Compte rendu

François Dieu, La Gendarmerie, secrets d’un corps, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002, 334 p.

Pages 317h à 331h

Citer cet article


(2003). François Dieu, La Gendarmerie, secrets d’un corps, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002, 334 p. Sociétés & Représentations, 16(2), 317h-331h. https://shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317h?lang=fr.

« François Dieu, La Gendarmerie, secrets d’un corps, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002, 334 p. ». Sociétés & Représentations, 2003/2 n° 16, 2003. p.317h-331h. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317h?lang=fr.

2003. François Dieu, La Gendarmerie, secrets d’un corps, Bruxelles, Éditions Complexe, 2002, 334 p. Sociétés & Représentations, 2003/2 n° 16, p.317h-331h. URL : https://shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317h?lang=fr.

1 Par Pascal Brouillet

2 Depuis Gendarmerie et modernité, dont les conclusions sont en grande partie reprises dans cet ouvrage, François Dieu n’a cessé de s’interroger sur la particularité et les évolutions possibles de la Gendarmerie nationale. Une fois encore, il prouve qu’il connaît bien ce corps et qu’il en a réellement percé les secrets. Au-delà de la description précise et détaillée de l’organisation et des missions d’une institution encore mal connue du grand public, notamment urbain, l’analyse présentée vaut aussi pour la reconstruction de l’image que la gendarmerie a d’elle-même et la manière dont elle se présente.

3 François Dieu insiste ainsi avec raison sur l’importance de l’histoire dans la formation de cette image. On peut certes regretter les choix opérés dans le découpage historique, notamment celui de la prise de la Smala d’Abd El-Kader comme bataille symbolique du rôle combattant de la gendarmerie, et le fait que soient présentés pour vérités historiques — « le roman vrai » de la gendarmerie (p. 52) – les mythes auxquels continuent d’adhérer le personnel, notamment ceux concernant l’ancienneté du corps, la date de création des brigades ou l’importance donnée à la réforme de 1720 comme au décret du 20 mai 1903. Mais ces mythes constituent encore le fondement de l’identité de la gendarmerie actuelle et, à ce titre, doivent être pris en compte pour comprendre sur quels éléments se fonde l’esprit de corps, même si une histoire plus conforme à la réalité apparaît progressivement grâce aux études conduites depuis maintenant cinq ans, notamment à l’Université Paris IV, sous la direction du professeur Jean-Noël Luc.

4 Le « modèle gendarmique » que décrit François Dieu conviendra sans nul doute au personnel du corps, qui se reconnaîtra dans l’exposé de ce qui fait l’unité de la gendarmerie, au-delà des querelles internes et des identités secondaires associées aux différentes subdivisions et aux gendarmeries spécialisées, tensions qui sont parfaitement analysées. Le lecteur profane trouvera dans les pages consacrées à la morale professionnelle du gendarme une vison intérieure précise et nuancée des vertus que tout gendarme prétend ou souhaite posséder. Apparaissent alors très clairement quelles contraintes pèsent sur le personnel, contraintes qui sont autant dues à l’image que le corps se fait, ou doit donner, de lui-même qu’aux réalités du terrain. Chaque gendarme a ainsi perpétuellement en tête un modèle idéal de ce que doit être son action et son comportement, qui s’impose avec d’autant plus de force qu’il vit en permanence en collectivité. C’est sans conteste un grand mérite de ce livre que de nous faire pénétrer ainsi dans l’imaginaire collectif d’un corps peu enclin aux débordements expansifs, même lorsqu’il se « mutine » ou se réveille.
Ce « réveil » de la gendarmerie, François Dieu le situe en 1989, au moment de la crise des lettres anonymes, et l’attribue aux dilemmes auxquels le corps est confronté. François Dieu, non sans raison mais peut-être trop exclusivement comme le prouve l’histoire de la gendarmerie au xixe siècle, attribue ces tiraillements aux évolutions du monde contemporain. Il a le grand mérite de rappeler de manière très claire que la gendarmerie oscille entre deux modèles de développement et d’organisation qui s’articulent autour de trois balancements principaux : polyvalence et spécialisation, militarisation et policiarisation, territorialité et rationalité. Or, dit l’auteur, la gendarmerie ne veut pas trancher, ce qui explique le malaise actuel. Loin d’être la « forteresse assiégée » qu’elle prétend être, la gendarmerie doit prendre son destin en main et accepter de regarder la réalité, aussi désagréable ou difficile soit-elle, sans se nourrir de faux-semblants. On peut toutefois se demander si François Dieu, dans cette conclusion, n’invite pas la gendarmerie à changer d’âme. La recherche permanente du compromis entre des positions difficilement conciliables tout comme cette image de corps en butte à l’hostilité ne constituent-elles pas deux des principaux fondements de l’image que la gendarmerie a d’elle-même ? Il semble, cependant, si l’on en croit les réactions aux dernières évolutions de l’organisation de la gendarmerie, postérieures à la parution de cet ouvrage, que François Dieu a été entendu, argument supplémentaire pour inviter à consacrer un peu de son temps à la lecture d’un ouvrage si instructif, notamment pour ce qui concerne le système de représentations de la gendarmerie. ?


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Date de mise en ligne : 01/03/2010