Article de revue

Les mutations d’Al-Qaïda : évolutions combattantes et effet démultiplicateur du cyber-djihad

Pages 59 à 78

Citer cet article


  • Migaux, P.
(2012). Les mutations d’Al-Qaïda : évolutions combattantes et effet démultiplicateur du cyber-djihad. Sécurité globale, 20(2), 59-78. https://doi.org/10.3917/secug.020.0059.

  • Migaux, Philippe.
« Les mutations d’Al-Qaïda : évolutions combattantes et effet démultiplicateur du cyber-djihad ». Sécurité globale, 2012/2 N° 20, 2012. p.59-78. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-securite-globale-2012-2-page-59?lang=fr.

  • MIGAUX, Philippe,
2012. Les mutations d’Al-Qaïda : évolutions combattantes et effet démultiplicateur du cyber-djihad. Sécurité globale, 2012/2 N° 20, p.59-78. DOI : 10.3917/secug.020.0059. URL : https://shs.cairn.info/revue-securite-globale-2012-2-page-59?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/secug.020.0059


Notes

  • [1]
    La formation complète durait environ un an. Regroupés au départ par nationalités au sein de maisons d’accueil (Beit) principalement situées à Jalalabad, les volontaires se voyaient attribuer un pseudonyme (kunya) avant de s’habituer à la vie afghane. Ils étaient envoyés pour suivre, avec des individus d’autres origines, l’entraînement militaire qui était divisé en trois phases différentes (instruction de base, spécialisation, techniques particulières) dans la dizaine de camps que dirigeait Al-Qaïda dans les environs de Khost, Khalden et Kandahar. Ces dures périodes d’entraînement aux techniques de clandestinité, de combat et d’action meurtrière étaient entrecoupées de deux sessions d’endoctrinement religieux. Les nouveaux combattants d’Allah pouvaient ensuite s’aguerrir en participant, pendant quelques semaines, aux combats que menaient régulièrement les talibans contre les milices tadjiks et hazaras de l’Alliance du Nord. On estime à plus de vingt mille le nombre de ceux qui ont quitté l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient ou l’Asie pour rejoindre les rangs d’Al-Qaïda. Mais seulement deux-tiers ont achevé le cycle complet, en raison de la difficulté des formations et des maladies dues aux conditions de vie locale.
  • [2]
    La province du Xinjiang où vivent les Ouïghours turcophones.
  • [3]
    Selon le Long War Journal, un site américain consacré aux combats en zone afghano-pakistanaise, les frappes de drones au Pakistan se sont chiffrées à 121 en 2011, 117 en 2010, et 53 en 2009.
  • [4]
    Tentative d’attentat du Nigérian Farouk Abdulmutallab sur le vol Amsterdam – Détroit en décembre 2009, qui a été suivi d’un nouveau projet en mai 2012 avec un engin plus sophistiqué, cette fois détecté par les services américains ; tentative d’envoi vers Chicago de deux imprimantes piégées en juin 2010.
  • [5]
    On relira avec intérêt le Catéchisme du révolutionnaire, écrit en 1 868 par le Russe Victor Netchaïev. Sa figure sombre et violente a fondé le mythe du révolutionnaire professionnel et a inspiré à Fiodor Dostoïevski le personnage principal du roman Les Possédés. Un siècle plus tard, la mouvance du terrorisme révolutionnaire anti-impérialiste entretient ce mythe.
  • [6]
    Communiqué écrit, adressé au secrétaire d’État américain, août 1998.
  • [7]
    Dans le numéro d’avril 1988 de sa revue, Abdullah Azzam proclame que la puissance de l’islam renaîtra si les musulmans sont guidés dans la guerre sainte par les mujahidins, qui joueront ainsi le rôle d’avant-garde combattante (Al-Qaïda al-sulbah).
  • [8]
    La liste est longue de l’Andalousie espagnole aux Philippines, en passant par Israël.
  • [9]
    Le texte fait ainsi référence à une coutume oubliée, la ghanima (autorisation), qui permet à un musulman de commettre des actes interdits par sa religion, comme le vol ou le meurtre, si une partie du butin est consacrée au djihad.
  • [10]
    Parmi les principales cibles d’attentats déjoués par les services de sécurité, on peut citer l’aéroport de Los Angeles (décembre 1999) ou le marché de Noël à Strasbourg (décembre 2000). Tous les acteurs de ces projets avaient suivi un entraînement dans les camps d’Al-Qaïda en Afghanistan.
  • [11]
    Disponible en arabe sur de multiples sites djihadistes, on trouvait sa traduction en langue anglaise, dès 2002, sur : http://tawhed.110mb.com/books/Knight…er_english.pdf
  • [12]
    Mustapha Seriam alias Abou Moussab Al-Suri est un vétéran afghan du djihad antisoviétique. Il a ensuite vécu en Espagne et à Londres, avant de revenir en Afghanistan en 1998, pour y fonder une école religieuse à Kaboul. Pendant trois ans, il y a enseigné le salafisme combattant aux volontaires étrangers venus s’entraîner dans les camps d’Al-Qaïda. Après la chute du régime des talibans, il s’est consacré dans la clandestinité à la rédaction d’écrits djihadistes. Il a été capturé au Pakistan en 2005, avant d’être extradé en Syrie où il a été relâché en septembre 2011.
  • [13]
