La lutte dans la lutte. L'espace de la mobilisation étudiante contre le contrat première embauche (CPE)
- Par Sébastien Michon
Pages 83 à 106
Citer cet article
- MICHON, Sébastien,
- Michon, Sébastien.
- Michon, S.
https://doi.org/10.3917/soco.083.0083
Citer cet article
- Michon, S.
- Michon, Sébastien.
- MICHON, Sébastien,
https://doi.org/10.3917/soco.083.0083
Notes
-
[1]
/ Pour des résultats concordants auprès de lycéens, cf. Palheta, 2008.
-
[2]
/ Mathématiques, physique, chimie et sciences de la vie.
-
[3]
/ Merci à Frédéric Chateigner, Michel Daccache, Karim Fertikh et Audrey Freyermuth, alors chargés de cours ou de conférences de méthode à l’IEP de Strasbourg.
-
[4]
/ Sondage CSA/Le Parisien Aujourd’hui en France/I-Télé réalisé le 21-22 mars 2006.
-
[5]
/ Cette répartition illustre un effet Guttman (Volle, 1985).
-
[6]
/ Les étudiants présentent très souvent des comportements politiques concordants avec ceux de leurs parents : 74 % des étudiants intéressés par la politique ont un père intéressé par la politique ; la distribution des orientations politiques des étudiants interrogés est très proche de celles de leurs parents (cf. la proximité graphique des points concernant le positionnement politique des étudiants et de leur père) ; très peu d’étudiants font part d’une filiation politique « en changement » (Muxel, 2001 ; Michon, 2006), seuls 6 % évoquent un positionnement politique différent de leurs deux parents (ego à droite avec des parents à gauche, ou ego à gauche avec des parents à droite).
-
[7]
/ Pour un confort de lecture, les échelles des deux axes ne sont pas identiques pour cette figure. Éléments de lecture du graphique : « axe1 » se lit : « positionnement des étudiants en 1 sur l’axe gauche-droite » ; « p axe1 » : « positionnement des pères des étudiants en 1 sur l’axe gauche-droite » ; « NSP » : « ne sait pas ». Pour le détail des variables et des modalités voir le Tableau 1.
-
[8]
/ 25 % des étudiants en sciences se déclarent assez ou beaucoup intéressés par la politique, contre 39 % en sociologie, 56 % en droit et 89 % à l’IEP ; 29 % des étudiants en sciences choisissent la case « ne sait pas » à la question sur l’auto-positionnement sur un axe gauche-droite contre 17 % en sociologie, 10 % en droit et 7 % à l’IEP.
-
[9]
/ 62 % des étudiants de sociologie interrogés se situent à gauche, 50 % ceux de l’IEP, 34 % de sciences et 29 % de droit ; 39 % de ceux de droit de situent à droite, 27 % à l’IEP, 17 % en sciences, 12 % en sociologie.
-
[10]
/ Les étudiants de l’IEP se présentent ainsi comme plus intéressés par la politique que leur père, au contraire de ceux en sciences : 89 % des élèves de l’IEP se déclarent assez ou beaucoup intéressés par la politique (25 % en sciences) contre 72 % pour leur père (42 % en sciences).
-
[11]
/ Respectivement 37 %, 34 % et 31 % des étudiants dont le père est ouvrier, employé ou cadre intermédiaire du public se déclarent intéressés par la politique, contre 70 % environ de ceux dont le père est cadre supérieur du public.
-
[12]
/ Près d’un tiers des étudiants de sociologie interrogés déclare une activité salariée régulière (contre 15 % en sciences, 13 % en droit et 2 % à l’IEP).
-
[13]
/ Si le khi-deux permet de déterminer la dépendance entre deux variables, le V de Cramer précise leur degré d’association (il s’agit de la racine carrée du khi-deux sur le khi-deux max). Sa valeur varie entre 0 et 1. Plus il est proche de 1, plus la dépendance est effective. La dépendance peut être considérée comme importante pour un V supérieur à 0,20, très importante au-dessus de 0,25/0,30. Elle est totale pour un V égal à 1.
-
[14]
/ Les résultats sont très proches avec le positionnement politique de la mère.
1 Proposé en janvier 2006 par D. de Villepin, Premier ministre d’un gouvernement de droite, le contrat première embauche (CPE) est un contrat de travail à durée indéterminée qui devait concerner les moins de 26 ans. Il comportait une « période de consolidation » de deux ans, au cours de laquelle l’employeur avait la possibilité de rompre le contrat sans en donner le motif. Le salarié qui démissionnait avant le terme de cette période de deux ans n’avait pas droit aux allocations chômage. Favoriser l’accès des jeunes à l’emploi pour les uns, libéraliser les licenciements pour d’autres, le CPE clive la population française de février à avril 2006, particulièrement au sein des universités où se situe le cœur de la mobilisation contre celui-ci. De facto, les étudiants présentent des rapports différenciés à la mobilisation : tous ne s’opposent pas au CPE, ni ne se mobilisent afin d’obtenir son abrogation – qui interviendra le 21 avril 2006 –, et les mobilisés ne sont pas non plus unanimes sur la manière de mener le mouvement, par exemple au sujet des blocages des cours et de l’occupation des bâtiments universitaires. Les écarts de comportements et de prises de position questionnent les ressorts de la participation à cette mobilisation collective étudiante.
2 La monographie de Geay et al. (2009) donne des éléments d’explication. Elle met en exergue les « conditions de la révolte » contre le CPE (l’appartenance à une génération en proportion plus diplômée que celles de leurs parents, confrontée à la précarité et aux désillusions), ainsi que des caractéristiques de l’espace relativement autonome de la mobilisation (« une politisation distante », « une démocratie no logo ») et des entrepreneurs de celle-ci : se trouvent porte-parole, ceux qui s’estiment compétents (Bourdieu, 1984) [1], à savoir les plus dotés en capital culturel hérité dont la situation actuelle ou future est fortement dépendante d’institutions ou d’organismes publics. Néanmoins, si les auteurs décrivent le groupe des mobilisés, ils n’abordent guère sa structuration, les rapports de force en son sein, et les structures de ressources susceptibles d’être mobilisées dans l’action collective. Or, à l’instar de l’espace des mouvements sociaux (Mathieu, 2007), la mobilisation étudiante contre le CPE rassemble des acteurs, différemment dotés en « capital militant » (Matonti, Poupeau, 2004), qui luttent pour le leadership de la mobilisation. Comment les étudiants investissent-ils le mouvement ? Quel est le rapport à l’action collective des étudiants mobilisés contre le CPE ? S’ils « refusent les étiquettes » et ne mettent pas en avant leurs affiliations organisationnelles, les expériences militantes antérieures ne sont-elles pas structurantes et explicatives des prises de position sur la mobilisation et des pratiques en lien avec celle-ci ?
3 L’analyse des réponses à un questionnaire d’étudiants mobilisés mais aussi non mobilisés contre le CPE, complétées par des observations et des entretiens (cf. encadré), permet d’éclairer les rapports à la mobilisation des étudiants au regard de leurs dispositions à se mobiliser contre le CPE et des processus de formation et d’actualisation de celles-ci. Plus souvent masculins, issus des catégories populaires et intermédiaires du public, de gauche, salariés et scolarisés dans des filières dominées de l’espace universitaire, les étudiants mobilisés se distinguent entre eux par leur politisation (i.e. leurs rapports au champ politique et à l’espace des mouvements sociaux et leurs investissements en lien avec ceux-ci). La mobilisation rassemble ainsi des profanes et des spécialistes de l’action collective. La présence de profanes s’explique par l’intervention d’intermédiaires de mobilisation au sein du contexte d’études, lorsque celui-ci se confond avec l’espace de la mobilisation. L’attention portée aux entrepreneurs de la mobilisation met en relief une concurrence pour le leadership de la mobilisation entre des spécialistes de l’action collective aux expériences sociales, scolaires, politiques et militantes distinctes. Lutte contre un projet gouvernemental, la mobilisation étudiante contre le CPE est également traversée par des luttes en son sein, qui sont le produit de socialisations politiques différenciées.
