plus particulièrement la question de la violence (Cifali, Pesce, Bagur) et de la formation sur ce thème (Bernier), ses liens avec la Protection Judiciaire de la Jeunesse (Cheval) et ses interventions institutionnelles dans des terrains en crise (Grandin-Degois, Hugon) ; le cours « violence » qu’il animait (De Luca Bernier), la place des arts martiaux (Benigno, Dervaux). D’autres textes traitent de ses encadrements de thèse (Casanova, Viaud, Trellet), de sa conception de la formation des enseignants et de l’intervention (Robbes et Dufournier Costier), de la pédagogie (Connac, Pourtois et Desmet), de l’accompagnement de l’école de la Neuville (Amram et d’Ortoli). Enfin, sont exposés ses conceptions de la recherche et leurs sources théoriques (Brito, Francomme), son rapport au terrain (Cellier) et la notion de « terrains sensibles » (Vulbeau). Par ailleurs, ses travaux hors de métropole et à l’étranger sont évoqués dans plusieurs textes (Armoudon, François). Si certains articles se concentrent sur l’engagement chaleureux de Jacques Pain auprès de ses étudiants (Brichler, Lenoir), tous témoignent de son étonnante présence et du lien intense développé avec les uns et les autres, toujours pensé dans le cadre de dispositifs organisationnels et institutionnels. En témoigne le récit que fait Daniel Hameline d’une soutenance, pour le moins mémorable.
10 À la lecture de cet ensemble de textes, chacune et chacun saisira combien la rencontre avec Jacques Pain a laissé des traces profondes chez celles et ceux qui ont eu la chance de travailler avec lui.
11 Paris, Île-Saint-Denis, le 19 avril 2022