    Anwar Al-Awlaki est né au Nouveau-Mexique et a vécu jusqu’en 2002 aux États-Unis. Il se radicalise pendant les années quatre-vingt-dix, sans pour autant s’engager dans un terrain extérieur. Il semble avoir par contre joué un rôle dans l’accueil sur le territoire américain de certains des volontaires suicide du 11 septembre, ce qui expliquerait son départ précipité vers le Yémen l’année suivante. Sur place, il se pose en figure indépendante du djihad et se consacre à la rédaction de textes djihadistes qu’il publie sur des sites internet. C’est par échange d’e-mails qu’il serait devenu le mentor de Malik Nadal Hasan, l’auteur de l’assassinat multiple de Fort Hood.
  • [14]
    Ce film était intitulé La Tanière du Lion.
  • [15]
    Deux sites basés à Londres étaient particulièrement significatifs à cette époque : Al-Ansar al-Sharia (« Les partisans de la loi islamique ») d’Abou Hamza Al-Masri, l’inspirateur du gang de Roubaix, dont tous les survivants ont été condamnés à 30 ans de prison, et Islamic Observatory Center dirigé par Yasser Al-Sirri, un ancien compagnon d’armes d’Ayman Al-Zawahiri qui se consacrait à la défense des droits des prisonniers djihadistes. C’est lui qui avait envoyé la lettre de recommandation au service de presse du commandant Shah Massoud destinée à accréditer la demande d’interview des deux pseudo-journalistes qui l’ont assassiné, le 9 septembre 2011.
  • [16]
    On y retrouvait ainsi les écrits de tous les hérauts du salafisme, d’Ibn Taymiya à Abdullah Azzam.
  • [17]
    L’épée Al-Battar fut prise par le prophète Mohamed comme butin lors du massacre de la tribu juive des Banou Qorayza. Elle est surnommée « l’épée du prophète ».
  • [18]
    En raison de la neutralisation de son principal rédacteur, le Franco-Marocain Abdelaziz Al-Muqrin.
  • [19]
    La traduction de ce document, Études militaires dans le djihad contre les tyrans, accompagnée de commentaires d’Arnaud Blin, a été publiée chez André Versaille éditeur, sous le titre Manuel pratique du terroriste.
  • [20]
    La scène de l’exécution de l’ingénieur américain Nicholas Berg, qui relève de la noirceur psychopathe du « snuff movie », est bien connue. On évoquera plutôt ici la vidéo, diffusée en janvier 2012 par Al-Qaïda au Maghreb islamique, montrant un gendarme mauritanien capturé un mois plus tôt. Celui-ci est aux pieds de ses geôliers, en uniforme sale et les mains menottées. Il lit d’une voix atone un texte préparé à l’avance : « J’implore le président Mohamed Ould Abdel Aziz d’intervenir dans mon cas, comme il l’a fait dans celui des chrétiens espagnols qu’il a échangés contre Omar Al-Sahraoui. Je demande aux militaires mauritaniens de veiller plus à l’application de la sharia islamique qu’à celle des autres lois ». Le discours vise clairement à démoraliser les forces de sécurité mauritaniennes.
  • [21]
    Dont l’administrateur a été interpellé en France, fin juin 2012.
  • [22]
    Rappelons qu’un des reproches majeurs que fait Ayman Al-Zawahiri au statut des musulmans dans les pays occidentaux est de ne plus pouvoir y obtenir une soumission absolue, y compris sexuelle, de la femme : « Un musulman ne peut pratiquer la règle coranique sur son épouse, si elle se détourne de lui et le prive de rapport conjugal ». « Vous les réprimanderez, celles dont vous aurez à craindre l’indiscipline ; vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez. […] Si [le musulman] tente de jouir de son droit sans son consentement, elle peut porter plainte pour viol. Et s’il tente de mettre en œuvre la règle coranique en la battant, c’est la prison qui l’attend », in L’Absolution, p. 150.
  • [23]
    Malika Al-Aroud avait épousé en premières noces Abdessatar Dahmane, un des deux assassins du commandant Massoud, puis s’était remariée avec un djihadiste tunisien, Moez Garsalaoui, qui combat depuis 2007 en Afghanistan. Elle multipliait depuis 2006, sur le site internet Minbar-SOS, des menaces à l’encontre des combattants des armées occidentales : « Le Vietnam n’est rien comparé à ce qui vous attend en Afghanistan et en Irak. Demandez à vos mères et à vos femmes de commander vos cercueils ! ». Elle est emprisonnée depuis décembre 2008, en raison de ses contacts avec les filières afghanes.
  • [24]
    In « Messages aux sœurs musulmanes ».
  • [25]
    Safiya est le nom d’une des épouses du Prophète.
  • [26]
    L’Union du djihad islamique est la branche internationaliste du Mouvement islamique d’Ouzbekistan.
  • [27]
    Le fondateur d’Al-Qaïda au pays des deux rivières, neutralisé en juin 2006.
  • [28]
    Le Dr Fadel rappelle que la volonté maladive de pureté qui anime la pensée d’Ayman Al-Zawahiri prend sa source dans le fait qu’il a dénoncé pendant sa détention ses compagnons djihadistes.
  • [29]
    Les Révisions, p. 92.
  • [30]
    In « L’expansion du cyber-jihad », revue Akfar, 2007, p. 62.
  • [31]
    « Ce que le 11 septembre a changé », Le Monde, 10 septembre 2011.
Français

