De quoi l’expertise est-elle le nom ? Le rôle des assignations ethno-raciales dans le travail des interprètes auprès de populations migrantes
- Par Anaïk Pian
Pages 87 à 103
Citer cet article
- PIAN, Anaïk,
- Pian, Anaïk.
- Pian, A.
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- Pian, A.
- Pian, Anaïk.
- PIAN, Anaïk,
Notes
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[1]
Les autres secteurs dans lesquels exercent les personnes relevant du métier d’interprète sont l’administration publique générale, les organisations et organismes extraterritoriaux, la photographie, etc.
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[2]
Par assignations ethno-raciales, je désigne le continuum d’un processus essentialisant de catégorisation qui, sur un « mode ascriptif » (de Rudder, 1997, p. 43), assigne une appartenance à un groupe minoritaire en regard d’une origine, réelle ou supposée. Les sociologues de l’École de Chicago ont progressivement établi une distinction entre les ethnic relations et les race relations : dans la construction de l’ethnicité (ethnic relations), l’édification de la frontière Eux/Nous qui peut être franchie s’appuierait sur des marqueurs culturels tandis que dans la construction de la race (race relations), domineraient des marqueurs indépassables liés au phénotype. Toutefois, plusieurs travaux remettent en cause la dichotomie race/ethnicité sur la base de marqueurs culturels versus biologiques, en arguant notamment que la construction de la race peut également revêtir des traits culturels (Brun & Cosquer, 2022). Sans pouvoir resituer l’ensemble de ces débats, j’emploie ici le terme d’assignation ethno-raciale afin de prendre en compte le continuum, pouvant être labile, dans la construction de ces processus d’altérisation instaurant une frontière Eux/Nous.
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[3]
Je reprends la distinction entre racialisation, en tant que processus cognitif de construction de la différence sur la base de catégories ethno-racistes, et racisation en tant que « face matérielle » (Poiret, 2011, p. 113) renvoyant aux « pratiques et attitudes orientées et justifiées par la racialisation » (Poiret, idem).
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[4]
Il convient toutefois de signaler l’article de Nicolas Chambon et Roman Petrouchine (2020), qui aborde les enjeux de l’interprétariat lors de consultations médicales visant à établir les violences subies dans le pays d’origine en vue de déposer un recours dans le cadre de la demande d’asile.
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[5]
Je reprends ici, en tant que catégorie émique, une expression employée par de nombreux professionnels des milieux médical, social et médico-social.
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[6]
Depuis la réforme de l’asile de 2015, les récits OFPRA sont constitués au niveau des plateformes d’enregistrement des demandes d’asile et les recours sont effectués par des avocats. Toutefois, les travailleurs sociaux peuvent être amenés à retravailler les récits avec les résidents, pour y apporter des précisions.
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[7]
Inspirée de la frame analysis goffmanienne et de l’idée de cadre comme principes organisateurs de l’expérience, cette notion s’en distingue cependant en insistant sur la réflexivité et les rapports de force dans les définitions de la situation en jeu.
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[8]
Sur mes terrains d’enquête, il était plus rare que ces processus de recadrage soient à l’initiative des usagers, bien que la situation ait pu se présenter. Il en est ainsi, par exemple, lorsqu’un requérant lors d’une audience à la CNDA demande à s’exprimer directement en français – bien que dans un langage très hésitant – plutôt que par l’interprète présent.
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[9]
Par cette expression, je fais référence à l’idée de renommée et de réputation attachée au terme de crédit, ainsi qu’à la notion de confiance dans une conception proche de la traduction de « trust » (Lhumann, 2006), désignant une confiance à gagner et systématiquement évaluée.
Qu’est-il attendu des interprètes lorsqu’ils transportent la parole de tiers, qu’il s’agisse de celle des professionnels faisant appel à leurs services ou de celle des usagers, et ce, afin de permettre aux premiers d’exercer leurs propres missions ? L’article part de l’hypothèse que l’on ne peut saisir les tensions dans la définition et les pratiques in situ de l’appel à l’expertise des interprètes sans tenir compte d’une caractéristique sociologique fondamentale de ce métier : celle d’être racisé. Il met en perspective trois contextes d’interprétariat : celui de l’instruction des demandes d’asile au sein de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) ; celui de l’accompagnement des demandeurs d’asile en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) ; celui de consultations en santé mentale. Dans le cadre d’une activité à dimension prudentielle, l’article montre comment, selon des processus ambivalents, l’origine réelle ou supposée des interprètes oscille entre présomption qualifiante ou disqualifiante. Plus largement, la manière dont la racialisation du métier est perçue selon les différents contextes d’intervention et configurations relationnelles impliquées, affecte le périmètre et la nature de l’appel à l’expertise des interprètes. En dépit des codifications formelles de la fonction, les frontières du rôle des interprètes font constamment l’objet de régulation sur le vif pour une expertise en acte, traversée par des logiques de racialisation.
- interprètes
- racialisation
- santé
- asile
- expertise
Mots-clés éditeurs : interprètes, racialisation, santé, asile, expertise
What does expertise refer to ? The weight of ethno-racial categorization in interpreters’ work with migrant populations
What are the expectations placed on interpreters to create the conditions to perform their own missions, all while doing the work of carrying the words of others –whether the professionals who request their services or the individuals who depend on them ? This article is based on the premise that there are tensions both in defining and situating practices of calling on interpreters’ expertise which cannot be grasped without taking into account a sociological characteristic that is fundamental to this profession. Namely, the fact of being racialized. Three interpreting contexts in France are put into perspective. First, the examination of asylum applications within the National Court of Asylum (CNDA). Second, support for asylum seekers in reception centers for asylum seekers (CADA). Third, mental health consultations for foreign patients. Bearing in mind the prudential dimension of public service interpreting, the article shows the ways in which ambivalent processes cause an interpreter’s real or supposed origin to oscillate between a qualifying or disqualifying presumption. More broadly, the scope and nature of the use of interpreters are affected by how the racialization of the profession is perceived, according to both the contexts of intervention and the relational configurations involved. While the function is formally codified in France, the boundaries of the interpreter’s role are, in practice, constantly adjusting on within any given interaction, crosscut by mechanisms of racialization.
- Interpreters
- racialization
- health care
- asylum
- expertise
Mots-clés éditeurs : Interpreters, racialization, health care, asylum, expertise
Date de mise en ligne : 30/04/2026