L’enquête repose tout d’abord sur les réponses à un questionnaire transmis après la mobilisation, en décembre 2006, à un échantillon de 519 étudiants. Cinq types d’indicateurs le structurent : rapport au mouvement (participation à la mobilisation, à des assemblées générales (AG), manifestations, actions, opinion sur le blocage des cours) ; rapport à la politique (intérêt politique, suivi de l’actualité, sujet préféré, adhésion à des organisations politiques (parti, syndicat, association)) ; orientation politique (positionnement sur un axe gauche-droite, proximité avec un parti politique, intention de vote à la présidentielle de 2007) ; rapport à la politique des parents (intérêt, discussion, adhésion à des organisations politiques) ; sociographie (sexe, année de naissance, indicateur d’allocation d’étude, profession, niveau de diplôme, revenus mensuels et nationalité des parents) ; caractéristiques scolaires (filière, type de bac, mention au bac) (Tableau 1).
Dans l’étude des mobilisations collectives, la technique du questionnaire est surtout utilisée dans l’interrogation des participants à des mouvements sociaux. La non-interrogation de ceux qui ne participent pas représente cependant une limite à la caractérisation des dispositions favorables à la mobilisation (McAdam, 1986 ; Oegema, Klandermans, 1994). Afin de disposer d’étudiants tout à la fois mobilisés – à des degrés divers – et non-mobilisés, l’échantillon des étudiants interrogés par questionnaire n’est pas constitué d’après le critère de la participation au mouvement, mais d’après celui de la filière d’études, indicateur synthétique de différences de caractéristiques scolaires et sociales au sein de l’espace des études supérieures (Convert, 2010). En souhaitant vérifier des hypothèses construites sur des relations, la représentativité n’était pas indispensable (Ghiglione, Matalon, 1978), et de toute façon un objectif difficilement atteignable qui aurait nécessité l’accès – peu évident – aux listes des étudiants. Le recours à celles-ci – pas toujours actualisées – était, de plus, susceptible d’introduire le doute auprès des enquêtés, non seulement quant au respect de l’anonymat, mais également quant à l’indépendance de l’enquête par rapport à l’administration de l’Université.
L’échantillon se compose d’étudiants de quatre filières d’enseignement : droit (110), sciences (123) [2], sociologie (137) et Institut d’Études Politiques (IEP) (149). Des filières choisies pour des raisons pratiques (facilité d’accès, connaissance d’enseignants), mais aussi au regard de leurs profils sociaux et scolaires variés : les étudiants sont beaucoup plus favorisés à l’IEP qu’en sociologie, plus masculins en sciences qu’en droit ou en sociologie, etc. (cf. Tableau 3 en annexe). La passation s’est faite sur les lieux d’études, soit au début d’enseignements avec l’introduction d’un enseignant (comme à l’IEP) [3], soit devant des salles de classe avant ou après les cours (pour les autres filières). Les refus se sont avérés très peu nombreux. Les enquêtés sont favorables au CPE à 27 % (64 % défavorables, 9 % sans opinion), dans des proportions légèrement supérieures à l’ensemble des 18-24 ans, à 16 % opposés à son retrait [4]. Les résultats exposés doivent évidemment être appréhendés au prisme de la composition de l’échantillon.
Ces données quantitatives sont complétées par une dizaine d’entretiens réalisés après le mouvement avec des étudiants actifs et non actifs, ainsi que par des observations ethnographiques et des discussions informelles lors de manifestations, AG, réunions d’étudiants et d’enseignants. La connaissance des profils et parcours de nombreux étudiants militants, devenus entrepreneurs de la mobilisation, est facilitée par une précédente enquête sur les étudiants militants menée dans le cadre d’un doctorat (Michon, 2006). La position d’observateur doit être précisée. Pour les enseignants et les étudiants de la Faculté de sociologie, elle était celle d’un Attaché temporaire d’enseignement et de recherche. Pour les étudiants militants, elle était celle d’un doctorant qui a réalisé des entretiens auprès d’eux. Cette position, entre deux, a permis de nombreuses discussions et la prise d’informations sur le déroulement de la mobilisation et les protagonistes.
L’ESPACE POLITIQUE, SOCIAL ET SCOLAIRE DES PRISES DE POSITION ÉTUDIANTES SUR LE CPE
4 Les représentations des étudiants sur l’emploi et la société, auxquelles renvoient les prises de position sur le CPE, ne sont pas homogènes. Certains sont favorables à une plus grande flexibilité du salariat des jeunes, d’autres s’y opposent, d’autres encore n’ont pas d’opinion. Les étudiants se positionnent par rapport à cet enjeu et se mobilisent éventuellement en fonction de leur rapport au monde et à la politique, construit au sein de leur famille dans un contexte social donné et actualisé au cours de leur scolarité, in fine en fonction de leurs expériences de la précarité et de la probabilité d’y être confronté.
? Construire empiriquement l’espace des prises de position
5 Une analyse des correspondances multiples (ACM) des réponses au questionnaire transmis à 519 étudiants permet de résumer l’information sur des axes, d’étudier les proximités et les distinctions entre les variables et les groupes, et de mettre en évidence la structuration des prises de position étudiantes sur le CPE.
6 L’objectif étant de créer l’espace des prises de position et d’observer la distribution des variables politiques, sociales et scolaires par rapport à celles-ci, les indicateurs relatifs au CPE ont été placés en variables actives (celles qui contribuent à la construction des axes factoriels), les autres en supplémentaires (elles ne participent pas à la construction des axes, mais peuvent être projetées par rapport aux autres variables) (Tableau 1).
