Article de revue

Dante sur le seuil secret de Béatrice

Pages 69 à 78

Citer cet article


  • Le Bihan, A.
(2025). Dante sur le seuil secret de Béatrice. Sigila, 55(1), 69-78. https://doi.org/10.3917/sigila.055.0069.

  • Le Bihan, Adrien.
« Dante sur le seuil secret de Béatrice ». Sigila, 2025/1 n° 55, 2025. p.69-78. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-sigila-2025-1-page-69?lang=fr.

  • LE BIHAN, Adrien,
2025. Dante sur le seuil secret de Béatrice. Sigila, 2025/1 n° 55, p.69-78. DOI : 10.3917/sigila.055.0069. URL : https://shs.cairn.info/revue-sigila-2025-1-page-69?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sigila.055.0069


Notes

  • [1]
    Ossip Mandelstam, Entretien sur Dante, traduit du russe par Louis Martinez, Lausanne, L’Âge d’homme, 2000.
  • [2]
    Dans la Comédie, Dante évoque une fois la Sibylle de Cumes, vers la fin du Paradis.
  • [3]
    Cité dans la traduction de Jacques Perret, Énéide, Paris, Folio/Gallimard, 1991.
  • [4]
    Sauf exception, La Divine Comédie est citée dans la traduction de Jacqueline Risset, 3 vol., Paris, GF-Flammarion, 1985-1990.
  • [5]
    Nous admettons que la Béatrice de Dante et Béatrice Portinari, à laquelle on l’identifie habituellement, sont une seule et même personne. Rappelons que selon le Banquet, que Dante composa à partir de 1304, soit à la même époque que L’Enfer, « la vie humaine se partage en quatre âges » : adolescence (« accroissement de vie »), jeunesse (« comble de notre vie », qui dure de vingt-cinq à quarante-cinq ans), vieillesse et âge caduc. (Banquet, IV, 24, in Dante, Œuvres complètes, traduction et commentaires par André Pézard, La Pléiade, 1965.)
  • [6]
    Alessandro Barbero, Dante, traduit de l’italien par Sophie Rovère, Paris, Flammarion, 2021.
  • [7]
    Nous citons la Vita Nova dans la traduction de Louis-Paul Guigues, Paris, Poésie/ Gallimard, 1974.
  • [8]
    John Cowper Powys, « Dante », in The Pleasures of Literature (1938), Londres, Village Press, 1975.
  • [9]
    Marcel Schwob, « L’art », in Spicilège (1896), Paris, Mercure de France, 1960.
  • [10]
    Remy de Gourmont, Dante, Béatrice et la poésie amoureuse (1908), préface de Thierry Gillybœuf, Paris, L’Herne, 1999.
  • [11]
    T. S. Eliot, Dante, traduit de l’anglais par Bernard Hœpffner, Paris, Climats, 1991.

Avide lecteur de La Divine Comédie, Ossip Mandelstam observait que « le pas […] est pour Dante le principe de la prosodie », que « l’arrêt même est comme un mouvement mis en réserve ». Il ne parlait pas de seuil. Mais nous savons que l’arrêt de la marche du narrateur et de Virgile, son guide, c’est souvent sur un seuil, à l’orée d’un passage, qu’il se produit.
Virgile, unique auteur en qui Dante nous assure avoir puisé le beau style, n’y est pas étranger. Béatrice, par conséquent, non plus, puisque c’est elle, obéissant au vœu de la Vierge Marie, « grâce prévenante », transmis par sainte Lucie, « grâce éclairante », qui est descendue dans les limbes demander à Virgile de porter secours à Dante, égaré sans espoir « au milieu du chemin de notre vie », dans une forêt obscure où le menacent une panthère (la luxure), un lion (l’orgueil) et une louve (l’avarice). Béatrice a choisi Virgile, et promis d’intercéder en sa faveur en haut lieu, lui faisant miroiter en quelque sorte une promotion, parce qu’elle se fie à son « parler honnête », ce qui nous laisse entendre que, comme Dante, elle apprécie son Énéide et sa vision des choses d’outre-tombe.
Or, au livre VI, celui de la descente d’Énée aux enfers, tout franchissement de seuil est associé à un prodige. Énée s’étant approché du seuil de la Sibylle de Cumes, l’ayant priée de lui ouvrir les portes sacrées pour qu’il puisse approcher son père Anchise aux enfers, voir son visage, c’est grâce au rameau d’or cueilli sur le conseil de la Sibylle, en offrande à Proserpine qui garde le seuil de son oncle Hadès, qu’Énée, sur l’embarcation de Charon, traverse le Styx…


Date de mise en ligne : 30/05/2025

https://doi.org/10.3917/sigila.055.0069

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