La mouvance moudjahidine a évolué depuis les attentats du 11 septembre 2001. La neutralisation de nombreux cadres historiques dans la région afghano-pakistanaise n’a toutefois pas anéanti Al-Qaïda, qui reste le modèle fondateur. L’organisation, mutante et active, a adapté sa stratégie combattante pour crédibiliser l’existence d’un djihad global et a affiné sa stratégie de communication.
Quatre organisations « franchisées » suivent la stratégie du djihad global : Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique, Al-Qaïda au Maghreb islamique, Al-Qaïda au pays des deux rivières et Mouvement de la Jeunesse Islamique – les Shebabs. Depuis 2005, Al-Qaïda a aussi su compléter sa panoplie opérationnelle par le développement de cellules dormantes, de groupes domestiques et de loups solitaires, composés de militants auto-radicalisés, en particulier grâce à Internet.


English

The mujahidin movement has evolved since the 9/11 bomb attack. The neutralization of many historical leaders in the Af-Pak region did not however led to the total collapse of Al Qaeda, who remains the founding group. The structure, mutant and active, adopted a fighting strategy to make credible the existence of a global jihad and refined its communication strategy.
Four “franchised” organizations follow the global jihad strategyAl Qaeda in the Arabian Peninsula, Al Qaeda in the Islamic Maghreb, Al Qaeda in the Land of the two rivers and Movement of Islamic Youth – Al Shabab. Since 2005, Al Qaeda also completed its operational arsenal in developing dormant cells, domestic groups and lone wolves, composed by auto-radicalized activists, particularly in using Internet.


Date de mise en ligne : 01/10/2016

https://doi.org/10.3917/secug.020.0059

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