Caractéristiques de l’ACM sur les prises de position des étudiants sur le CPE suivant leurs caractéristiques politiques, sociales et scolaires (n = 519)
| Variables actives | Prises de position sur le CPE |
|
– Participation aux mobilisations contre le CPE (5 modalités) : pas du tout (45 %), peu (18 %), moyennement (16 %), assez (13 %), beaucoup (8 %) ; – Opinion sur le CPE (5) : favorable (7 %), plutôt favorable (20 %), plutôt défavorable (27 %), défavorable (36 %), sans opinion (8 %) ; – Nombre de manifestations contre le CPE (5) : 0 manif (47 %), 1 (12 %), 2 (11 %), 3 ou 4 (12 %), 5 et plus (11 %) ; – Nombre d’AG lors du mouvement (4) : 0 (50 %), 1 ou 2 (17 %), 3 à 9 (15 %), 10 et plus (10 %) ; – Opinion à l’égard du blocage des cours (2) : favorable (23 %), défavorable (75 %), non- réponse (2 %) ; – Participation à des actions au cours du mouvement (2) : participation (12 %), non-partici pation (86 %), non-réponse (2 %). | |
|
Variables supplémentaires | Rapport à la politique |
|
– Intérêt politique (5) : pas du tout (6 %), peu (14 %), moyennement (27 %), assez (30 %), beaucoup (22 %) ; – Position sur axe gauche-droite (8) : case 1 (4 %), 2 (15 %), 3 (24 %), 4 (16 %), 5 (16 %), 6 (6 %), 7 (1 %), ne sait pas (16 %), non-réponse (2 %) ; – Intention de vote au premier tour de la présidentielle de 2007 (14) : ne sait pas (28 %), Royal (23 %), Sarkozy (12 %), Bayrou (3 %), Hulot (2 %), Buffet (1 %), Le Pen (1 %), Bové (1 %), Besancenot (1 %), Laguiller (0 %), Voynet (1 %), de Villiers (0 %), de Villepin (1 %), vote blanc (3 %), non-réponse (25 %) ; | |
| Rapport à la politique du père | |
|
– Intérêt politique du père (5) : pas du tout (3 %), peu (14 %), moyennement (23 %), assez (36 %), beaucoup (20 %), non-réponse (4 %) ; – Position du père sur axe gauche-droite (8) : case 1 (5 %) ; 2 (12 %), 3 (19 %), 4 (11 %), 5 (15 %), 6 (10 %), 7 (3 %), ne sait pas (18 %), non-réponse (8 %) ; | |
| Position sociale d’origine | |
|
– Profession du père (12) : agriculteur-artisan (6 %), chef d’entreprise (4 %), profession libérale (8 %), cadre supérieur du privé (6 %), cadre supérieur du public (7 %), cadre intermédiaire du privé (9 %), cadre intermédiaire du public (7 %), technicien-agent de maîtrise (8 %), employé (12 %), ouvrier (11 %), sans profession (3 %), retraité (7 %), non-réponse (8 %) ; – Niveau de diplôme du père (6) : sans (4 %), BEP/CAP (18 %), bac (13 %), bac+2 (8 %), bac+3/4 (8 %), bac >= 5 (24 %), non-réponse (25 %) ; – Revenus mensuels du père en euros (6) : < 1 000 (« p < 1000 ») (3 %), [1000-1500[ (10 %), [1500-2250[(18 %), [2250-3000[(9 %), [3000-4500[(8 %), >= 4500 (7 %) ; – Boursier (2) : boursier (28 %), non boursier (72 %) ; – Salarié (2) : salarié (15 %), non salarié (85 %) ; – Nationalité du père (3) : française (86 %), Union européenne (5 %), hors Union européenne (7 %), non-réponse (2 %) ; | |
| Genre | |
| – Sexe (2) : homme (39 %), femme (61 %) ; | |
| Position scolaire | |
| – Filière d’études (4) : IEP (27 %), sociologie (25 %), droit (20 %), sciences (22 %). |
Caractéristiques de l’ACM sur les prises de position des étudiants sur le CPE suivant leurs caractéristiques politiques, sociales et scolaires (n = 519)
7 L’espace des prises de position étudiantes peut être formalisé à partir des deux premiers axes de l’ACM (32 % de l’inertie totale, ce qui n’est pas négligeable au regard du nombre de variables (6) et de modalités actives (23)) (Figure 1). Le premier (20,8 % de la variance expliquée) représente une forme de continuum de l’opposition au CPE. Il distingue les étudiants favorables au CPE à ceux qui sont défavorables et, plus encore, mobilisés contre lui. Parmi les répondants, deux tiers sont défavorables au CPE, un sur deux s’est rendu au moins à une manifestation et/ou à une AG relative au mouvement. Les pratiques indicatives de la participation la plus active ne concernent qu’une minorité. À peine plus d’un sur huit a pris part à des actions (occupations diurnes et nocturnes de locaux – l’Université des sciences humaines pendant plusieurs semaines, l’École nationale d’administration et une antenne Assedic pendant une heure –, sit-in, blocage de trains, de tramways ou du Pont de l’Europe entre Strasbourg et Kehl à la frontière allemande, subtilisation d’urnes lors des élections du CROUS). Fortement liés entre eux, les indicateurs relatifs à la mobilisation sont hiérarchisés : prendre part à des actions va de pair avec la fréquentation d’AG et de manifestations, manifester avec la participation à des AG. Les indicateurs de fréquentation des AG et des manifestations ne sont toutefois pas équivalents : si plus de 90 % des enquêtés qui ont participé à une manifestation se sont rendus à au moins une AG, moins de 70 % d’entre eux ont participé tout à la fois à au moins une AG et une manifestation. Les AG n’étaient donc pas uniquement fréquentées par des étudiants mobilisés. Une partie y allait afin de s’informer sur le déroulement du mouvement et/ou voter contre le blocage des cours. Le deuxième axe de l’ACM (11,15 % de l’inertie) décrit une opposition entre, d’un côté, les favorables et les défavorables au CPE, et d’un autre côté, les sans opinions ou les « plutôt défavorables » [5].
ACM sur l’espace des prises de position sur le CPE (variables actives) (n = 519) (échelles des axes identiques)
ACM sur l’espace des prises de position sur le CPE (variables actives) (n = 519) (échelles des axes identiques)
8 La projection des variables supplémentaires sur l’ACM permet d’observer la distribution des opinions sur le CPE par rapport aux variables politiques, sociales et scolaires (Figure 2). Elle indique tout d’abord les variations selon le positionnement politique. Les favorables au CPE, d’un côté, s’orientent plus souvent à droite. Ils affirment des préférences pour N. Sarkozy, F. Bayrou voire D. de Villepin au moment de l’enquête, sachant que les candidats à la présidentielle de 2007 n’étaient pas tous connus. Les défavorables, d’un autre côté, se situent surtout à gauche : 25 % des étudiants positionnés à la droite de l’axe gauche-droite se déclarent opposés au CPE, contre 86 % pour ceux à gauche, 55 % au centre et 64 % de ceux qui choisissent la réponse « ne sait pas » (Tableau 2).
9 L’ACM confirme ensuite la famille comme structure de socialisation politique (Percheron, 1993 ; Muxel, 2001) et de construction de dispositions à partir desquels les étudiants agissent [6]. Le rapport à la politique des parents est significativement différent selon les prises de position sur le CPE. Les étudiants s’opposent d’autant plus au CPE que leurs parents se situent à gauche : 96 % des étudiants dont le père est positionné sur la case la plus à gauche de l’axe sont défavorables au CPE contre 42 % de ceux dont le père est à droite (cases 5, 6 ou 7). La distribution des opinions renvoie à un rapport au monde produit d’une socialisation primaire, modelée par les conditions politiques et sociales dans lesquelles elle s’est inscrite. Être favorable au CPE est surtout le fait des étudiants les plus favorisés socialement, dont les pères sont chefs d’entreprise ou cadres supérieurs du privé, avec un niveau de diplôme supérieur ou égal à bac+5 et des revenus mensuels supérieurs à 3 000 ou 4 500 euros ; ce sont ceux qui ont objectivement le plus de chances de ne pas être confrontés à la précarité. Les étudiants les plus opposés sont en revanche moins favorisés. Leurs parents se trouvent plus fréquemment peu ou pas diplômés, ouvriers, employés, chômeurs, avec les salaires mensuels les moins élevés (inférieurs à 1 500 euros). La répartition des opinions ne suit toutefois pas une stricte opposition en termes de stratification sociale. Les étudiants avec les pères les plus diplômés sont certes les plus favorables au CPE (39 % pour ceux dont le père a un niveau supérieur ou égal à bac+5). Les répondants dont le père présente un niveau bac+3/4 le sont cependant un petit peu moins (27 %) que ceux dont le père a un CAP ou un BEP (31 %). En fait, aux étudiants les moins favorisés se joignent des enfants de cadres intermédiaires du public, d’enseignants ou d’éducateurs notamment. La distribution des opinions sur le CPE recouvre une distinction non seulement gauche/droite, mais aussi pour partie public/privé. Elle rend compte de la différence de structure des propriétés sociales (Bourdieu, 1979) : les plus dotés en capital économique hérité – plutôt de droite – apparaissent plus favorables que ceux dont les parents sont liés aux institutions publiques et au service public (Geay, 2009) – plutôt de gauche. Il convient d’ajouter qu’une partie des opposants est directement confrontée à la précarité du monde du travail par l’exercice de « petits boulots » : trois quarts des salariés de l’échantillon se déclarent opposés au CPE.
