Introduction
Pages 5 à 6
Citer cet article
- CHRISTIAS, Panagiotis
- et RAFELE, Antonio,
- Christias, Panagiotis.
- et al.
- Christias, P.
- et Rafele, A.
https://doi.org/10.3917/soc.097.0005
Citer cet article
- Christias, P.
- et Rafele, A.
- Christias, Panagiotis.
- et al.
- CHRISTIAS, Panagiotis
- et RAFELE, Antonio,
https://doi.org/10.3917/soc.097.0005
1S’appuyant sur les deux auteurs qui ont le mieux décrit les phénomènes métropolitains, Georg Simmel et Walter Benjamin, nous essaierons dans ce numéro de définir et d’illustrer ce qu’ils désignent comme « l’esprit de la ville » : un ensemble de phénomènes spécifiques aux grandes villes qui les distinguent de l’ambiance connue des villes antérieures à l’ère moderne. Pour ces deux auteurs, la métropole est en quelque sorte l’archétype de la contemporanéité. Elle produit des modalités de vie marquées par une accélération inédite du temps, conçue et vécue comme intensification du rythme de naissance et de destruction des formes de la vie sociale. Ce qui est ainsi essentiel pour les formes sociales propres à la vie de la grande ville, c’est le principe de leur régénération induit de ce rythme.
2La mode est, de ce point de vue, le phénomène emblématique de cette nouvelle configuration : la splendeur et la dissipation des formes éphémères de l’existence apparaissent comme les deux moments de la dialectique temporelle, constituée et constituante de l’atmosphère métropolitaine. Les feux de la rampe moderne – qu’il s’agisse des fantasmagories urbaines, des phénomènes d’exhibition ou de publicité – sont des stimuli qui intensifient la vie perceptive des individus et forgent le caractère de la vie des citadins. C’est dans Paris de la Révolution qu’Émile Durkheim découvre les phénomènes d’effervescence, la multiplication sans précédent des échanges d’idées novatrices, les phénomènes de mobilité et de changements constants. L’expérience vécue de cette effervescence sera précisément la matrice des nouveaux styles de vie produits dans l’ère de l’urbanité avancée.
3C’est justement cet état de faits que condense, selon Michel Maffesoli, l’image emblématique de Dionysos, qui incarne l’obsession de la jouissance de l’instant présent. Image évoquant une force de destruction qui pousse à « brûler » sa/la vie, à se consumer, afin de produire d’autres formes à partir des cendres des vies précédentes. Dans ce contexte, la mode est devenue le temps global. C’est en ce sens que Michel Maffesoli parle de « devenir mode du monde ». Par son double aspect de mort et de (re)naissance s’ouvre et se clôt l’expérience métropolitaine, double aspect qui s’offre aussi aux réflexions et aux travaux sociologiques relatifs aux instants vécus de la vie quotidienne. C’est cette vie de la métropole, vécue au jour le jour, que nous présentent les auteurs de ce numéro thématique consacré à « l’expérience métropolitaine ».
4Ce numéro est le résultat d’une volonté de combiner l’expérience théorique du cadre métropolitain (mode, imaginaire) avec les études de cas qui concernent des villes et des quartiers spécifiques en insistant sur l’aspect de changement et de métamorphose des cités contemporaines (Rome, Bucarest, Milan, Belleville). Ainsi, à l’analyse de l’imaginaire et de l’étude des classiques de la sociologie se joignent les analyses ethno-méthodologiques dans le but de présenter une étude globale du phénomène urbain métropolitain.