Giacomo TODESCHINI. Au pays des sans nom. Gens de mauvaise vie, personnes suspectes ou ordinaires du moyen âge à l’époque moderne, Éd Verdier, 2015.
- Par Michelle Grenot
Page 59
Citer cet article
- GRENOT, Michelle,
- Grenot, Michelle.
- Grenot, M.
https://doi.org/10.3917/rqm.237.0059
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- Grenot, M.
- Grenot, Michelle.
- GRENOT, Michelle,
https://doi.org/10.3917/rqm.237.0059
1 Dans cet ouvrage, l’historien italien Giacomo Todeschini dénonce les méfaits générés par le pouvoir des mots et des discours du pouvoir, à partir de l’analyse des textes canoniques et juridiques de l’Antiquité aux temps modernes.
2 Il souligne le rapport entre religion et droit, religion et économie : « Les hommes ne pouvaient considérer comme digne de confiance qui s’était montré infidèle envers Dieu. » Qui pouvait en juger ? Là intervient le rôle de la « fama », de la renommée de plus en plus prégnante. On accorde crédit, on donne sa confiance au niveau du marché, comme au niveau civil pour désigner celui qui a droit ou non de témoigner en justice, à celui qui a une bonne renommée. La liste de ceux catalogués comme « infâmes » ou de ceux soupçonnés d’infamie s’agrandit, produit une société de la peur, de la défiance : les infidèles, les malfaiteurs, les juifs, les hérétiques, les usuriers, mais également ceux qui exercent un métier considéré comme vil ou déshonorant : bourreau, prostituée, domestique ; et plus largement les étrangers, les femmes et les « inférieurs » : les êtres difformes, les pauvres.
3 « L’infamie des pauvres » s’enracinait dans leur assujettissement à un pouvoir ou à un maître qui pouvait les faire céder au chantage, les soudoyer pour dire le faux ou encore succomber à des mauvais sentiments comme la colère ou le désir de vengeance et faisait d’eux des êtres « minores » inférieurs au niveau social, incapables de témoigner dans un tribunal ou devant un juge.
4 L’auteur signale encore une contradiction manifeste en matière de mendicité et d’aumône entre le consensus autour du vol autorisé en cas de nécessité, les biens de la terre appartenant à tous, et le regard porté sur les mendiants valides, considérés comme des faux pauvres qui refusent de travailler par paresse.
5 Ce livre a le mérite de dénoncer et donc de mettre en garde contre le processus du langage historique, qui historiquement a conduit à exclure, à jeter l’infamie, notamment sur les pauvres.