10 Dernier type de variable projeté sur l’ACM : la position scolaire. Assez logiquement au regard des liens entre positions scolaires et caractéristiques sociopolitiques (Tableau 3), les opinions sur le CPE se distribuent différemment selon la filière d’études. Les étudiants en sciences, les moins politisés [8], sont les plus indifférents : ils forment la moitié des sans opinions sur le CPE. Situés dans le quart « sud-est » des Figures 1 et 2, les étudiants de sociologie se distinguent particulièrement par leur opposition. En proportion les plus à gauche [9], issus des catégories populaires et intermédiaires de l’espace social, ils s’avèrent beaucoup plus défavorables au CPE et plus favorables au blocage des cours que les étudiants de droit et de l’IEP, plus à droite, plus favorisés socialement : 83 % des étudiants de sociologie sont défavorables au CPE contre respectivement 53 %, 59 % et 60 % de ceux de l’IEP, de droit et de sciences ; 42 % des étudiants de sociologie soutiennent le blocage des cours contre 16 % dans les trois autres filières.
11 En conséquence, les favorables au CPE (quart « nord-ouest » des graphiques) sont surtout de droite, d’origine sociale plutôt élevée, scolarisés au sein de filières prestigieuses (IEP, droit), et donc plus à même d’être optimistes par rapport à l’avenir. Les défavorables (moitié « est » des graphiques) apparaissent davantage de gauche, moins favorisés socialement, étudiants au sein de la filière la moins prestigieuse de l’échantillon (sociologie), et plus enclins à être confrontés au CPE. Si ce dernier portrait correspond à grands traits à celui des mobilisés, une classification hiérarchique ascendante construite à partir de l’ACM, permet dans un deuxième temps de distinguer plus finement les rapports au CPE – des sous-espaces –, et ainsi les dispositions à se mobiliser.
? Les profils spécifiques des étudiants mobilisés
12 En réalisant une partition des individus de sorte que chaque catégorie soit, non seulement la plus différente possible des autres, mais aussi la plus homogène en fonction de ses caractéristiques, la classification hiérarchique ascendante regroupe les étudiants interrogés en quatre classes en fonction de leurs prises de position sur le CPE et de leurs propriétés politiques, sociales et scolaires. L’une d’elles rassemble les mobilisés.
13 Première catégorie, les favorables au CPE (à titre indicatif, ils constituent 30 % de l’échantillon environ). Leurs prises de position sur le CPE sont donc à relier à leur situation objective – ce sont les moins susceptibles d’être confrontés au CPE –, leur positionnement politique à droite et leur intérêt politique, concordants avec le rapport à la politique de leurs parents, principalement inscrits du côté du pôle économique des catégories supérieures de l’espace social. Deuxième catégorie non mobilisée, les sans opinions sur le CPE. Signe de la saillance du CPE, ils sont relativement peu nombreux (7 % des enquêtés). Pas du tout intéressés par les activités politiques quelles qu’elles soient, sans opinions sur les questions relatives aux orientations politiques, ces étudiants surtout en sciences n’ont pas évolué, à la différence des favorables, dans une structure familiale politisée. S’ils évoquent une absence d’intérêt pour la politique et l’actualité, c’est aussi en raison de différences de motivation à s’y intéresser et d’exigence propre à leur formation en matière de réussite scolaire, au contraire des étudiants de droit et plus encore de l’IEP, dont les études ont renforcé l’intérêt pour l’actualité, la connaissance des problématiques débattues dans les médias, la maîtrise des schèmes d’interprétation, la compétence et le sentiment de compétence politique (Michon, 2008) [10]. Troisième catégorie, les opposants au CPE non mobilisés (30 % environ) ; ils ont été au plus à une ou deux AG, voire à une manifestation. Majoritairement étudiants en droit, pour partie boursiers, leurs parents appartiennent plus fréquemment aux catégories employés, artisans-commerçants, cadres intermédiaires. Ils font état d’une politisation supérieure aux sans opinions, à commencer par leur positionnement sur l’axe gauche-droite, à gauche, proches du PS. Leur orientation et leur intérêt politique correspondent globalement à ceux de leurs parents. Quatrième catégorie, les mobilisés (un tiers de l’échantillon). Orientation politique à gauche et à l’extrême gauche, position sociale initiale au sein des catégories populaires et intermédiaires du public, activité salariée, position dominée dans l’espace universitaire, sexe masculin, sont leurs principaux attributs.
14 De facto, les plus prompts à se mobiliser se situent avant tout à gauche, à l’extrême gauche notamment (en 1 ou 2 sur l’axe, soutiens des candidatures de O. Besancenot, A. Laguiller, M.-G. Buffet ou J. Bové à la présidentielle de 2007). Les fréquences de participation à des manifestations et des actions, ainsi que la distribution des opinions en faveur du blocage des cours, sont positivement corrélées au positionnement à gauche. Ils se caractérisent ensuite par leur statut de boursier et leur origine sociale. Ce sont les étudiants dont le père est ouvrier, agent de maîtrise ou technicien, qui, en proportion, ont le plus participé non seulement aux manifestations (67 % d’entre eux, suivis par ceux dont le père est cadre intermédiaire du public (professeur des écoles, éducateur...) (56 %)), mais aussi aux actions (15 % et 25 % des enfants d’ouvriers et d’employés contre environ 10 % pour ceux dont le père appartient à une autre catégorie socioprofessionnelle). Si le genre ne clive pas les opinions à l’égard du CPE, il est statistiquement significatif pour les mobilisés. Illustration du sexe du militantisme (Fillieule, Roux, 2009) et à l’instar d’autres mouvements (McAdam, 1988), les filles s’avèrent moins nombreuses parmi les plus actifs. Alors qu’elles forment 60 % de l’échantillon, elles ne représentent que 41 % de ceux qui ont participé à cinq manifestations et plus, 38 % à dix AG et plus, et 44 % aux actions. Enfin, les mobilisés sont plus souvent en position dominée non seulement dans le monde du travail avec des contrats à temps partiel, faiblement rémunérés, sans avenir, susceptibles de s’éterniser (Pinto, 2010), mais également dans l’espace universitaire, en sociologie, la filière la moins prestigieuse de l’échantillon : 68 % des enquêtés qui y étudient ont participé à au moins une manifestation (contre 41 % à 44 % dans les autres filières), 18 % à des actions (contre 12 % à l’IEP et en sciences, 7 % en droit). Davantage confrontés à la précarité au cours de leurs études, ils ont le plus de chances d’y demeurer à leur issue.
15 Ces résultats convergents mis à part, des caractéristiques scolaires et un niveau de politisation non homogènes témoignent d’une relative pluralité des profils au sein de cette catégorie des mobilisés. Majoritairement scolarisés dans la filière la moins prestigieuse de l’échantillon qui accueille le plus d’étudiants issus des catégories populaires, ils ne sont pas pour autant tous faiblement dotés en capital scolaire. Plus de 40 % de ceux qui ont participé à plus de quatre manifestations ont obtenu une mention bien ou très bien au bac. En dehors d’élèves de l’IEP et de droit, les mobilisés rassemblent d’anciens bons élèves dans le secondaire qui ont rejoint une « filière refuge », la faculté de sociologie, suite à des erreurs d’orientation ou des échecs au début de leurs études supérieures (plusieurs cas de personnes qui ont échoué en classe préparatoire ou en histoire). Un réajustement à la baisse de leurs ambitions, forme de déclassement, qui n’est pas sans effet sur la formalisation de dispositions contes-tatrices et l’entrée dans le militantisme étudiant (Michon, 2006).
16 Ni exclusivement bons ou mauvais élèves, ils ne sont pas non plus tous politisés. Dans leur ensemble, ils apparaissent un peu plus intéressés par la politique que la moyenne, moins cependant que les favorables au CPE (64 % de ceux qui ont participé à des actions sont intéressés par la politique contre 53 % de l’ensemble des enquêtés et 81 % des favorables). Aux militants des diverses organisations politiques de gauche et d’extrême gauche (MJS, Verts, UNEF, PCF, LO, LCR, Sud-Étudiant, CNT, Fédération anarchiste, etc.), pour lesquels le mouvement contre le CPE est une occasion de s’opposer au gouvernement de droite et de participer à la construction d’un mouvement social, se joignent des étudiants issus des catégories populaires et intermédiaires, assez peu politisés dans l’ensemble. En fait, ces résultats donnent des indications sur la structuration de l’espace de la mobilisation contre le CPE, à la base d’investissements et de prises de position différenciés.
