Introduction
- Par Cécile Reynaud
Pages 5 à 7
Citer cet article
- REYNAUD, Cécile,
- Reynaud, Cécile.
https://doi.org/10.3917/rom.177.0005
Citer cet article
- Reynaud, Cécile.
- REYNAUD, Cécile,
https://doi.org/10.3917/rom.177.0005
Notes
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[1]
Musée, musées, 2016 /3 (n° 173).
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[2]
1985/1 (n° 47).
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[3]
2001/2 (n° 112).
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[4]
Pierre Larousse, Grand Dictionnaire universel du xixe siècle, Paris, Administration du grand Dictionnaire universel, 1866-1877, t. 2, p. 688 et suiv.
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[5]
Réimpression de l’ancien Moniteur, depuis la réunion des États-Généraux jusqu’au Consulat, Paris, Au Bureau central, t. 19, 1841 (Gazette nationale ou Le Moniteur universel, mercredi 22 janvier 1794), p. 267.
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[6]
Dominique Varry, « Des bibliothèques des districts aux bibliothèques municipales », dans Histoire des bibliothèques françaises, vol. 3, Les Bibliothèques de la Révolution et du xixe siècle (1789-1914), Paris, Éditions du Cercle de la Librairie, p. 54-56.
1 Comme le numéro de Romantisme consacré récemment au musée [1], ce volume entend s’intéresser à l’essor, au cours du xixe siècle, d’une institution patrimoniale, éducative et culturelle : la bibliothèque. La revue ne s’est que rarement attachée jusqu’ici à cette question : le numéro « Le livre et ses lectures [2] » s’est consacré essentiellement aux représentations littéraires de son sujet ; celui qui portait sur « La collection [3] » s’est surtout intéressé aux collections des beaux-arts. L’institution de la bibliothèque publique ou privée, destinée à la conservation des ouvrages patrimoniaux, aux recherches des savants ou à « l’instruction populaire », pendant le « long xixe siècle », son fonctionnement, ses ambitions culturelles et pédagogiques, les réseaux d’amitiés et de collégialités dont elle témoigne, son statut de motif littéraire sont au cœur de ce numéro, dans un contexte français et européen.
2 Le Grand dictionnaire universel du xixe siècle de Pierre Larousse rappelle dans ses premières lignes de l’article « Bibliothèque [4] » que le mot lui-même désigne à la fois la collection de livres classés, mais aussi son contenant, qui donne sa forme matérielle au classement. « Bibliothèque » peut en outre désigner une collection éditoriale « traitant de matières spéciales et dans un but déterminé », à l’exemple de la Bibliothèque héraldique, ou de la Bibliothèque des dames et demoiselles. Le Grand dictionnaire livre en outre une typologie des institutions en commençant par les « bibliothèques publiques » (comme la Bibliothèque impériale ou celle de Sainte-Geneviève). Le siècle que nous étudions a en effet contribué, en France et en Europe, à porter à la connaissance du public des collections dont l’origine est privée. La confiscation des biens du clergé, celle des bibliothèques des émigrés et condamnés, celle des Académies et sociétés savantes ont obligé le pouvoir national, porté par l’idée que « chaque bibliothèque doit devenir l’école de tous les citoyens [5] », à s’intéresser à ces immenses collections. La longue histoire de la naissance des bibliothèques municipales, par exemple, se développe autour des fonds confisqués pendant la Révolution et entreposés dans les dépôts littéraires. Comme l’a montré Dominique Varry, la gestion de ces collections entraîne une réflexion sur la forme de leurs inventaires indissociablement liée à leur destination : la volonté de créer des bibliothèques issues de ces dépôts littéraires dans les départements, apparaît très tôt, mais ne prend vraiment forme qu’en s’appuyant sur un projet d’enseignement. Ces bibliothèques sont en effet liées d’abord au destin des écoles centrales, puis à celui des lycées : elles devaient venir en soutien des différents enseignements dispensés et leurs inventaires devaient refléter le projet intellectuel de ces enseignements [6]. Cependant, les collections retenues pour les bibliothèques des écoles centrales, puis des lycées, ne constituaient qu’une petite partie des dépôts littéraires : pour gérer le reste des collections, un décret du 28 janvier 1803 prévoit de mettre les bibliothèques à disposition et sous la surveillance de la municipalité, permettant ainsi au gouvernement de se décharger de l’entretien de ces fonds. La responsabilité des collections confisquées fut donc confiée aux communes : les bibliothèques municipales en sont nées. Elles furent ensuite supplantées dans leur vocation éducative par les bibliothèques populaires, plus conduites par un principe de diffusion que de conservation.
