Article de revue

Au seuil de tous les seuils : jeux de mort, jeu de vivre en haute montagne

Pages 173 à 183

Citer cet article


  • Le Breton, D.
(2025). Au seuil de tous les seuils : jeux de mort, jeu de vivre en haute montagne. Sigila, 55(1), 173-183. https://doi.org/10.3917/sigila.055.0173.

  • Le Breton, David.
« Au seuil de tous les seuils : jeux de mort, jeu de vivre en haute montagne ». Sigila, 2025/1 n° 55, 2025. p.173-183. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-sigila-2025-1-page-173?lang=fr.

  • LE BRETON, David,
2025. Au seuil de tous les seuils : jeux de mort, jeu de vivre en haute montagne. Sigila, 2025/1 n° 55, p.173-183. DOI : 10.3917/sigila.055.0173. URL : https://shs.cairn.info/revue-sigila-2025-1-page-173?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/sigila.055.0173


Notes

  • [1]
    Walter Bonatti, À mes montagnes, Paris, Arthaud, 1962, p. 11.
  • [2]
    Lionel Terray, Les Conquérants de l’inutile, Paris, Gallimard, 1961, p. 102.
  • [3]
    Erri de Luca, Sur les traces de Nives, Paris, Gallimard, 2006, p. 66.
  • [4]
    Albert F. Mummery, Le Roi du rocher, Paris, Hoëbeke, 1995, p. 250.
  • [5]
    René Desmaison, La montagne à mains nues, Paris, Flammarion, 1971, p. 266.
  • [6]
    L’Année montagne, n° 11, 1998.
  • [7]
    Walter Bonatti, op. cit., p. 116.
  • [8]
    L’Année montagne, n° 11, 1998.
  • [9]
    Reinhold Messner, Le 7e degré, Paris, Arthaud, 1975, p. 14.
  • [10]
    Pour un approfondissement des analyses développées ici, je renvoie à David Le Breton, Conduites à risque, Des jeux de mort au jeu de vivre, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2013 et à Passions du risque, Paris, Métailié poche, 2007.

La mort est le seuil de tous les seuils, une fois franchie, elle est sans retour, d’où la fascination de piétiner à sa porte, de la « défier », de se mettre en position d’être absorbé par elle tout en restant à l’affût pour en déjouer la puissance dans le secret d’une épreuve intime. Ce n’est qu’au seuil que la porte ne se refermera pas derrière soi pour l’éternité. Cependant, nul ne sort tout à fait indemne de s’approcher trop près d’elle. Si la mort est l’ultime limite, alors l’affronter en toute conscience est une épreuve personnelle, une ordalie, l’ancien jugement de Dieu devenu une structure anthropologique, une manière de s’en remettre au sort pour s’interroger sur le sens de son existence dans un contexte d’individualisation du lien social. Si elle frappe, alors cela signifie que toute raison de vivre est épuisée. En réchapper atteste de la légitimité de sa présence au monde, l’existence est toujours devant soi non seulement sur un plan matériel, mais aussi et surtout symbolique. Ce temps de l’épreuve est marqué par une intensité d’être qui fait défaut d’ordinaire.
Le risque délibérément choisi dans une activité physique procure une opportunité de vivre à contre-courant, de se ressourcer, d’échapper à l’ennui en intensifiant le rapport à l’instant. Il est un chemin de traverse pour reprendre en main une existence livrée au doute, au chaos ou à la monotonie. Quand il est choisi dans une activité de loisir ou de défi personnel, il devient une sorte de réserve où puiser du sens, rehausser un goût de vivre défaillant ou parfois même le retrouver après l’avoir perdu…


Date de mise en ligne : 30/05/2025

https://doi.org/10.3917/sigila.055.0173

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