L’ESPACE DE LA MOBILISATION ÉTUDIANTE : UN ESPACE DE POSITIONS ET DE CONCURRENCES
17 À l’instar de l’espace des mouvements sociaux (Mathieu, 2007), la mobilisation étudiante contre le CPE se présente comme un univers de pratiques, de compétences, de savoirs et de savoir-faire, relativement autonome, avec ses propres règles (l’autogestion, la souveraineté des AG, un fonctionnement non hiérarchique et égalitaire). En son sein, deux niveaux de différenciation éclairent deux dimensions de l’espace. En analogie avec le champ politique (Bourdieu, 1981), la première distingue profanes et spécialistes de l’action collective. Elle précise le rôle du contexte de la mobilisation sur l’entrée des moins dotés en capital militant. La deuxième caractérise la concurrence au centre de l’espace entre deux groupes d’entrepreneurs de la mobilisation, aux expériences sociales, scolaires et militantes distinctes, qui cherchent à imposer leurs manières de faire et leurs représentations.
? Des profanes dans la lutte : bonne volonté de gauche et effets du contexte
18 Issus des catégories populaires et intermédiaires, pour partie illustratifs de la génération « 80 % au bac » (Beaud, 2002) – dont de nombreuses filles –, guère politisés [11], profanes de l’action collective, certains mobilisés ne sont pas a priori les plus disposés à se mobiliser. L’analyse de données quantitatives invite à ne pas négliger la filière d’études en tant que contexte susceptible d’être favorable. Sans négliger les limites du raisonnement « toutes choses égales par ailleurs » (Passeron, 1991), à commencer par l’artificialité de la situation de référence et des rapports de chance, quatre modèles de régression logistique, construits à partir de trois variables explicatives (la filière d’études, l’orientation politique du père et son niveau de diplôme), confirment la propension particulièrement élevée des étudiants de sociologie à s’opposer au CPE, à participer à des AG et à des manifestations, et à se prononcer pour le blocage des cours (Tableau 4). Par rapport à la situation de référence – définie au départ – d’un étudiant en sciences, dont le père se positionne politiquement au centre et est doté d’un diplôme d’un niveau bac/bac+2, les étudiants de sociologie ont plus de chances de s’opposer au CPE, et beaucoup plus de chance de participer à une AG, à une manifestation et d’être favorable au blocage des cours. Le type de politisation, le contexte de la mobilisation et d’éventuels intermédiaires de mobilisation forment des éléments d’explication à cet effet filière et à l’entrée dans la mobilisation de profanes de l’action collective.
19 D’un côté, les étudiants de sociologie se caractérisent par leur distance à l’égard de la politique légitime : parmi ceux-ci, la moitié seulement se déclare proche d’un parti politique (contre quatre sur cinq pour ceux de l’IEP) ; 28 % estiment maîtriser les questions politiques (contre 18 % en sciences, 39 % en droit et 52 % à l’IEP). D’un autre côté, ils font néanmoins état d’une forme de bonne volonté à l’égard des questions sociales, que ce soit au regard de leurs projets professionnels (métiers du social, éducateur, assistante sociale...) ou des thématiques qui attirent leur attention. Parmi ceux qui précisent un intérêt pour un sujet d’actualité, la moitié évoque la cohésion sociale, l’emploi, le chômage, l’éducation ou la famille. En fait, pour de nombreux étudiants de sociologie, la mobilisation contre le CPE constitue un moment de politisation sur un enjeu saillant, favorisé par le contexte de la mobilisation. Ils apparaissent d’autant plus réceptifs aux argumentaires qui dénoncent les injustices et les inégalités sociales, qu’ils sont directement concernés par le CPE au regard de leur position dominée dans l’espace universitaire et/ou dans le monde du travail [12], et de leurs probabilités moins fortes d’accéder à des positions dominantes dans l’espace social, tel que l’indique leur capital scolaire moins élevé (seuls 26 % des étudiants de sociologie interrogés n’ont aucune année de retard contre 89 % à l’IEP ; 34 % ont obtenu une mention au bac contre 43 % en sciences, 48 % en droit et 95 % à l’IEP).
20 Cette politisation à éclipses (Hoggart, 1970) est favorisée par le lieu de la mobilisation (Zhao, 1998 ; Hmed, 2008) et l’intervention d’intermédiaires, présents au sein de leur contexte d’études. L’occupation diurne et nocturne d’une partie du principal bâtiment de l’Université des Sciences humaines (« Le Patio » au sein duquel se trouve le département de sociologie) a permis d’y inscrire la mobilisation. Ce bâtiment est le point de repère, le lieu de vie quotidienne de la mobilisation, qui a ses propres règles. L’espace occupé est stratégique pour les mobilisés, à commencer pour les acteurs de l’occupation. Formé du principal amphithéâtre, où se tiennent les AG quotidiennes, de l’unique entrée du bâtiment, du hall adjacent et des toilettes (point d’eau indispensable pour la toilette, la cuisine et le café), il met en relation les étudiants mobilisés et ceux qui fréquentent le bâtiment : verbalement d’une part, avec la diffusion de tracts et de pétitions ; visuellement d’autre part, avec les nombreuses décorations à partir de papier toilette, draps blancs et banderoles sur lesquels sont inscrits des slogans hérités de Mai 68 (« L’imagination au pouvoir », « Il est interdit d’interdire », etc.). Signe de l’importance donnée au lieu, sa définition, ses usages et ses frontières sont constamment au centre des négociations avec la présidence de l’Université et de nombreuses discussions entre les étudiants mobilisés, plus encore à chaque nouvelle rumeur de fin d’occupation.
21 Le lieu physique crée des conditions favorables à l’organisation du groupe (cuisine communautaire, café autogéré, atelier presse avec quotidiens nationaux et régionaux, tracts et textes de loi, diffusion de films, voire même certains soirs organisation de concerts), et à la diffusion de schèmes de classification des catégories de jugement et d’argumentaires qui font sens auprès d’étudiants disposés à les entendre (plutôt de gauche, inquiets et incertains quant à leur avenir...). C’est en mettant en relief des aspects des réformes dans le cadre d’AG, d’enseignements, de réunions d’information ou de débats, que des militants – et quelques enseignants – participent à légitimer le mouvement, formulent les intérêts à se mobiliser, et encouragent la mobilisation et l’accès à l’arène socialisatrice (aux manières de faire, de raisonner, d’agir) que représente le mouvement. Le propos de cet étudiant de sociologie en rend compte : « En fait, le CPE, je m’y intéressais pas trop. Je lisais vite fait les affiches à la fac. Et y a eu des militants anti-CPE qui sont entrés dans notre amphi. Ils nous ont dit qu’ils cherchaient des gens pour faire une réunion et chercher des slogans pour la manifestation. Moi, comme j’étais vite fait informé, je me suis intéressé du coup. J’ai cherché un petit peu, après qu’ils soient passés dans la classe, et je me suis dit : « je vais aller à cette réunion ». On a cherché des slogans, donc forcément on a fait la manifestation, et c’était parti. Puis, tous les gens qui avaient cherché des slogans, on est devenus un petit noyau ». Pour cet étudiant de gauche, pas des plus politisés, profane de l’action collective, la rencontre avec des entrepreneurs de la mobilisation – les spécialistes – favorise son accès à la mobilisation.