3 Parallèlement aux institutions dominantes (bibliothèque nationale, bibliothèques municipales) apparaît au cours du siècle une diversité de bibliothèques publiques ou privées : notamment administratives sous la monarchie de Juillet, scolaires, universitaires à partir du Second Empire, tandis que prisons, hôpitaux, entreprises se dotent aussi de leurs collections de livres. Les collections privées se reconstituent, répondant à divers besoins, ceux des sociétés savantes par exemple, ou des institutions religieuses, ou encore des communautés étrangères. La bibliothèque appartient aussi bien sûr à la sphère individuelle : notables, mais aussi artistes, gens de lettres, savants et bibliophiles assemblent des collections de livres dont il nous appartient d’analyser l’origine et les principes d’ordonnancement.
4 Chaque article de ce numéro aborde un type différent de bibliothèque : il s’agit de comprendre le rôle et les fonctionnements des institutions ou des collections publiques ou privées, à des époques et sous des aspects différents. Ségolène Blettner et Bruno Blasselle étudient la Bibliothèque nationale par les évolutions de son lectorat, sous la monarchie de Juillet (en privilégiant l’année 1837) : l’analyse se fonde sur les registres de prêt qui permettent une analyse sociologique des lecteurs en présence et de leurs pratiques de lecture. Les bibliothèques universitaires qui connaissent leur essor sous la IIIe République, sont un maillon essentiel de l’ensemble du dispositif d’enseignement. Daniel Renoult montre comment la création des universités s’accompagne de l’élaboration réfléchie de bibliothèques dotées de réels budgets d’acquisition : une conception propre des bibliothèques universitaires en découle, qui donne à ces institutions leurs caractéristiques, depuis leur architecture, jusqu’à leurs personnels propres et à leur organisation, destinée à durer jusqu’en 1969. Les questions de lecture sont au cœur de l’article d’Agnès Sandras et Jean-Charles Geslot : le mouvement d’éducation populaire qui se développe pendant la période de libéralisation du Second Empire voit naître des initiatives favorables à la lecture populaire. La bibliothèque populaire de Versailles est l’une d’entre elles : comme foyer possible d’opposition populaire, elle est aussi l’objet de contrôles et d’enquêtes de police qui font de la bibliothèque un objet de surveillance. La période révolutionnaire a connu la fondation de nombreuses institutions d’éducation et de culture : l’inauguration du Museum des arts en 1793 va donner naissance à l’une des premières bibliothèques de musée en France. Rose-Marie Le Rouzic étudie le contexte dans lequel se développa lentement ce fonds d’ouvrages destiné à l’étude des œuvres d’art du musée et montre les relations existant entre la collection de livres achetés ou reçus et le développement de la collection artistique.
5 Les bibliothèques qui se développent pendant ce long xixe siècle ne sont bien sûr pas seulement celles des institutions, séculaires ou nouvellement apparues. Des bibliothèques privées continuent d’être constituées par les amateurs et des outils sont élaborés pour les faire connaître et leur donner une organisation : Amélie Calderone porte son attention à ces catalogues de collections privées, qui se différencient de simples inventaires et s’enrichissent de préfaces et d’études, destinées à faire connaître la collection comme un « monument ». Ces bibliothèques privées peuvent être celles d’artistes, et révéler, outre la signification d’un ensemble, l’univers des relations dans lesquelles l’artiste a pu évoluer : Céline Micout étudie la bibliothèque de Victor Hugo à Hauteville House par le biais des envois qui figurent sur les ouvrages donnés à l’écrivain – envois dont l’analyse sémantique permet de préciser la façon dont les dédicateurs désignent le poète et la forme qu’ils donnent à la figure hugolienne. Marie Mossé montre enfin comment le motif littéraire de la bibliothèque apparaît comme un invariant dans les récits d’écrivains-voyageurs en Islande au xixe siècle, oscillant entre le simple compte rendu et la présentation d’un « outil cognitif » destiné à transmettre des révélations sur le pays traversé.