Article de revue

Favoriser le pouvoir d’agir des habitants du bidonville par une approche éducative sensible

Pages 75 à 76

Citer cet article


  • Belliot, N.
(2021). Favoriser le pouvoir d’agir des habitants du bidonville par une approche éducative sensible. Spécificités, 15(1), 75-76. https://doi.org/10.3917/spec.015.0075.

  • Belliot, Nathalie.
« Favoriser le pouvoir d’agir des habitants du bidonville par une approche éducative sensible ». Spécificités, 2021/1 n° 15, 2021. p.75-76. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-specificites-2021-1-page-75?lang=fr.

  • BELLIOT, Nathalie,
2021. Favoriser le pouvoir d’agir des habitants du bidonville par une approche éducative sensible. Spécificités, 2021/1 n° 15, p.75-76. DOI : 10.3917/spec.015.0075. URL : https://shs.cairn.info/revue-specificites-2021-1-page-75?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/spec.015.0075


1Nous vivons dans une ère paradoxale. D’un côté, nous assistons à l’émergence de l’individualisme. De l’autre, on voit naître de nombreuse d’initiatives locales et solidaires. Des mouvements collaboratifs se créent, des nouvelles façons d’agir et de vivre s’inventent. Ces dynamiques, qui donnent de l’espoir, ne concernent malheureusement que très peu les bidonvilles, qui pour la plupart restent confrontés à des logiques punitives et d’enfermement. On punit en quelque sorte les victimes des plus grandes inégalités. Les logiques collaboratives s’arrêtent souvent à la frontière des bidonvilles et laissent place à un imaginaire collectif dans lequel les Roumains des bidonvilles sont perçus comme des sauvages. On s’intéresse trop peu aux histoires de vie des habitants des bidonvilles. On peine à apporter à ces populations certains besoins primaires tels que l’accès à l’emploi ou au logement décent. On renforce au contraire une stigmatisation de ces habitants en leur refusant de disposer d’un lieu de vie propre ; l’absence de ramassage d’ordures se traduit par une accumulation de déchets visible de tous.

Pour une approche éducative sensible aux spécificités des bidonvilles

2La complexité du bidonville appelle à la mise en place d’innovations sociales et éducatives. Cependant, l’absence de soutien institutionnel alimente une certaine précarité des interventions. À l’image des habitants, les associations et les professionnels travaillant dans les bidonvilles sont aussi rejetés et peinent à obtenir des subventions. Une méfiance et une suspicion se développent à l’égard de ceux qui viennent en aide aux habitants des bidonvilles. Travailler en bidonville c’est accepter d’évoluer dans un contexte particulièrement hostile, mais qui peut être en même temps porteur. En effet, lorsque des professionnels ou des bénévoles décident de s’investir dans un bidonville, ils sont souvent amenés à constater par eux-mêmes des effets positifs de leurs actions, et ce aussi bien sur le plan de l’intégration que la socialisation. Les interactions reposant sur des logiques d’aide et d’accompagnement offrent aux habitants, en particulier aux enfants, des points de repère positifs qui contrastent avec un quotidien souvent caractérisé par un rapport au monde extérieur fait d’insultes, de mépris, d’éviction.

3Intervenir dans un bidonville requiert une approche particulière. Il est tout d’abord important de savoir mobiliser une approche écosystémique pour comprendre les effets multiples de l’enclavement et de l’exclusion qui influencent aussi bien le rapport à l’école, l’insertion économique, et plus globalement l’intégration. Le travail dans le bidonville est aux antipodes d’une logique descendante. S’il faut bien évidemment essayer de s’adapter aux besoins réels des habitants, il revient aux professionnels, éducateurs et autres intervenants de développer une écoute qui intègre et exploite le désir des habitants. Il est finalement primordial de considérer les bidonvilles comme des terrains porteurs de ressources et ne pas oublier qu’ils permettent aux habitants de mener un mode de vie qui permet de satisfaire de nombreux besoins. Il est à ce titre intéressant de comparer la vie dans les bidonvilles et celle dans les hôtels sociaux. On pourrait de prime abord penser que l’hôtel social offre un cadre de vie plus avantageux que le bidonville, mais lorsqu’on sait qu’on y interdit aux enfants de jouer dans les couloirs et aux extérieurs, une autre analyse est possible. Dans les hôtels sociaux, les résidents n’ont pas accès à une cuisine et sont contraints de rester enfermés dans leurs chambres, ce qui est aux antipodes du bidonville qui offre une vie à l’air libre et en communauté.

Œuvrer pour le pouvoir d’agir des habitants

4Pour permettre aux habitants des bidonvilles de s’émanciper, il me paraît d’abord important de sortir d’une logique d’ignorance. Les pouvoirs publics nationaux et locaux sont souvent bien renseignés sur différentes problématiques sociales. L’existence des bidonvilles et des conditions de vie fragiles n’est pas un secret. On se contente pourtant de faire comme si les bidonvilles n’existaient pas et on laisse les habitants être livrés à eux-mêmes. Cette ignorance est doublement condamnable. Au regard de l’intensité de la précarité rencontré les habitants, on pourrait considérer cette ignorance comme une forme de non-assistance à la personne en danger. Si on se réfère à des dimensions juridiques et éthiques, nous pouvons alors constater que nous sommes bien souvent en contradiction avec des textes de loi, nationaux et internationaux, qui garantissent le droit à l’éducation, le droit une scolarisation, ou encore le droit au logement.

5 Les habitants des bidonvilles ne sont ni écoutés ni consultés. Ils sont en quelque sorte des sans-voix. Les actions associatives nous montrent pourtant qu’il est possible d’engager des démarches participatives avec les habitants des bidonvilles et qu’il n’est pas si compliqué de leur donner la parole. Les outils proposés par la pédagogue sociale sont un véritable levier en la matière.


Date de mise en ligne : 11/05/2021

https://doi.org/10.3917/spec.015.0075