? Une lutte entre spécialistes : héritiers versus radicaux
22 Au centre de l’espace de la mobilisation étudiante contre le CPE, se situent les spécialistes de l’action collective. Au final pas si nombreux, ce sont les entrepreneurs de la mobilisation. Ils se distinguent par leur politisation, leur appartenance à l’espace des mouvements sociaux (Mathieu, 2007) – même si les étudiants ne font pas référence à leurs engagements –, et leur capital militant (Matonti, Poupeau, 2004) qui constitue un ensemble de ressources pour mener le mouvement : maîtrise des principes de classement des organisations militantes, sens politique (savoir décrypter les alliances les plus efficaces, déterminer les prises de position les plus avisées, analyser les actes, les interventions et les positionnements), connaissances sur l’actualité et les institutions, sentiment de compétence, et autres savoir-faire spécifiques en matière de rédaction (tracts, affiches), d’organisation de raisonnement, de prise de parole en public et de gestion des interactions (réunions, débats, AG), tels que la capacité à utiliser les arguments adaptés à la situation ou à contrôler sa parole et son corps (gestuelle, intonation, sens des mots) (Michon, 2006). Les ressources favorables à l’occupation d’une position d’entrepreneur de la mobilisation sont monopolisées par deux groupes en concurrence pour le leadership du mouvement : les héritiers de gauche et les radicaux.
23 Proches de la gauche du Parti socialiste, les héritiers de gauche militent pour une part au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) et/ou à l’UNEF. Leur familiarisation à la politique, l’engagement et la représentation, s’est effectuée dans le cadre familial au contact de leurs parents, de gauche et politisés, mais également au sein d’arènes scolaires, avec l’exercice de fonctions de délégués de classe, de représentants lycéens ou étudiants et d’arènes militantes : partisanes (MJS) et/ou syndicales au niveau étudiant (UNEF) et/ou lycéen (FIDL (Fédération indépendante et démocratique lycéenne), UNL (Union nationale lycéenne). Ils se différencient des autres mobilisés par leur plus grande adhésion à une définition légitime de la politique et leur capital culturel relativement conséquent dans ses dimensions, acquise (mention au bac, plus souvent scolarisés dans les filières prestigieuses, à l’IEP ou en droit par exemple) et héritée (parents diplômés du supérieur, souvent professeurs des écoles ou du secondaire). Enfants d’enseignants, qui souhaitent entrer dans la fonction publique et sont « directement affectés par la réduction de l’État social » (Bodin, Geay, Raynaud, 2009, p. 62), leurs aspirations apparaissent concordantes avec leurs dispositions à l’engagement (cas de militants de l’UNEF et du MJS, enfants d’enseignants qui préparent les concours de professeur des écoles ou du secondaire). Habitués à certaines formes d’action collective, les militants de l’UNEF et du MJS sont, dès le début du mouvement, parmi les plus actifs dans l’organisation des AG, manifestations et autres « commissions internes » (tractages, informations, rapports avec l’administration de l’Université...). Leur capital militant les place très rapidement en entrepreneurs de la mobilisation et, partant, au contact d’un ensemble d’acteurs : responsables de l’Université pour la gestion de l’occupation, enseignants et syndicalistes pour les associer au mouvement, représentants de la Préfecture, voire des renseignements généraux, au sujet de la tenue des manifestations.
24 Parmi les spécialistes, d’autres étudiants présentent des profils politiques, militants, sociaux et scolaires distincts. Souvent boursiers et/ou salariés, ils sont d’origine plus modeste (mère employée, père ouvrier, peu diplômés). Si les étudiants les moins dotés en ressources culturelles sont, d’une manière générale, davantage en retrait dans la mobilisation (Bodin, Geay, Raynaud, 2009) – en position de profane –, ce n’est pas le cas des radicaux aux expériences scolaires et militantes singulières. Dans un premier temps, ils se sont consacrés à leurs études – jusqu’au bac pour certains, jusqu’à la licence ou au master pour d’autres. Tel est moins le cas désormais. Scolarisés en sciences humaines (sociologie, histoire, philosophie...), en retard par rapport à l’âge normal, ils ne participent pas à la concurrence scolaire la plus intense. Les discussions et les entretiens menés permettent d’esquisser des explications : activité salariée, échec, déception, mauvais choix d’orientation (cas d’un étudiant en master 1 de sociologie depuis plusieurs années, d’un autre en première année pour la troisième fois, d’une étudiante qui a échoué deux fois de suite au CAPES, de deux étudiantes qui ont commencé à décrocher de leurs études de sociologie quand elles sont devenues assistante d’éducation). Leurs aspirations scolaires contrariées ont pu favoriser un investissement politique. Positionnés à l’extrême gauche, sympathisants ou militants à SUD-étudiant ou au sein de la mouvance libertaire et révolutionnaire (collectifs libertaires, Fédération anarchiste, CNT, réseau No Border), les radicaux expriment une certaine méfiance à l’égard des partis politiques, des élections – y compris étudiantes –, de ceux qui y participent tels que les membres de l’UNEF et du MJS, qualifiés de « sociaux traîtres », ainsi que des institutions politiques et universitaires et de leurs représentants. Leur socialisation politique ne s’est pas tant faite dans le cadre familial qu’au contact de pairs, au sein d’organisations politiques, de collectifs, et pour les plus âgés, à travers des expériences marquantes telles que le campement No Border à Strasbourg en août 2002 ou le Forum social européen de Paris en 2003.
25 Ces deux groupes aux caractéristiques différenciées structurent l’espace de la mobilisation et les prises de position sur celle-ci. D’un côté, les héritiers sont plus prompts à adopter un répertoire classique d’action collective (manifestation, négociation) et à jouer le jeu universitaire. Ils défendent le maintien du dialogue avec les enseignants et les représentants des instances universitaires qu’ils fréquentent dans le cadre des conseils universitaires dont ils sont souvent élus, et qui les considèrent comme des interlocuteurs légitimes. Peu favorables à l’occupation nocturne de l’Université, voire au blocage total, leur action est centrée sur les AG, les tractages quotidiens et les manifestations hebdomadaires. Plutôt que la négociation et des « manifestations Bisounours », pour reprendre leurs termes, les radicaux prônent quant à eux plus « de radicalité », un militantisme total, des actions à la limite de la légalité et des occupations de locaux. En AG, ils multiplient les critiques à l’encontre des militants de l’Unef (« Unef partout, combat nulle part », « porteurs de voix du Bureau national »), ainsi que des représentants institutionnels et des enseignants (« mous », « privilégiés », « porteurs des intérêts du gouvernement », pour rapporter divers commentaires). Formes de rétributions symboliques de l’engagement (Gaxie, 2005), les prises de position en faveur du blocage des cours et des examens sont aussi des occasions de s’opposer à ceux qui ne les ont pas consacrés.
26 Ainsi, héritiers et radicaux luttent pour imposer leur vision du monde et la manière de conduire la mobilisation. Petit à petit, les radicaux imposent leurs revendications (« convergence des luttes »), leurs arguments et leurs manières de faire (gestuelles, actions, blocage, occupations de l’Université jour et nuit). Le blocage des cours et l’occupation nocturne de l’Université, systématiquement rejetés au début du mouvement sont par la suite approuvés. L’étude de leurs compétences militantes met en évidence leurs ressources au sein de l’espace : une forme de crédit construit à partir d’actions héroïques ou présentées comme telles ; une certaine habileté à jouer avec les règles de l’espace lorsqu’ils font durer les AG pour décourager les opposants et voter l’occupation en fin d’AG, ou disqualifient les militants de l’UNEF et du MJS (« En AG, il y avait une entente pour les mettre hors-jeu », constate après le mouvement un militant de SUD) ; enfin, la capacité à prendre la parole, à formuler des mots d’ordre adéquats au cadre de la mobilisation (convergence des luttes avec le soutien aux sans papiers et aux sans domicile fixe par exemple), qui interpellent de nombreux profanes faisant preuve d’une bonne volonté à l’égard des questions sociales. Le témoignage d’un étudiant de sociologie, profane et mobilisé, qui reprend plusieurs positions des radicaux l’illustre : « À un moment, pour se faire entendre, il fallait radicaliser le mouvement. Et puis, il fallait pas rester sur la fac. Le foyer de SDF qui va fermer, les sans papiers, c’était important ». Les prises de position des radicaux font sens pour de nombreux profanes qui peuvent se reconnaître dans les radicaux, proches d’eux scolairement, socialement et politiquement, ne serait-ce que pour ce qui est de la distance au champ politique et à la politique légitime.
