Compte rendu

Isabelle Hoog Naginski, George Sand mythographe, Clermont-Ferrand, Presses uni versitaires Blaise-Pascal, coll. « Cahiers roman tiques » n° 13, 2007, 275 p.

Page XX

Citer cet article


  • Bordas, É.
(2010). Isabelle Hoog Naginski, George Sand mythographe, Clermont-Ferrand, Presses uni versitaires Blaise-Pascal, coll. « Cahiers roman tiques » n° 13, 2007, 275 p. Romantisme, 148(2), XX-XX. https://doi.org/10.3917/rom.148.0163s.

  • Bordas, Éric.
« Isabelle Hoog Naginski, George Sand mythographe, Clermont-Ferrand, Presses uni versitaires Blaise-Pascal, coll. “Cahiers roman tiques” n° 13, 2007, 275 p. ». Romantisme, 2010/2 n° 148, 2010. p.XX-XX. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-romantisme-2010-2-page-XX?lang=fr.

  • BORDAS, Éric,
2010. Isabelle Hoog Naginski, George Sand mythographe, Clermont-Ferrand, Presses uni versitaires Blaise-Pascal, coll. « Cahiers roman tiques » n° 13, 2007, 275 p. Romantisme, 2010/2 n° 148, p.XX-XX. DOI : 10.3917/rom.148.0163s. URL : https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2010-2-page-XX?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rom.148.0163s


1 L’œuvre romanesque de George Sand a l’originalité d’être d’une singulière diversité poétique et stylistique : récits de l’intimité conjugale malheureuse, romans champêtres, certes, mais aussi vastes fables mystiques, allégories proches du poème en prose ou romans à thèses. Les études universitaires privilégient le plus souvent, dans ce corpus de plus de quatre-vingt-dix récits, les textes d’esthétique réaliste, trop souvent lus à travers de vaines comparaisons avec Balzac, quand les fameux romans berrichons sont réduits à leur aspect pittoresque et folklorique, au détriment de leur éminente composante mythologique. Le mythe, précisément. Tel est, sans doute, le mot qui rend le mieux compte de toute une tendance de l’imaginaire sandien, mais aussi d’une de ses réalisations poétiques les plus fortes, spécifiquement dix-neuviémiste. Le mythe, ce récit des origines qui permet d’expliquer le monde comme il va, par l’usage du symbole et de la mise en image allégorique ; le mythe qui est la voix même de la transcendance métaphysique parfois appelée « le religieux », par laquelle on entend proposer une cohérence et une lisibilité générale à la vie. Les affinités de George Sand avec la pensée des mythes et des mythologies les plus diverses sont notoires, mais elles ne se sont pas exprimées que dans la seule Comtesse de Rudolstadt, en une transformation et un accomplissement de la matière narrative antérieure : en effet, entre 1835 et 1845 environ, toute l’œuvre de Sand est gouvernée par une conception mythique de l’humanité, portée par un élan de régénération indispensable et inévitable. De 1835 à 1845 ? sont-ce là les dates d’histoire littéraire pour préciser la période même de la monarchie de Juillet, avec les bornes de ses deux révolutions confisquées, 1830-1848 ? Et l’évolution, si rapide, de l’œuvre romanesque de Sand, après les scènes de la vie conjugale du tout début, vers les fresques plus puissantes et plus ambitieuses politiquement, recouvrirait-elle une foi en l’homme et dans le présent, une foi en l’action, surtout, appelée à connaître la déception que l’on sait ? C’est ce que la lecture du très beau livre d’Isabelle Hoog Naginski laisse fortement entendre – sans le dire de façon aussi caricaturale. Isabelle Hoog Naginski a toujours aimé distinguer dans le massif sandien des ensembles, des cycles, dont elle analyse les composantes poétiques et thématiques (ce qu’elle appelle la « période bleue », la « période blanche », la « période noire » de Sand. Voir son maître ouvrage, George Sand : l’écriture ou la vie, Champion, 1999). Dans cet essai, elle a donc choisi de se concentrer sur l’ensemble mal aimé et surtout mal connu des textes « non réalistes » de la décennie 1835-1845 qui voient Sand s’éloigner de la sphère privée et intime au profit de la sphère sociale et rêver à de vastes projets de régénération sociale. Son point de départ est le très étrange Poème de Mirza, texte lyrique paru dans la Revue des deux mondes le 1er mars 1835, « improvisation remarquable sur les origines de l’espèce humaine et Genèse au féminin » (89), et son point d’arrivée, donc, authentique terminus ad quem, les derniers chapitres de La Comtesse de Rudolstadt, autour de la figure de la sibylle Wanda de Prachalitz, et sa prophétie de l’avènement d’un Nouvel Âge, d’une nouvelle église et d’un nouveau contrat social. Il faut lire la synthèse érudite d’Isabelle Hoog Naginski pour suivre les pistes culturelles de Sand qui fait son profit de toutes les influences, toutes les cultures, en un syncrétisme généreux et absolument humanitaire : Myrza propose une autre Genèse, sans le poids du péché originel fondateur ; le terrible texte de Spiridion, d’une lecture si délicate, est entendu comme un appel à l’hérésie, une annonce du règne de l’Esprit contre les contingences vulgaires de la matière, révolution qui ne pourra se faire que par l’aide des oubliés de l’Histoire, ceux à qui Jeanne, par exemple, rend leur voix ou, précisément, leur passé historique qui leur avait été confisqué (Le Compagnon du tour de France). C’est bien donc une George Sand profondément « mythographe » que révèle Isabelle Hoog Naginski, soit un auteur qui propose des fictions nourries par les mythes, mais surtout portées par un appareil mythologique puissant, inspiré, dans l’éclectisme, par des modèles tirés du celtisme autant que de l’Antiquité gréco-romaine, des sociétés secrètes que de l’ésotérisme oriental, pour écrire « l’histoire occulte de l’humanité » (lettre à Leroux de juin 1843). Le roman prend désormais en charge ce que la science et, surtout, la religion n’ont pas su ou pas voulu dire.

2 Éric Bordas


Date de mise en ligne : 26/06/2010

https://doi.org/10.3917/rom.148.0163s