Comte Michel Bourdeau, Jean-François Braunstein et Annie Petit (dir.), Auguste Comte aujourd’hui, Paris, Kimé, 2003,321 p.
- Par Philippe Régnier
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- RÉGNIER, Philippe,
- Régnier, Philippe.
- Régnier, P.
https://doi.org/10.3917/rom.136.0141b
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1 Issu d’un colloque tenu à Cerisy en 2001 (les contributions relatives à la réception du positivisme sont à lire dans un numéro spécial de la Revue des sciences humaines 2003-8), ce bilan prospectif qui fait date pour les études comtiennes est ouvert par une préface de Michel Houellebecq. L’écrivain donne le ton de l’attente sociétale : allons-nous encore longtemps stagner dans « l’état métaphysique » ? à quand cette religion positiviste ébauchée par Comte et dont l’absence paraît nous dérégler ?
2 Le temps semble en effet passé où l’auteur du Système de politique positive était interrogé exclusivement sur sa philosophie des sciences. Pour autant, la première partie de l’ouvrage, consacrée à cette discipline qui se cherche encore hic et nunc, tend à montrer que l’apport comtien n’est pas démodé, pour peu qu’on le relise dans le texte, et non sur sa réputation (articles de J. Dhombres, A. Brenner, A. Kremer-Marietti, Z. Ben Saïd Cnerni et L. Fedi). Comte aurait durablement mis l’enseignement français des mathématiques sur les rails d’une revendication analytique du système cartésien de coordonnées. Contre les représentations reçues, qui le rattachent plutôt aux classiques des Lumières, sa vision de l’avenir des mathématiques et de leurs usages sociaux aurait par certains côtés anticipé le conventionnalisme de Poincaré et la démarche sociologique méconnue de toute une partie du positivisme logique né du fameux cercle de Vienne. On verra sans doute un trait propre au XXIe siècle dans le fait, qu’outre les mathématiques, ce soit la biologie de Comte et non sa physique ou sa chimie qui retienne aussi principalement l’attention. Là encore, son affirmation de la continuité entre le biologique et le sociologique, sa reconnaissance de la spécificité de la physiologie du cerveau, son vitalisme tardif et son organicisme ne manquent pas d’« actualité ».
3 Mais c’est la philosophie politique, objet de la seconde partie, qui constitue le centre de gravité de l’ouvrage. Comte y est d’abord situé dans son siècle (articles de R. Pozzi, M. Gane et A. Le Bras-Chopard), avant que d’être évalué comme inventeur d’une « nouvelle idée de la politique » (C. Cassina, Th. Leterre et M. Pickering). Sa position excentrée par rapport au débat entre Contre-Révolution et libéralisme, son antidémocratisme ouvrier, son technocratisme industriel, son autoritarisme du consensus, permettent en effet de revenir sur la prétendue irrationalité du phénomène totalitaire du XXe siècle en suivant sa germination intellectuelle dans un esprit pour le moins logique. L’opposition de Comte à Bazard, partisan lui, et fondateur, avant Comte, d’une lecture religieuse de Saint-Simon, suivi du revirement que l’on sait lors de l’institution de la « religion de l’Humanité », et enfin la refondation agnostique posthume par Littré, jettent des doutes féconds sur la coupure absolue avec la religion longtemps jugée constitutive de la socio-logie scientifique. Et si différente qu’elle soit du féminisme saint-simonien, si puritaine qu’elle soit, la statufication de la femme consécutive à la rencontre de Clotilde de Vaux ne laisse pas de ramener elle aussi à d’autres préoccupations contemporaines.
4 Une troisième partie, certes plus mince, n’en indique pas moins quelques pistes pour une relecture de Comte, trop peu pratiquée, sous l’angle de l’esthétique (articles de J.-P. Cometti et M. Donzelli).
5 Philippe Régnier