27 L’analyse des prises de position sur le CPE d’étudiants mobilisés et non mobilisés au prisme de leurs caractéristiques politiques, sociales et scolaires permet de caractériser l’espace de la mobilisation contre le CPE. Position initiale au sein des catégories populaires et intermédiaires du public, activité salariée, position dominée dans l’espace universitaire, sexe masculin et orientation politique à gauche ou à l’extrême gauche, distinguent les mobilisés. L’enquête souligne la nécessaire prise en compte de la politisation des acteurs et la relative pluralité des profils politiques et militants des mobilisés. La participation de profanes, peu politisés, mais disposés à se mobiliser sur un enjeu qui les concerne, met en exergue le rôle d’intermédiaires présents au sein du contexte d’études. Centrer la focale sur les entrepreneurs de la mobilisation, leur profil et les concurrences pour le leadership de la mobilisation, renseigne sur l’autonomie relative de l’espace de la mobilisation étudiée et sa proximité avec l’espace des mouvements sociaux. L’émergence en tant qu’entrepreneurs de la mobilisation de deux groupes d’acteurs expérimentés dans l’action collective en rend compte. Le cas des radicaux issus de la mouvance libertaire et révolutionnaire est particulièrement significatif du poids du capital militant. Parmi les plus dominés socialement et scolairement, ils ne sont pas dominés au sein de l’espace de la mobilisation contre le CPE. Leur maîtrise de techniques militantes et leur militantisme total forment des ressources pour s’imposer en son sein. Le capital militant se présente donc comme un ensemble de ressources susceptibles de compenser, dans le contexte de l’action collective, des dispositions sociales et scolaires peu favorables. Se pose néanmoins la question de la transposition de ce type de ressources à d’autres espaces de pratiques : militants (autres mobilisations, organisations politiques) mais aussi professionnels. Si le militantisme étudiant peut s’apparenter à un cursus parallèle (Michon, 2006), les « taux de change » du capital militant (Matonti, Poupeau, 2004) sur des espaces scolaires et professionnels restent assez méconnus.
| IEP | Sociologie | Droit | Sciences | ||
|
Mention au bac Intérêt politique Orientation politique Orientation politique du père Boursier Salarié Niveau de diplôme du père Profession du père Art |
Effectifs Mention Pas de mention Pas ou peu Moyen Assez ou beaucoup Gauche Centre Droite « Ne sait pas » Gauche Centre Droite Ne sait pas Boursier Non boursier Salarié Non salarié < bac bac bac+2 bac+3/4 bac >= 5 isan-commerçant-agriculteur Chef d’entreprise Profession libérale Cadre supérieur du public Cadre supérieur du privé Cadre intermédiaire du public Cadre intermédiaire du privé Technicien Employé Ouvrier Sans profession Retraité |
149 95 % 5 % 100 % 1 % 10 % 89 % 100 % 50 % 16 % 27 % 7 % 100 % 38 % 17 % 38 % 8 % 100 % 15 % 85 % 100 % 2 % 98 % 100 % 15 % 8 % 10 % 14 % 53 % 100 % 6 % 6 % 14 % 19 % 10 % 5 % 13 % 6 % 11 % 2 % 3 % 5 % 100 % |
137 34 % 66 % 100 % 23 % 38 % 39 % 100 % 62 % 9 % 12 % 17 % 100 % 54 % 9 % 19 % 17 % 100 % 35 % 65 % 100 % 29 % 71 % 100 % 43 % 25 % 7 % 9 % 16 % 100 % 4 % 4 % 6 % 6 % 1 % 11 % 9 % 7 % 13 % 25 % 2 % 11 % 100 % |
110 52 % 48 % 100 % 11 % 33 % 56 % 100 % 29 % 21 % 39 % 10 % 100 % 28 % 14 % 39 % 19 % 100 % 26 % 74 % 100 % 13 % 87 % 100 % 27 % 15 % 14 % 15 % 30 % 100 % 10 % 4 % 6 % 14 % 11 % 6 % 8 % 11 % 11 % 8 % 4 % 8 % 100 % |
123 57 % 43 % 100 % 42 % 33 % 25 % 100 % 34 % 21 % 17 % 29 % 100 % 32 % 5 % 28 % 35 % 100 % 32 % 68 % 100 % 15 % 85 % 100 % 33 % 21 % 13 % 7 % 27 % 100 % 10 % 1 % 10 % 8 % 6 % 8 % 8 % 13 % 18 % 8 % 2 % 9 % 100 % |
ANNEXES
Prises de position des étudiants sur le CPE en fonction de leurs propriétés sociopolitiques
| Effectifs |
Être défavorable au CPE |
Avoir participé à au moins une manifestation |
Avoir assisté à au moins une AG |
Être favorable au blocage des cours |
Avoir participé à des actions | ||
|
Position sur axe gauche- droite |
1 2 3 4 5 6 7 Ne sait pas Ensemble V de Cramer [13] |
23 80 127 84 77 35 6 78 510 |
96 % 95 % 79 % 55 % 30 % 17 % 0 % 64 % 64 % 0,4065 |
73 % 73 % 67 % 47 % 19 % 12 % 33 % 41 % 49 % 0,4307 |
77 % 69 % 53 % 26 % 35 % 28 % 16 % 51 % 47 % 0,3256 |
70 % 48 % 25 % 5 % 9 % 6 % 17 % 21 % 23 % 0,4154 |
39 % 23 % 15 % 5 % 3 % 3 % 17 % 13 % 13 % – |
|
Position du père sur axe gauche- droite [14] |
1 2 3 4 5 6 7 Ne sait pas Ensemble Vde Cramer |
22 66 98 55 80 54 13 89 477 |
96 % 86 % 75 % 72 % 51 % 33 % 25 % 58 % 64 % 0,3205 |
71 % 63 % 66 % 51 % 37 % 22 % 18 % 47 % 50 % 0,3108 |
76 % 73 % 56 % 46 % 30 % 26 % 18 % 43 % 48 % 0,3292 |
68 % 45 % 33 % 16 % 6 % 6 % 0 % 15 % 22 % 0,4120 |
36 % 17 % 17 % 16 % 6 % 2 % 0 % 11 % 13 % – |
|
Profession du père |
Ouvrier Sans profession Cadre intermédiaire du public Employé Technicien Retraité Cadre supérieur du public Artisan, commerçant, agriculteur Cadre intermédiaire du privé Profession libérale Cadre supérieur du privé Chef d’entreprise Ensemble V de Cramer |
52 13 36 63 42 39 58 35 46 45 33 19 519 |
88 % 77 % 75 % 68 % 67 % 67 % 63 % 63 % 56 % 51 % 47 % 32 % 64 % 0,2260 |
67 % 50 % 56 % 48 % 67 % 55 % 39 % 57 % 51 % 37 % 41 % 35 % 51 % 0,2080 |
65 % 60 % 70 % 60 % 50 % 47 % 42 % 50 % 35 % 31 % 20 % 39 % 48 % 0,2795 |
48 % 8 % 26 % 31 % 17 % 24 % 21 % 23 % 11 % 24 % 12 % 16 % 24 % 0,2466 |
15 % 8 % 11 % 25 % 10 % 11 % 12 % 15 % 9 % 11 % 9 % 5 % 13 % – |
|
Filière d’études |
IEP Sociologie Droit Sciences Ensemble V de Cramer |
146 137 108 122 519 |
53 % 83 % 59 % 60 % 64 % 0,1916 |
44 % 68 % 42 % 41 % 51 % 0,2286 |
34 % 79 % 31 % 40 % 48 % 0,3930 |
16 % 42 % 17 % 16 % 24 % 0,2709 |
12 % 18 % 7 % 12 % 13 % – |
Prises de position des étudiants sur le CPE en fonction de leurs propriétés sociopolitiques
Lecture : 73 % des étudiants interrogés lors de l’enquête CPE qui se positionnent en 1 sur l’axe gauche-droite ont participé à au moins une manifestation contre 12 % de ceux positionnés en 6.| Significativité |
