Éditorial
Pages 7 à 9
Citer cet article
- BOURGANEL, Rémy,
- BIHANIC, David,
- PAIN, Frédérique,
- VIAL, Stéphane
- et COLLOMB, Cléo,
- Bourganel, Rémy.,
- et al.
- Bourganel, R.,
- Bihanic, D.,
- Pain, F.,
- Vial, S.
- et Collomb, C.
https://doi.org/10.3917/sdd.004.0007
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- Bourganel, R.,
- Bihanic, D.,
- Pain, F.,
- Vial, S.
- et Collomb, C.
- Bourganel, Rémy.,
- et al.
- BOURGANEL, Rémy,
- BIHANIC, David,
- PAIN, Frédérique,
- VIAL, Stéphane
- et COLLOMB, Cléo,
https://doi.org/10.3917/sdd.004.0007
1Algorithmes. Le rôle incontournable des techniques informatiques dans la sphère politique, sociale, industrielle et culturelle a placé les algorithmes sur le devant de la scène médiatique. AlphaGo vient de gagner une partie contre le meilleur joueur humain de Go, Pokemon Go stimule les foules, Deep Dream lirait dans les images comme l’inconscient dans les nuages, PredPol permettrait de prédire l’heure et le lieu des crimes à Los Angeles pour les éviter avant qu’ils ne se produisent. Malgré tout cela, nous en sommes encore à perdre la trace des avions de la Malaysia Airlines.
2 En quoi les algorithmes intéressent-ils en particulier les designers ? C’est cette question qu’entend déployer le numéro 04 de Sciences du Design, qui s’inscrit dans le mouvement d’intérêt croissant que semble nourrir le design pour les algorithmes – à en juger par le colloque organisé en février 2016 à Helsinki par l’association internationale de design d’interaction IxDA, qui dédiait son programme aux impacts du machine learning et de l’intelligence artificielle sur le design, ainsi que par le symposium Designing the User Experience of Machine Learning Systems annoncé pour mars 2017 à Palo Alto.
3 Concrètement, au niveau de la pratique, de la recherche et de l’enseignement, la question des liens entre le design et les algorithmes se pose ici à un triple niveau.
4 — Les productions : qu’est-ce que le designer produit exactement dès lors qu’il se retrouve à devoir composer avec des systèmes ouverts et en évolution permanente ?
5 — Les méthodes : de quelle manière les moyens du designer sont transformés à partir du moment où il se retrouve aux prises avec des machines apprenantes ? D’autre part, le design reposant sur l’observation des usages, quelle valeur le designer peut-il accorder – dans un contexte de laboratoire permanent – aux traces numériques, ces données comportementales programmées pour être automatiquement générées lorsque les utilisateurs agissent dans des environnements informatisés ?
6 Quel parti pris épistémologique traduit cette valorisation des traces numériques et quels enjeux éthiques soulève-t-elle ?
7 — Les utilisateurs : comment le designer s’empare-t-il des imaginaires technologiques toujours ambivalents qui accompagnent les algorithmes ? Quel en est l’impact sur son activité de conception ?
8 C’est à ces questions que les auteurs publiés dans le dossier de ce numéro se sont consacrés, qu’il en aille de travaux théoriques, d’épistémologie critique ou encore de travaux pratiques. S’appuyant sur le champ de la recherche-projet, Caroline Guerin, Maguelonne Chandesris et Anaïs Remy proposent une approche par la pratique et dans le champ de la mobilité. Par une analyse de requêtes utilisateurs sur un moteur de calcul d’itinéraires développé au sein d’un grand groupe d’expérimentation, les auteures mettent l’accent sur l’apport du design dans la représentation graphique des données. Eric Lacombe décrit quant à lui, à partir d’un cas concret dans le domaine du tourisme, une méthode pour mieux cohabiter avec les algorithmes. Sa proposition est de redonner du sens aux traitements de l’information, trop souvent devenus « boîte noire », et ce par la construction d’un réseau hybride d’intelligence impliquant la participation des acteurs-utilisateurs. Côté arts numériques cette fois, Florent Di Bartolo s’intéresse à la dimension créative de la programmation au sein de systèmes multi-agents. Dans un essai portant sur le design de l’automatisation de la prise de décision, Maguelonne Chandesris propose alors des pistes de réflexion voire des mises en garde pour le designer qui a la charge de concevoir ce type d’automatisation. Pour continuer dans la lignée critique, Eglantine Schmitt se livre à un travail d’ordre épistémologique cherchant à réaffirmer la place de l’humain et de ses choix dans le design des algorithmes – ces programmes qui ne sont donc pas seulement formels ou strictement mécaniques et autonomes, mais qui ont bien une épaisseur sociotechnique. Enfin, à travers leur essai portant sur le métadesign, Rémy Bourganel, Stéphane Hugon et Mehdi Badr explorent en quoi les techniques algorithmiques d’analyse de données et d’apprentissage automatique (machine learning) transforment le projet de design d’un processus fini vers celui d’un continuum – lui-même envisagé comme un moyen pour l’empowerment des individus – appelant un regard critique sur l’enseignement du design.
9 Dans le Supplément, la réflexion sur les algorithmes se poursuit : d’abord par une tribune enlevée sur l’intelligence artificielle signée Dominique Sciamma, directeur de Strate ; ensuite par un entretien de Cléo Collomb avec Igor Galligo et Filipe Pais sur les algorithmes de Tinder, la célèbre application de rencontre basée sur votre localisation et votre réseau d’amis Facebook. Le Supplément accueille par ailleurs, en forme d’hommage posthume, une contribution de Yann Le Guennec † sur le métadesign, ainsi qu’une présentation de la thèse en cours de Rose Dumesny chez Orange Labs sur les relations entre design et données. Pour finir, Marie-Julie Catoir-Brisson nous fait revivre de l’intérieur le colloque 2016 de la Design Research Society à Brighton et Emna Kamoun revient sur le numéro 46 de la revue Communication & organisation dont le thème était « Design & Projet ».
10 Enfin, dans le cadre de ce numéro 04, la rubrique Visualisation accueille trois réalisations. La première, proposée par Sonia Pelloux, s’intitule « Cartographie des données : donner à voir l’open data SNCF ». Elle rend compte, notamment, des possibilités et avantages multiples d’une navigation par graphe au sein de la structure des données (de l’exploration visuelle de concepts et bases de données diverses). La deuxième réalisation titrée « Cloud Map » est de Ianis Lallemand. Partant de l’analyse de 2998 coordonnées GPS de centres de données, celle-ci situe la distribution géographique mondiale des infrastructures matérielles allouées au « Cloud Computing ». Il en résulte une représentation cartographique « en volume » offrant de voir autant que de sentir le poids, l’imposante présence d’une implantation dès lors massive de ce type d’installation. Enfin, la troisième réalisation fut composée en 2014 par Yann Le Guennec † – celle-ci vient en complément ou « résonance » avec le texte publié à titre posthume dans la rubrique Supplément. Intitulée « Les Paysages des erreurs », il s’agit d’une création artistique avec les données (Data Art) lesquelles deviennent ici le matériau brut d’une « activation » picturale/plastique programmée modifiant, altérant l’image « support » et sa signification. Ces trois projets sont à retrouver également sur le mini-site Visualisation de la revue à l’adresse : visu.sciences-du-design.org – à noter la publication d’une vidéo de présentation de l’application logicielle ici introduite par Sonia Pelloux.
11 Bonne lecture !