Compte rendu

Massimo Colesanti. Il mistero Stendhal. Saggi, note, confronti. Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, coll. « Quaderni di cultura francese » n° 49, 2015, 192 p.

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  • Barbieri, L.
(2016). Massimo Colesanti. Il mistero Stendhal. Saggi, note, confronti. Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, coll. « Quaderni di cultura francese » n° 49, 2015, 192 p. Romantisme, 174(4), IV-IV. https://doi.org/10.3917/rom.174.0138d.

  • Barbieri, Luca.
« Massimo Colesanti. Il mistero Stendhal. Saggi, note, confronti. Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, coll. “Quaderni di cultura francese” n° 49, 2015, 192 p. ». Romantisme, 2016/4 n° 174, 2016. p.IV-IV. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-romantisme-2016-4-page-IV?lang=fr.

  • BARBIERI, Luca,
2016. Massimo Colesanti. Il mistero Stendhal. Saggi, note, confronti. Roma, Edizioni di Storia e Letteratura, coll. « Quaderni di cultura francese » n° 49, 2015, 192 p. Romantisme, 2016/4 n° 174, p.IV-IV. DOI : 10.3917/rom.174.0138d. URL : https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2016-4-page-IV?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rom.174.0138d


1 Massimo Colesanti rassemble dans un seul volume dix-huit articles en langue italienne consacrés à Stendhal. Sa présence même dans ce livre représente en quelque sorte son testament spirituel et vient en effet couronner quarante ans de fidélité stendhalienne, marquée, certes, par une pluralité d'intérêts et d'approches, mais toujours caractérisée par une cohérence méthodologique qui unit la rigueur historico-philologique à l'interprétation personnelle.

2 Le « mystère » du titre est essentiellement celui que Stendhal « représente ou représenterait […] et que les savants et les critiques surtout se sont toujours efforcés de chercher, de saisir et de révéler comme une découverte définitive : “Voici le vrai, l'authentique Stendhal !”, a-t-on crié plusieurs fois à maints endroits » (p. xii, nous traduisons). M. Colesanti nous montre au contraire la nature polyédrique de l'écrivain de Grenoble, laquelle ne peut évidemment pas être réduite à un seul aspect sans que sa valeur ne s'en amoindrisse.

3 Le livre se développe globalement le long de deux axes principaux, celui des lieux et celui des personnes rencontrées ; plus précisément, il s'agit des quelques localités italiennes visitées par le romancier et des relations que ce dernier a établies lors de sa présence sur le sol italien. Le regard du critique est donc tourné vers l'Italie, ce qui fait tout l'intérêt du volume. Parallèlement, l'ouvrage propose d'autres réflexions axées plutôt sur l'analyse textuelle voire l'enquête : dans le premier article, par exemple, l'étude de l'incipit de La Chartreuse de Parme montre comment son originalité au niveau du ton, de la forme et du style le distingue des autres romans stendhaliens, et de quelle manière ces aspects influencent l'action du roman en son entier. Un autre texte se charge de résoudre l'un des maints petits « mystères » que la recherche stendhalienne pose à ses adeptes : celui d'un prétendu portrait de l'écrivain conservé à Rome, apparemment disparu puis retrouvé.

4 Les études topologiques concernent essentiellement des villes italiennes où Stendhal a habité ou qu'il a seulement visitées. On songe tout de suite à Milan, à raison. Mais si l'amour du romancier pour le chef-lieu lombard est à tel point reconnu qu'il est désormais devenu un lieu commun, un aperçu de sa correspondance milanaise avec sa sœur Pauline nous dévoile un rapport beaucoup plus complexe et contradictoire avec la ville des Sforza. M. Colesanti nous redonne un aperçu des lettres envoyées lors des trois premiers séjours milanais du romancier : leur intérêt tient justement à ce qu'elles montrent un amour pour Milan à l'état naissant et donc, comme tel, avec toutes ses contradictions (l'on découvre alors un Stendhal regrettant Grenoble ou, plus généralement, la France). Le critique démonte le mythe de l'amour stendhalien pour Milan, qui serait né d'un coup de foudre jamais remis en doute.

5 L'entente que Stendhal eut avec la capitale italienne fut par contre différente : dans les grandes lignes, si « Milan est la maîtresse dont on aime également les vices, les défauts et les grossièretés, Rome est l'épouse que l'on respecte et avec qui souvent l'on s'ennuie ; Milan a été un libre choix, Rome une résidence obligée, un devoir de bureau » (p. 24, nous traduisons). Cependant, comme le souligne M. Colesanti, Stendhal se trouvait à Rome plus à l'aise qu'il ne le montra ; et ce même ennui qu'il dit souvent éprouver eut finalement une répercussion positive sur sa création littéraire : c'est en ce sens que sont « romains » aussi bien Lucien Leuwen que la Vie de Henry Brulard, entre autres.

