« Ça n'a pas de prix »
Diversité des modes de rétribution du travail des artisans d'art
- Par Flora Bajard
- et Marc Perrenoud
Pages 93 à 116
Citer cet article
- BAJARD, Flora
- et PERRENOUD, Marc,
- Bajard, Flora.
- et al.
- Bajard, F.
- et Perrenoud, M.
https://doi.org/10.3917/soco.091.0093
Citer cet article
- Bajard, F.
- et Perrenoud, M.
- Bajard, Flora.
- et al.
- BAJARD, Flora
- et PERRENOUD, Marc,
https://doi.org/10.3917/soco.091.0093
Notes
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[1]
/ On se base ici sur les indicateurs de Laeken, ainsi que ceux, plus affinés, du Centre de l’Étude et de l’Emploi, qui permettent de sonder la qualité de nombreux métiers et de prendre en compte leurs dimensions les plus diverses (travail/hors travail, etc.) (Ralle 2006). On notera toutefois que ceux-ci sont d’abord construits pour l’analyse du travail salarié.
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[2]
/ Baudelot, Gollac et alii parlent de « manifestation de conformité à la norme du’bonheur professionnel », (p. 43).
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[8]
/ La plus-value symbolique dont se charge le travail est souvent intégrée dans le prix, bien que les entretiens montrent de grandes divergences quant aux façons d’effectuer ce calcul.
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[10]
/ Un « bol à histoire » (plusieurs enquêtés utilisent cette expression) est fabriqué au terme de nombreuses étapes chargées en difficultés technique et/ou en investissement personnel et émotionnel, et mises en récit par son créateur.
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[11]
/ À plus forte raison pour des artisans d’art dont l’implantation géographique – comme dans le canton de N. dans les Corbières – favorise l’accès à une clientèle aisée et bien « disposée » (gentrifieurs) : « c’est une clientèle quand même d’arrière-pays, donc assez sophistiquée, c’est une autre clientèle que la côte... [...] Ma clientèle régulière surtout c’est des femmes professionnelles, c’est des médecins, des profs, des avocats. » (Barbara, styliste.)
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[12]
/ Sur ce point-là, cet aspect viendrait compléter les analyses de Baudelot, Gollac et al., essentiellement centrées sur le salariat, et abordant moins les porosités entre sphère domestique et sphère professionnelle.
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[13]
/ Sur la dimension polysémique et large de la notion anthropologique de « style », cf. : « Du style », Critiques, Paris, Éditions de minuit, 2010. L’idée de « manières de vivre » renvoie à l’article de M. Macé de ce même numéro (Macé, 2010).
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[14]
/ Par exemple, les céramistes vivent en grande majorité en milieu rural (77 % % des répondants), mais plus encore : 45 % vivent dans une commune de moins de 1000 habitants comme c’est le cas de tous les artisans d’art du canton de N.
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[15]
/ Les nécessités de diversification de l’activité conduisent bien souvent à développer – même partiellement – une certaine « routine », par exemple chez les céramistes qui mettent au point deux types de production différents : l’un permet la libre expansion de la créativité et la prise de risque, l’autre « assure les arrières » avec des pièces de petites séries facilement vendables, mais dont la fabrication s’avère plus répétitive.
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[16]
/ Chez G. Friedmann avec le « métier global » fondé « sur une culture technique et la fierté de l’achèvement d’un produit » (Friedmann, 1956) mais aussi avec les concepts d’« œuvre » et de « travail » chez H. Arendt, ou encore dans les théories critiques avec la réification.
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[17]
/ Les céramistes d’art sont l’un des groupes professionnels de métiers d’art les plus structurés en France : en plus de la Chambre syndicale des céramistes et ateliers d’art de France (AAF), il existe plusieurs dizaines d’associations de professionnels locales et régionales, dont 19 sont regroupées dans le Collectif national des Céramiste (CNC). Cette fédération d’associations revendique regrouper 750 ateliers (sur une population estimée entre 1 650 et 2000 professionnels).
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[18]
/ Il existe, chez les céramistes, certains systèmes tels que « Terre de solidarités » à l’échelle nationale, un fonds géré par AAF et le CNC, qui attribue chaque année des sommes destinées à venir en aide à certains céramistes rencontrant des difficultés d’ordre professionnel (incendie d’un four, inondation, production détruite...) ou personnel (décès du conjoint, maladie grave...).
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[19]
/ Nous avons quelques très rares exemples d’« échecs », professionnels installés ayant contourné la socialisation au groupe professionnel et aspirant souvent à des consécrations artistiques plus importantes : ceux-ci souffrent d’un sentiment de désajustement avec « les autres », et d’exclusion professionnelle voire de marginalisation de la vie locale.
Cet article expose les formes de rétributions non monétaires observées chez des céramistes et autres artisans d’art, dans des espaces du travail indépendant, en marge des mondes de l’art les plus légitimes. La relative précarité économique de ces professionnels s’accompagne d’une quête de bonheur dans le travail qui semble évacuer, du moins en partie, la question du profit marchand. Réduire cette situation à une dénégation de l’économie et à une forme d’illusio vocationnelle paraît impropre à restituer la « double vérité », objective et subjective, du rapport au travail de ces indépendants. En prenant au sérieux le sens que ces enquêtés donnent à leur activité, on montre qu’ils pensent les rétributions du travail dans toute la diversité de leurs formes. Cet article expose ainsi à quelles conditions le revenu pécuniaire s’articule alors avec d’autres types de bénéfices, qu’il s’agisse de la valeur axiologique du travail (travail de belle facture, artifié) ou d’une « qualité de vie » liée aux espaces et aux temps du travail.
“Priceless...” “Creative Craftsmen” and the Diversity of Work Rewards
“Priceless...” “Creative Craftsmen” and the Diversity of Work Rewards
This article shows the diversity of non-monetary rewards among various self-employed occupations within the art worlds’ boundaries : Art ceramists, but also creative craftsmen. The relative economic insecurity they are faced with goes along with a search for happiness at work that partly ignores monetary profits. Interpreting such a phenomenon barely through the denial of economic matters and a vocational illusio seems inappropriate to explain the “twofold truth” – objective and subjective – of work for these self-employed workers. In this paper, we take into account the meaning of work among these workers to show that they actually conceive work rewards in every sense of the term. We therefore show under what conditions the monetary income may go along with other kinds of benefits : the axiological values of work (finely crafted, artified work) ; a quality of life connected to the spaces and temporalities of work.