Les juifs et la modernité. L’héritage du judaïsme et les Sciences de l’homme en France au XIXe siècle, par Perrine SIMON-NAHUM, Albin Michel, Bibliothèque des Idées, 2018, 333 p., 22 €
- Par Yves Chevalier
Page 572
Citer cet article
- CHEVALIER, Yves,
- Chevalier, Yves.
- Chevalier, Y.
https://doi.org/10.3917/sens.433.0094
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1 Se référant à Paul Valéry qui, selon elle, a été celui qui a “le mieux saisi la manière dont la modernité renvoie à un rapport singulier au temps et dont elle se charge d’une position à la fois politique, morale et esthétique face au monde”, Perrine Simon- Nahum, Directrice de recherche au CNRS et Professeur attaché à l’École normale supérieure, a entrepris, dans ce fort volume fruit de vingt-cinq ans de lecture et de réflexion, d’évaluer la part prise par le Judaïsme comme culture et comme religion dans l’aventure des sciences de l’homme qui émerge au XIXe siècle. Ou plus précisément d’étudier la relation des Juifs et de la modernité à la suite de l’accession des premiers, en 1791, à l’égalité des droits civiques, ce qui leur a permis de donner leur pleine mesure dans le domaine politique et intellectuel, compte tenu de la place du politique et du religieux dans l’histoire politique et intellectuelle française. Il s’agit donc de saisir d’une part les formes prises par l’entrée du Judaïsme dans la modernité, et d’autre part la manière dont, en retour, il en définit les diverses expressions. D’où les deux parties du livre. Dans la première, “L’entrée en modernité” (p. 21-113), l’auteur présente d’abord l’identité et l’histoire de la modernité qui naît avec la Révolution française et dont la conséquence sur le sort des Juifs a été à la fois incommensurable et ambiguë ; en particulier parce que l’entrée des Juifs dans la modernité donne le signal de leur retour dans l’histoire, c’est-à-dire de leur réinvestissement du discours historique.
2 Il en résulte la redéfinition de l’identité démocratique du peuple juif et la forme spécifique que prend alors l’intégration des Juifs avec l’émergence d’une culture propre à l’intérieur du cadre de la société majoritaire. La seconde partie : “L’entrée dans les sciences de l’homme” (p. 115-285) traite alors de la présence et du rôle de savants juifs dans un certain nombre de domaines relevant d’un espace intellectuel nouveau, depuis l’invention d’une science des religions à partir d’une approche non dogmatique des textes et le développement d’instruments auxiliaires comme la linguistique ou la philologie, jusqu’à l’anthropologie et la sociologie comme nouvelle manière d’aborder l’étude de l’homme et de l’organisation des sociétés. En un mot, dans la production et l’exercice critique d’un savoir rationnel qui s’institutionnalise à la fois dans les universités et les institutions de recherches.
3 D’une manière qu’elle justifie de façon convaincante, l’auteur termine le parcours auquel elle nous invite par un chapitre sur Marcel Proust et la littérature. Il s’agit d’illustrer le fait que, tout au long du XIXe siècle, les Juifs émancipés se sont trouvés confrontés à un problème d’identité — comment se définir dans une communauté politique nationale tout en conservant un attachement aux formes d’une tradition enrichie des points de vue qu’elle pose sur la société moderne en train d’émerger.