6 M. Colesanti retrace également les visites que le romancier fit à Naples et aux alentours lors d'un deuxième séjour dans les années 1830 : Stendhal monte de nouveau au Vésuve, il visite Pompéi et Ercolano, se rend ensuite jusqu'à l'autre extrémité du Golfe de Naples pour visiter les Champs Phlégréens et le Cap Misène. De ce « triptyque napolitain » restent des traces dans ses œuvres, notamment dans ses Mémoires d'un touriste et dans certains passages de La Chartreuse.

7 Cet ouvrage nous apporte aussi des révélations sur les rapports entretenus par Stendhal avec quelques personnages de son époque. Il décrit l'influence que le romancier a eue sur quelques intellectuels du xix e siècle et l'intérêt qu'il a suscité chez des critiques littéraires du Bel Paese. Nous surprenons, par exemple, l'écrivain en train de copier sur Chateaubriand la description des funérailles de Léon XII, ou bien nous découvrons quelle est la perception de l'Italie et des habitants de deux écrivains français (Paul-Louis Courier et Astolphe de Custine) qui visitent la Calabre à l'époque où Stendhal se rend en Campanie. C'est par une approche documentaire que M. Colesanti donne des précisions sur l'identité du grand amour manqué de Stendhal, Giulia Rinieri de » Rocchi, la dame noble siennoise qui se déclara au romancier en 1830. De même, il brosse le portrait de Filippo Caetani, caricaturiste et poète improvisé romain à la personnalité extravagante, et qui fut le seul ami loyal de Stendhal tout au long de ses sept ans de séjour entre Rome et Civitavecchia.

8 Ce livre s'avère aussi un témoignage précieux de la floraison des études stendhaliennes en Italie tout au long du siècle dernier. À travers l'évocation de maints spécialistes, on perçoit non seulement l'avancée de la connaissance du romancier en Italie, mais aussi un réseau d'amitiés authentiques consolidées par une passion littéraire commune. C'est ce qui émerge, par exemple, de quelques extraits de la correspondance entre Luigi Huetter, à la fois un raffiné épigraphiste romain et un sincère amateur de Stendhal, et le grand spécialiste Pietro Paolo Trompeo. Avec amabilité et ironie, Huetter soutint en effet ce dernier dans une polémique enflammée avec un autre fameux spécialiste stendhalien, Luigi Foscolo Benedetto. On perçoit la même authenticité entre Colesanti et Leonardo Sciascia lorsque le premier retrace le « stendhalisme » du romancier sicilien, dont nous apprenons, entre autres, qu'il était féru des œuvres de Stendhal et qu'il les avait lues plusieurs fois.

9 Très intéressante est également l'analyse des traductions italiennes de Le Rouge et le Noir, et notamment celle de Palazzeschi, unique par rapport à toutes les autres en ce qu'elle apparaît moins comme une traduction qu'une réinterprétation du modèle originaire (à commencer par la modification de son titre, où les articles définis sont audacieusement ôtés : Rosso e Nero). Enfin, nous prenons connaissance d'une « contamination » stendhalienne aussi heureuse qu'inattendue dans le roman italien Il mistero della locanda Serny de Marco Fabio Apolloni (2003).

10 À la fin du volume, M. Colesanti confie ses réflexions sur ce qu'il appelle le succès et la malchance de Stendhal : si ce dernier connut un succès indéniable en tant qu'écrivain, ses œuvres ne connurent guère une égale réussite philologique. C'est ce qui émerge de l'article en annexe, un texte précieux qui redessine l'histoire des éditions stendhaliennes, dans lequel le critique met en lumière autant les erreurs que les progrès apportés (exemplaire est là-dessus son examen de la discutable édition Del Lillo dans la Pléiade ; pour la richesse des données et pour la rigueur de l'approche méthodologique, cet article mériterait une traduction en français et une publication en revue). Malheureusement, nous ne disposons toujours pas aujourd'hui d'une édition complète et philologiquement fiable de ses œuvres, même si des progrès sensibles ont été faits de la première édition en Pléiade préparée par Henri Martineau (1932-33) à la dernière publiée en trois volumes entre 2005 et 2014. Du reste, comme le rappelle le critique, toute l'œuvre du romancier est, aussi bien dans sa globalité que dans ses détails, « un travail en cours, avec beaucoup de variantes, réelles et possibles, et maints manuscrits qui gardent leurs secrets dans l'attente d'être déchiffrés » (p. 175, nous traduisons).

11 Cet ouvrage, dont le style d'écriture unit l'autorité du discours et un ton informel, s'avère donc d'un grand intérêt. En outre, l'argumentation puise souvent dans des anecdotes personnelles qui contribuent à révéler la personnalité de l'auteur. Également intelligente nous paraît l'idée d'avoir complètement supprimé les notes en bas de page et inséré à la fin du volume les renvois aux lieux de première publication des articles : aussi bien le volume que la lecture gagnent en légèreté. On apprécie enfin que les articles soient agencés les uns aux autres, donnant à l'ensemble des discours une fluidité non négligeable. Tous ces aspects concourent en définitive à élargir le public potentiel de ce livre, en en faisant heureusement un produit littéraire, pas uniquement réservé cette fois « to the happy few ».

12 Luca Barbieri


Date de mise en ligne : 29/12/2016

https://doi.org/10.3917/rom.174.0138d