Article de revue

L'intelligence investie par les familles.

Le diagnostic de « précocité intellectuelle », entre dispositions éducatives et perspectives scolaires

Pages 97 à 119

Citer cet article


  • Lignier, W.
(2010). L'intelligence investie par les familles. Le diagnostic de « précocité intellectuelle », entre dispositions éducatives et perspectives scolaires. Sociétés contemporaines, 79(3), 97-119. https://doi.org/10.3917/soco.079.0097.

  • Lignier, Wilfried.
« L'intelligence investie par les familles. : Le diagnostic de “précocité intellectuelle”, entre dispositions éducatives et perspectives scolaires ». Sociétés contemporaines, 2010/3 n° 79, 2010. p.97-119. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2010-3-page-97?lang=fr.

  • LIGNIER, Wilfried,
2010. L'intelligence investie par les familles. Le diagnostic de « précocité intellectuelle », entre dispositions éducatives et perspectives scolaires. Sociétés contemporaines, 2010/3 n° 79, p.97-119. DOI : 10.3917/soco.079.0097. URL : https://shs.cairn.info/revue-societes-contemporaines-2010-3-page-97?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/soco.079.0097


Notes

  • [1]
    Contrairement à l'anorexie mentale, la précocité intellectuelle ne figure pas dans le manuel de référence en matière de classification des troubles mentaux, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM). Notons que les discours de « pathologisation » de la précocité intellectuelle, quel que soit leur degré de justesse clinique, ne sauraient être compris, d'un point de vue sociologique, indépendamment de leurs effets de légitimation des prises en charges thérapeutiques (par les psychologues) et scolaires (par le ministère de l'Éducation nationale).
  • [2]
    Remarquons surtout que le choix d'un critère plus large (par exemple le seul fait d'avoir effectué un test positif), conduit à rendre l'objectivation statistique pratiquement impossible (dans la mesure notamment où une telle population n'a pas d'existence institutionnelle).
  • [3]
    En fait, comme on a pu le constater en entretien, un non-investissement initial de la famille dans la précocité intellectuelle (objectivement attesté par l'absence, suite au résultat clinique positif, de suivi psychologique, de lectures sur la question, d'évocation auprès des proches, d'information des enseignants, etc.) peut donner lieu, ultérieurement, à un réinvestissement familial, passant par exemple par un nouveau test, et s'accompagnant généralement d'une relecture « critique » (rétrospectivement) des réactions au premier test (« À l'époque, on ne s'en était bizarrement pas soucié »).
  • [4]
    Il n'a pas été possible de comparer les caractéristiques de cette population de répondants à celles de la population mère. Le biais d'échantillonnage ne peut donc être précisément évalué.
  • [5]
    Par ailleurs, en lien avec l'histoire récente de la discipline (Le Bianic, 2005), le nombre de psychologues actuels qui maîtrisent et qui utilisent l'outil psychométrique est également faible.
  • [6]
    Ces réticences caractérisent également souvent, d'après les parents, les psychologues travaillant en institution (centres médico-psychologiques notamment).
  • [7]
    Depuis 2002, un test existe qui permet de tester des enfants à partir de 2 ans et 6 mois.
  • [8]
    On note par contre que les garçons ne sont pas significativement testés plus tôt que les filles.
  • [9]
    Dans les entretiens de face-à-face prévalent souvent des formes d'autocensure concernant l'éventuelle insertion dans des stratégies proprement scolaire du diagnostic de précocité. Ainsi, au risque de la contradiction dans les dates, des parents peuvent s'efforcer de déconnecter, notamment en début d'entretien, la temporalité scolaire (en quelle classe était l'enfant à un moment donné, quelle était sa situation scolaire, etc.) de la temporalité psychologique (moment où le test a été passé), alors que celles-ci s'avèrent objectivement liées (les tests sont passé en fin d'année scolaire, au moment où se décide le passage anticipé ; ou encore, une fois effectués, ils sont immédiatement présentés aux enseignants).
  • [10]
    Cette équivalence est d'ailleurs visiblement perçue par les enfants testés, qui parlent volontiers de leur plus ou moins grande réussite « en maths et en français », à propos des épreuves de performances et des épreuves verbales.
  • [11]
    Plus rarement, pour expliquer des résultats en demi-teinte, ou pour justifier certains comportements en classe (manque de concentration, agitation, problèmes d'écriture, non respect des consignes, etc.).
  • [12]
    Ce qui fait écho à une scolarisation plus fréquente des enfants dans le privé, à hauteur de 43 % dans notre échantillon, contre environ 17 % pour l'ensemble de la population scolaire correspondante (école élémentaire et collège, cf. MEN, 2008).
  • [13]
    Ce résultat contredit, remarquons-le, le discours des associations, qui se fonde sur l'idée qu'un très grand nombre d'enfants précoces sont en difficulté du fait de l'absence de prise en charge spécifique.
Français

Résumé

En France, depuis les années 1990, un nombre grandissant de parents s'investissent dans la « précocité intellectuelle », c'est-à-dire donnent du sens et du poids dans leurs pratiques et dans leurs conceptions éducatives au fait qu'un ou plusieurs de leurs enfants aient un quotient intellectuel supérieur à 130. Cet article vise à rendre compte des conditions sociales de cet investissement. On montre d'une part que les ressources économiques et culturelles dont disposent les familles importent, mais que jouent sans doute aussi la proximité culturelle à la psychologie et la distance à la nécessité scolaire. On montre d'autre part que l'opportunité de l'« investissement de l'intelligence » est à relier à des stratégies scolaires efficaces, qui sont nécessaires pour donner une véritable consistance sociale au diagnostic de précocité.þ


Date de mise en ligne : 17/09/2010

https://doi.org/10.3917/soco.079.0097

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