Compte rendu

Catherine Authier. Femmes d'exception, femmes d'influence. Une histoire des courtisanes au xixe siècle. Paris, Armand Colin, 2015, 384 p.

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  • Gonzalez-Quijano, L.
(2016). Catherine Authier. Femmes d'exception, femmes d'influence. Une histoire des courtisanes au xixe siècle. Paris, Armand Colin, 2015, 384 p. Romantisme, 174(4), IX-IX. https://doi.org/10.3917/rom.174.0138i.

  • Gonzalez-Quijano, Lola.
« Catherine Authier. Femmes d'exception, femmes d'influence. Une histoire des courtisanes au xixe siècle. Paris, Armand Colin, 2015, 384 p. ». Romantisme, 2016/4 n° 174, 2016. p.IX-IX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-romantisme-2016-4-page-IX?lang=fr.

  • GONZALEZ-QUIJANO, Lola,
2016. Catherine Authier. Femmes d'exception, femmes d'influence. Une histoire des courtisanes au xixe siècle. Paris, Armand Colin, 2015, 384 p. Romantisme, 2016/4 n° 174, p.IX-IX. DOI : 10.3917/rom.174.0138i. URL : https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2016-4-page-IX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rom.174.0138i


1 Profitant de l'intérêt du public pour les demi-mondaines et autres cocottes du xix e siècle, l'ouvrage de Catherine Authier, historienne et chanteuse lyrique, s'inscrit dans la lignée des nombreuses biographies et publications dédiées aux courtisanes parues ces dernières années (et notamment, pour ne citer que les trois plus récentes, Anne Bragance, Mata Hari. La Poudre aux yeux, Paris, Belfond, 2015 ; Joëlle Chevé, Les Grandes Courtisanes, Paris, First, 2013 ; Catherine Guigon, Les Cocottes, reines de Paris 1900, Paris, Parigramme, 2012) et en constitue la synthèse. En trois parties et dix chapitres, l'auteure offre ainsi un vaste panorama des différents aspects du métier et de la trajectoire de courtisane. Au fil des pages, on trouve un très grand nombre d'illustrations, en grande majorité des reproductions de tableaux et des photographies mais aussi gravures, affiches et caricatures auxquelles il faut ajouter un cahier iconographique central en couleur, dont on peut regretter que l'analyse ne vienne que trop rarement compléter et éclairer le propos de l'auteure.

2 Catherine Authier aborde en premier lieu l'ascension au sein de la hiérarchie prostitutionnelle, « Commencer prostituée, devenir courtisane », à travers les représentations de la femme vénale, l'organisation du système réglementariste et la transformation de l'ouvrière en grisette, de la grisette en lorette. Si un chapitre entier est consacré à l'encadrement officiel de la prostitution, il est important de rappeler que toutes les courtisanes, loin s'en faut, n'ont pas fait leurs premiers pas dans la prostitution encartée. De même, l'auteure insiste particulièrement sur la « volonté de revanche sociale due à des origines misérables » (p. 64) pour évoquer la « métamorphose » et les raisons qui ont poussé ces femmes ayant atteint les sommets de la galanterie, alors même que les courtisanes qu'elle présente tout au long de son livre ont des origines sociales et des parcours professionnels bien plus divers.

3 Dans une seconde partie consacrée à « la fabrique des courtisanes », Catherine Authier évoque le Paris du xix e siècle en tant qu'époque et espace particulièrement favorables pour des femmes libres dans leurs manières de paraître (vêtements, maquillage, bijoux), d'agir (sports, voyages, mondanités) et de dépenser leur argent (patrimoine immobilier, décoration intérieure, train de vie). Restaurants et cafés du Boulevard, Expositions universelles, soirées au théâtre ou au casino, courses hippiques, séjours à Deauville ou à Monaco, la vie des grandes demi-mondaines met en scène un imaginaire de la beauté, de la richesse et de la vie élégante qui fait le bonheur de l'industrie du luxe et de la haute-couture parisiennes, mais dont s'emparent également, et avec une délectation croissante au cours du siècle, la presse à grand tirage et la publicité.

4 Enfin, une troisième partie, « Sur scène », la plus intéressante à nos yeux, analyse les courtisanes en tant que « femmes de spectacle ». Catherine Authier traite aussi bien de la place de ces femmes dans les différents arts du spectacle vivant (théâtre, art lyrique, music-hall et danse) que des stratégies élaborées pour faire partie des célébrités galantes de son temps (rapports avec la presse, usage de la photographie et du scandale) et de la « sortie de scène » (p. 307), c'est-à-dire la fin de la carrière galante entre mort tragique et quête de respectabilité. Mises à part Lola Montès et Céleste Mogador, les figures de la haute galanterie qu'elle convoque – Hortense Schneider, Rigolboche, La Goulue, Cléo de Mérode, Mata Hari – vécurent dans la seconde moitié du xix e siècle, et on aurait aimé avoir davantage d'éléments sur les liens entre prostitution, monde du spectacle et carrière artistique, afin de comprendre pourquoi, selon les périodes, ces femmes de scène s'inscrivent dans des genres et des pratiques artistiques distinctes.

5 Dès son introduction, Catherine Authier soulève le problème d'une histoire des femmes écrite par des hommes. Les sources, dit-elle, qu'elles soient rédigées par les gens de lettres, les dramaturges ou les médecins, sont « souvent hostiles, condescendantes et pétries d'exagérations et de stéréotypes » (p. 15). Au fil des pages, on ne peut par conséquent que regretter l'abondance d'anecdotes et de ouï-dire – à l'instar de la rumeur qui disait que Cora Pearl était plus tendre avec ses chevaux qu'avec ses amants (p. 168) –, dont la véracité est sujette à caution et que l'auteure ne mobilise guère pour précisément déconstruire la figure de la courtisane telle qu'elle est élaborée au xix e siècle. Alors que Catherine Authier s'attache à faire de ces femmes des figures exceptionnelles capables d'audace, de stratégie et de séduction, dont la vie aurait été un manifeste d'indépendance, elle semble parfois rester prisonnière des topoï et stéréotypes de l'époque quant au monde de la galanterie que seul le recours à des archives autres que littéraires et imprimées aurait pu déconstruire.

6 Lola Gonzalez-Quijano


Date de mise en ligne : 29/12/2016

https://doi.org/10.3917/rom.174.0138i