Compte rendu

Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie, État et société au xixe siècle. Actes du colloque organisé les 10 et 11 mars 2000, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 510 p.

Pages 317d à 324d

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(2003). Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie, État et société au xixe siècle. Actes du colloque organisé les 10 et 11 mars 2000, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 510 p. Sociétés & Représentations, 16(2), 317d-324d. https://shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317d?lang=fr.

« Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie, État et société au xixe siècle. Actes du colloque organisé les 10 et 11 mars 2000, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 510 p. ». Sociétés & Représentations, 2003/2 n° 16, 2003. p.317d-324d. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317d?lang=fr.

2003. Jean-Noël Luc (dir.), Gendarmerie, État et société au xixe siècle. Actes du colloque organisé les 10 et 11 mars 2000, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002, 510 p. Sociétés & Représentations, 2003/2 n° 16, p.317d-324d. URL : https://shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2003-2-page-317d?lang=fr.

1 par Nadine Vivier

2 Rendre compte des actes d’un colloque n’est jamais aisé, mais, dans le cas présent, la tâche est particulièrement ardue à cause d’une extraordinaire richesse, d’une profusion même qui tient à deux raisons. D’une part, le colloque de la Sorbonne a posé les pierres fondatrices d’un nouveau chantier, et, pour en assurer l’essor, il évoque les multiples facettes à explorer. D’autre part, Jean-Noël Luc va bien au-delà d’une simple publication d’actes : il fait de cet ouvrage un véritable instrument de travail. Il lui donne une unité en regroupant les contributions en cinq chapitres cohérents, et, pour chacun d’eux, il rédige un texte introductif qui fournit un précieux tableau d’ensemble : il apporte les connaissances de base sur la gendarmerie, un bilan historiographique et une réflexion méthodologique.

3 L’histoire de la gendarmerie a été négligée par les universitaires français alors que fleurissaient les travaux sur l’armée et la police, et que les documents produits par les gendarmes étaient utilisés en abondance pour l’étude du xixe siècle. Pourquoi un tel retard ? Jean-Noël Luc pense que la spécificité de cette force militaire chargée de missions policières et administratives a détourné à la fois ceux qui s’intéressaient à l’armée et aux populations civiles. S’y ajoutent aussi les difficultés inhérentes aux sources : dispersion, classement parfois déficient, nombreuses lacunes, car les milliers de documents produits chaque année ne pouvaient être intégralement conservés. On en est donc resté aux travaux menés au sein de l’institution ou bien à la vision caricaturale du pandore. La création, en 1995, du Service historique de la Gendarmerie nationale a pour but de stimuler la recherche et lui en donner les moyens. Avec son concours, le colloque de la Sorbonne de mars 2000 a été organisé par le Centre de recherches en histoire du xixe siècle. Les pistes qu’il a ouvertes sont multiples, sur l’institution, sa réglementation, son implantation territoriale et sa façon d’assumer ses missions, sur les gendarmes eux-mêmes, sans oublier une réflexion sur ce modèle et son exportation.

4 La gendarmerie est l’une des plus anciennes institutions de la France, puisqu’elle est l’héritière de la maréchaussée qui, du xvie siècle au xviiie siècle, fut à la fois force de police et juridiction fonctionnant rapidement et gratuitement. Ce corps est réorganisé, en février 1791, sous le titre de Gendarmerie nationale. Les quatre autres grands textes qui ont défini ses fonctions (1798, 1820, 1854, 1903) ont tous combiné unités locales responsables et tutelle centralisée, mais éclatée entre plusieurs ministères, puisque seul Napoléon avait accordé à l’arme un commandement autonome. Les textes réunis ici montrent les problèmes soulevés par ce statut : la conception du rôle de l’État, la soumission à ses représentants, en particulier le préfet, le statut militaire de cette police qui suscite de plus en plus de débats à la fin du siècle. Il a fallu délimiter ses fonctions et relations avec d’autres corps, tels ceux des gardes champêtres et même des maires.

5 Au cours du siècle, les effectifs se sont accrus, de 7 455 hommes en 1789 à 21 160 en 1914. Quelques exemples monographiques retracent cette expansion numérique et territoriale, forte surtout de 1850 à 1853 et de 1872 à 1878, et ils analysent les modes d’appropriation de l’espace : comment et où s’implantent les brigades, à la demande des préfets et des notables soucieux d’imposer l’ordre. Les missions civiles de la gendarmerie sont multiples, et leur classification pose de réels problèmes méthodologiques. Ceci rend difficile l’interprétation des statistiques d’activité, d’autant plus qu’elles ont aussi une valeur stratégique pour leurs auteurs. Les études sur des tâches précises montrent comment celles-ci ont évolué au cours du siècle, au gré des inquiétudes sécuritaires : conscription, police des marchés, surveillance des hommes et des animaux, etc. La variété de ces tâches tend à se restreindre, à se concentrer sur la route, les cabarets et la surveillance des étrangers, vagabonds et nomades.

6 Pour comprendre comment les gendarmes sont acceptés, et donc l’efficacité de leurs missions, il faut connaître ces hommes. Registres matricules et dossiers de pension dessinent le profil d’un ancien soldat, de haute taille, sachant lire et écrire. Souvent d’origine rurale et paysanne, il est enraciné dans sa région, où il a épousé une femme du même milieu. Mais cette effigie du soldat-paysan doit être contrebalancée par l’importante rotation des effectifs. Nombreux sont ceux qui, célibataires et isolés, ne restent que quelques années et ne figurent donc pas dans les dossiers de pension. Ici encore, l’approche monographique peut seule fournir des données sur la nature des vocations, la richesse et l’intégration dans les communautés.

7 Enfin, un dernier chapitre est consacré à l’exportation de ce modèle français au moment des guerres révolutionnaires et impériales. Il s’est imposé dans les terres conquises, Espagne, Italie, Belgique, qui l’ont conservé après la chute de l’Empire ; il a aussi été adopté par les monarchies autoritaires d’Autriche et de Russie. Ce modèle d’une institution militaire séduisait le pouvoir central qu’il renforçait. Il a été concurrencé, durant tout le siècle, par le modèle anglo-saxon de polices civiles, unités responsables devant les pouvoirs locaux.

8 D’autres thèmes traversent l’ensemble de l’ouvrage : celui de l’acceptation du gendarme qui progresse, au cours du siècle, à des rythmes que l’on devine variables selon l’époque et la région, celui du rôle normatif qu’il exerce en tant qu’agent de la force de l’État, rôle dans la diffusion de l’idée nationale aussi bien que dans celle des valeurs morales et des normes comportementales.
Cet ouvrage présente une belle moisson , un premier bilan des recherches dont la richesse est déjà incontestable ; les textes sont certes inégaux, mais moins que de coutume, car on sent l’enthousiasme des grands chantiers. Grâce au travail de synthèse réalisé par Jean-Noël Luc, il pose solidement les bases de l’avenir, de façon d’autant plus prometteuse qu’il associe des historiens confirmés et de jeunes doctorants. ?


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Date de mise en ligne : 01/03/2010