0,06 < 0,0001 NS Réf. < 0,0001 Réf. 0,0002 NS NS Réf. NS | |
| Modèle 4 |
Être favorable au blocage |
0,787 – 0,4411 0,8492 0,0543 Réf. 1,2151 Réf. – 1,1392 – 0,0836 – 0,1228 Réf. – 0,0491 |
| Odds-ratio |
1,021 3,712 1,676 Réf. 3,345 Réf. 0,318 0,913 0,745 Réf. 0,802 | |
| Significativité |
NS < 0,0001 NS Réf. < 0,0001 Réf. < 0,0001 NS NS Réf. 0,0005 | |
| Modèle 3 |
Avoir manifesté |
0,737 0,0462 0,7798 – 0,2548 Réf. 0,7354 Réf. – 0,7665 – 0,0668 – 0,0221 Réf. – 0,6079 |
| Odds-ratio |
1,854 3,861 1,372 Réf. 1,892 Réf. 0,421 0,848 0,521 Réf. 0,290 | |
| Significativité |
NS < 0,0001 0,0007 Réf. < 0,0001 Réf. 0,0001 NS NS Réf. 0,0026 | |
| Modèle 2 |
Avoir participé à un AG |
0,784 – 0,3310 1,3996 – 0,6756 Réf. 0,7265 Réf. – 0,7134 – 0,1634 0,1813 Réf. – 0,5528 |
| Odds-ratio |
1,064 6,006 0,754 Réf. 1,779 Réf. 0,422 0,731 0,827 Réf. 0,397 | |
| Significativité |
0,003 0,01 NS Réf. < 0,0001 Réf. 0,0007 NS NS Réf. NS | |
| Modèle 1 |
Être défavorable au CPE |
0,704 – 0,5387 0,4168 – 0,01 Réf. 0,8297 Réf. – 0,6017 0,0944 0,0116 Réf. – 0,2174 |
| Odds-ratio |
0,512 1,33 0,868 Réf. 3,165 Réf. 0,756 1,517 0,824 Réf. 0,655 | |
|
Valeur de c Filière d’études IEP Sociologie Droit Sciences Orientation politique du père Gauche Centre Droite Ne sait pas Niveau de diplôme du père < bac Bac/bac+2 > bac+2 |
Champ : 477 étudiants interrogés au cours de l’enquête qui ont répondu aux questions retenues. Lecture : La modalité que l’on cherche à expliquer sur le premier modèle est « être défavorable au CPE ». Le modèle utilisé ici est de type logit. Une valeur statistiquement significative et positive indique que l’on est en présence d’un facteur qui accroît les chances pour un étudiant d’être défavorable au CPE, toutes autres choses égales par ailleurs. Une valeur statistiquement significative et négative indique que l’on est en présence d’un facteur qui diminue les chances pour un étudiant d’être défavorable au CPE. La valeur de c est un indicateur d’évaluation de la qualité du modèle : plus il est élevé, meilleur est le modèle (c dépend du pourcentage des pairs concordantes) ; c est considéré comme significatif avec une valeur supérieure à 0,6, voire 0,7. Les odds-ratio, les « rapports de chances », sont calculés par rapport à la modalité de référence (Réf. dans le tableau). La situation de référence est un étudiant en sciences, dont le père se positionne politiquement au centre et dont le diplôme le plus élevé est d’un niveau bac/bac+2. Ainsi, par rapport à la situation de référence, les étudiants de sociologie ont 1,3 fois plus de chances de s’opposer au CPE, 6 fois plus de chance de participer à une AG, 3,9 à une manifestation et 3,7 fois plus de chance d’être favorable au blocage des cours. NS = non significatif au seuil de 5 %.
RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES
-
BEAUD S., 2002
80 % au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire. Paris : La Découverte. -
BODIN R., GEAY B., RAYNAUD V.,
2009
Le « coup du blocus », in GEAY B. (dir.) La Protestation étudiante. Paris : Raisons d’agir, p. 43-68. -
BOURDIEU P., 1979
La Distinction, critique sociale du jugement. Paris : Minuit. -
BOURDIEU P., 1981
La représentation politique, éléments pour une théorie du champ politique, Actes de la recherche en sciences sociales, no 36-37, p. 3-24. -
BOURDIEU P., 1984
La délégation et le fétichisme politique, Actes de la recherche en sciences sociales, no 52/53, p. 49-55. -
CONVERT B., 2010
Espace de l’enseignement supérieur et stratégies étudiantes, Actes de la recherche en sciences sociales, no 183, p. 14-31. -
FILLIEULE O., ROUX P. (dir.),
2009
Le Sexe du militantisme. Paris : Presses de Sciences Po. -
GAXIE D., 2005
Rétributions du militantisme et paradoxes de l’action collective, Revue Suisse de Science Politique, vol. 11, no 1, p. 157-188. -
GEAY B. (dir.), 2009
La Protestation étudiante. Paris : Raisons d’agir -
GHIGLIONE R., MATALON B.,
1978
Les Enquêtes sociologiques. Théories et pratique. Paris : A. Colin. -
HMED C., 2008
Des mouvements sociaux « sur une tête d’épingle » ? Le rôle de l’espace physique dans le processus contestataire à partir de l’exemple des mobilisations dans les foyers de travailleurs migrants, Politix, no 84, p. 145-161. -
HOGGART R., 1970
La Culture du pauvre. Paris : Minuit -
MATHIEU L., 2007
L’espace des mouvements sociaux, Politix, no 77, p. 131-151. -
MATONTI F., POUPEAU F., 2004
Le capital militant. Essai de définition, Actes de la recherche en sciences sociales, no 155, p. 5-11. -
McADAM D., 1986
Recruitement to High-Risk Activism : The Case of Freedom Summer, American Journal of Sociology, 92 (1), p. 64-90. -
McADAM D., 1988
Freedom Summer, New York and Oxford : Oxford University Press. -
MICHON S., 2006
Études et politique : les effets de la carrière étudiante sur la socialisation politique, Thèse de doctorat en sociologie, Université Strasbourg 2. -
MICHON S., 2008
Les effets des contextes d’études sur la politisation, Revue française de pédagogie, no 163, p. 63-75. -
MUXEL A., 2001
L’Expérience politique des jeunes. Paris : Presses de Sciences Po. -
OEGEMA D., KLANDERMANS B.,
1994
Why Social Movement Sympathizers Don’t Participate : Erosion and Nonconversion of Support, American Sociological Review, vol. 59 (5), p. 703-722. -
PALHETA U., 2008
Luttes de classes, classes en lutte. Stratification scolaire et mobilisation anti-CPE dans un lycée polyvalent, Politix, no 82, p. 169-192. -
PASSERON J.-C., 1991
Le Raisonnement sociologique. L’espace non popérien du raisonnement naturel. Paris : Nathan. -
PERCHERON A., 1993
Socialisation politique. Paris : A. Colin. -
PINTO V., 2010
L’emploi étudiant et les inégalités sociales dans l’enseignement supérieur, Actes de la recherche en sciences sociales, no 183, p. 59-71. -
VOLLE M., 1985
Analyse de données. Paris : Economica. -
ZHAO D., 1988
Écologies of Social Movements : Student Mobilization During the 1989 Prodemocracy Movement in Beijing, American Journal of Sociology, 103 (6), p. 1493-1529.