Compte rendu

Au bonheur du feuilleton, sous la direction de Marie-Françoise Cachin, Diana Cooper- Richet, Jean-Yves Mollier et Claire Parfait, Paris, Éditions Créaphis, 2007, 320 p.

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  • Compère, D.
(2009). Au bonheur du feuilleton, sous la direction de Marie-Françoise Cachin, Diana Cooper- Richet, Jean-Yves Mollier et Claire Parfait, Paris, Éditions Créaphis, 2007, 320 p. Romantisme, 146(4), VI-VI. https://doi.org/10.3917/rom.146.0129f.

  • Compère, Daniel.
« Au bonheur du feuilleton, sous la direction de Marie-Françoise Cachin, Diana Cooper- Richet, Jean-Yves Mollier et Claire Parfait, Paris, Éditions Créaphis, 2007, 320 p. ». Romantisme, 2009/4 n° 146, 2009. p.VI-VI. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-romantisme-2009-4-page-VI?lang=fr.

  • COMPÈRE, Daniel,
2009. Au bonheur du feuilleton, sous la direction de Marie-Françoise Cachin, Diana Cooper- Richet, Jean-Yves Mollier et Claire Parfait, Paris, Éditions Créaphis, 2007, 320 p. Romantisme, 2009/4 n° 146, p.VI-VI. DOI : 10.3917/rom.146.0129f. URL : https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2009-4-page-VI?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rom.146.0129f


1 L’histoire du roman-feuilleton commence à être mieux connue grâce à de récents travaux parmi lesquels il faut signaler La Querelle du roman-feuilleton. Littérature, presse et politique, un débat précurseur (1836-1848), textes réunis et présentés par Lise Dumasy (Grenoble, ELLUG, 1999) et 1836, l’an I de l’ère médiatique de Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant (Paris, Nouveau Monde éditions, 2001).

2 Ce volume, dirigé par Marie-Françoise Cachin, Diana Cooper-Richet, Jean-Yves Mollier et Claire Parfait, vient compléter nos connaissances en apportant des informations souvent inédites sur l’histoire du roman-feuilleton en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Il marque indéniablement un tournant dans la recherche sur ces questions en soulignant l’étendue du phénomène du roman-feuilleton dans le temps et dans l’espace, et sa diversité.

3 La première partie intitulée « Naissances du feuilleton » s’ouvre sur un panorama des fictions parues en feuilleton dans les périodiques britanniques avant l’ère victorienne, établi par Diana Cooper-Richet. Il est suivi par une « Chronologie du feuilleton en Angleterre : 1676-1855 » où Sylvie Decaux retrace la publication de diverses formes de feuilleton dans cette période précurseuse. En effet, dès 1676, est paru Poor Roobin’s Intelligence, un journal hebdomadaire qui publie en quatre-vingts épisodes les aventures de Poor Robin à Londres. De son côté, Patricia Okker inscrit en 1787 le début des romans-feuilletons aux États-Unis avec The Foresters de Jeremy Belknap, récit paru en feuilleton dans le Columbian Magazine. Comme le souligne ensuite Jean-Yves Mollier, l’origine du feuilleton dans l’espace francophone est beaucoup plus récente : on peut retenir la date de 1832 qui est celle où Les Aventures de Jean-Paul Choppart de Louis Desnoyers paraît en feuilleton dans le Journal des enfants. Pour sa part, Marie-Ève Thérenty observe comment l’espace du « feuilleton » c’est-à-dire le bas de la page du quotidien est devenu dans les années 1830- 1835 un lieu d’expérimentation générique où l’on passe de la chronique (théâtrale, entre autres) à la fiction. Pour clore cette première partie, Jacques Migozzi retrace la « révolution française du roman-feuilleton (1836-1848) » en rappelant que les auteurs comme les responsables de presse ont découvert peu à peu cette nouvelle forme de publication qui n’est pas apparue du jour au lendemain.

4 La deuxième partie est consacrée à divers auteurs et éditeurs de feuilletons, et s’arrête sur plusieurs exemples particulièrement éclairants tel le début de carrière de Southworth dans les années 1846-1856 aux États-Unis, retracé par Amy M. Thomas et Alison M. Scott, ou l’utilisation du feuilleton littéraire du journal L’Œuvre comme tribune par Germaine Beaumont en 1916, étudiée par Sylvie Ducas et Hélène Fau. Tandis que Dominique Kalifa observe comment de vrais policiers deviennent auteurs de feuilletons, Claire Parfait souligne comment dans les années 1850 aux États-Unis le texte du feuilleton subit une véritable « américanisation » dans le Putnam’s Monthly Magazine et le Harper’s New Monthly Magazine. Soulignons ici le grand intérêt de l’article de Marie-Françoise Cachin, « À qui profite le feuilleton ? La valeur du feuilleton dans les périodiques victoriens », car ses remarques qui portent sur un exemple précis peuvent fort bien être étendues à l’ensemble de la question de la littérature populaire : les auteurs en profitent indéniablement, moins financièrement que du point de vue de la notoriété, tandis que les éditeurs ou propriétaires de publications voient leurs ventes augmenter. Sans oublier le plaisir des lecteurs !

5 Cet article effectue la transition avec la troisième partie qui s’intéresse à la diversité des publics en s’appuyant sur des exemples très précis : un cas de roman-feuilleton dans la presse syndicale italo-américaine en 1925- 1928, étudié par Bénédicte Deschamps ; les romans-feuilletons qui sont particulièrement importants dans la presse yiddish américaine entre 1870 et 1900, par Ellen Kellman ; le feuilleton dans la presse du cœur dans les années 1950-1960, par Sylvette Giet. Enfin, un exemple de roman-feuilleton pour la jeunesse, The Princess and the Goblin (1870-71) et The Princess and Curdie (1877) de George MacDonald, dont la réception est observée par Virginie Douglas.

6 La quatrième partie intitulée « Autour du feuilleton » s’arrête d’abord sur des aspects publicitaires qui accompagnent la publication de certains récits dont les fascicules et affiches utilisés en France dans les années 1880-1914 que relève Benoît Lenoble, procédé que l’on trouve aussi dans les publicités-feuilletons des numéros mensuels de La Maison d’Apre-Vent de Charles Dickens, comme le souligne Sara Thornton. Autour du feuilleton, ce sont aussi les relations texte/image dans le roman-feuilleton illustré que Carole Cambray observe à partir de l’exemple de The Law and the Lady de Wilkie Collins publié dans The Graphic de septembre 1874 à mars 1875 en vingt-cinq épisodes accompagnés d’illustrations. De même, Véronique Eleftériou-Perrin examine comment les films-feuilletons projetés de 1914 à 1918 aux États-Unis participent à une certaine propagande dans le cadre de la guerre.

7 Ce volume possède les défauts que l’on peut reprocher en général aux actes de colloques, c’est-à-dire qu’il présente une juxtaposition d’articles portant sur des sujets variés mais sans établir une synthèse. Il en possède aussi les qualités, à savoir que des questions jusqu’alors jamais abordées sont ici traitées avec finesse et précision. Et surtout les auteurs se complètent, venus d’horizons différents, historiens, spécialistes de littérature ou de l’image, sociologues. Un ouvrage important, donc, qui prend place parmi les études majeures sur l’histoire de l’édition et dans les travaux sur la littérature populaire.

8 Daniel Compère


Date de mise en ligne : 11/03/2010

https://doi.org/10.3917/rom.146.0129f