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Décédés et disparus lors des affrontements franco-britanniques de juillet 1940

Pages 113 à 126

Citer cet article


  • Boureille, P.
(2025). Décédés et disparus lors des affrontements franco-britanniques de juillet 1940. Revue Historique des Armées, 317(2), 113-126. https://doi.org/10.3917/rha.317.0113.

  • Boureille, Patrick.
« Décédés et disparus lors des affrontements franco-britanniques de juillet 1940 ». Revue Historique des Armées, 2025/2 N° 317, 2025. p.113-126. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-historique-des-armees-2025-2-page-113?lang=fr.

  • BOUREILLE, Patrick,
2025. Décédés et disparus lors des affrontements franco-britanniques de juillet 1940. Revue Historique des Armées, 2025/2 N° 317, p.113-126. DOI : 10.3917/rha.317.0113. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-historique-des-armees-2025-2-page-113?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rha.317.0113


Notes

  • [1]
    Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, Mers elKébir (1940). La rupture franco-britannique, Paris, Economica, 1994, chap. 6.
  • [2]
    Une description exhaustive et méticuleuse est fournie par René Caroff, Le théâtre méditerranéen, tome II, Marine nationale, Service historique, 1960, p. 151-179.
  • [3]
    Cinq chauffeurs intoxiqués par les gaz provenant de la combustion de la chaufferie 2 du Strasbourg, lancé jusqu’à la nuit, à 28 nœuds avec un tringlage de commande du volet de cheminée correspondant en position fermée, ne peuvent être réanimés. Les actes de décès ayant été dressés à bord en vertu des articles 59 et 86 du Code civil, ils sont inhumés au cimetière du Lagoubran le 6 juillet sans que la mairie de Toulon en soit avisée et la transcription sur les registres effectuée. Il s’agit du maître chauffeur Pierre Derrien, du second-maître électricien Laurent Patinoc, des matelots chauffeurs Fernand Billard et Jean Gentric et du quartier-maître mécanicien Roger Noël. SHD, archives de la Marine à Vincennes (MV) CC7 4e Mod 1765/20, 1983/27, 1675/17, 1787/33 et 1924/42.
  • [4]
    Philippe Masson, La Marine française et la guerre 1939-1945, Paris, Tallandier, 1991, p. 165.
  • [5]
    MV CC7 4e Mod 1871/29 Joseph Le Guevel.
  • [6]
    H. Coutau-Bégarie et C. Huan, Mers el-Kébir (1940)…, op. cit., p. 138.
  • [7]
    MV CC7 4e Mod 1845/05 Paul Lallier, 1906/19 Pierre Macadre et 909/06 Georges Chalandré.
  • [8]
    Christian J. Ehrengardt, L’aviation de Vichy au combat. Les campagnes oubliées (3 juillet 1940-27 novembre 1942), Paris, Lavauzelle, 1985, p. 35-36. H. Coutau-Bégarie et C. Huan, Mers el-Kébir (1940)., op. cit., p. 166. CV R. Caroff, Le théâtre atlantique, tome II, volume 1, Marine nationale, Service historique, 1959, p. 262-263. SHD, AI 3D330, Rapport sur les opérations aériennes provoquées par les attaques anglaises sur l’escadre française mouillée à Mers elKébir du 3 au 10 juillet inclus.
  • [9]
    Constat admis par les assaillants et reconnu par les défenseurs : C. Ehrengardt, L’aviation de Vichy au combat, op. cit., p. 37. H. Coutau-Bégarie et C. Huan, Mers el-Kébir (1940)., op. cit., p. 148. François Delpla, Mers el-Kébir, 3 juillet 1940. L’Angleterre rentre en guerre, Paris, éd. François-Xavier de Guibert, 2010, p. 258-259 se réfère à P. Masson, La Marine française., op. cit., p. 165, lequel n’identifie pas le pilote de Curtissdont il cite le propos. Claude d’Abzac-Epezy, «L’armée de l’Air française et Mers el-Kébir », Revue historique des Armées, 1996, n° 202, p. 91 ; idem, L’armée de l’Air de Vichy (1940-1944), Vincennes, 1997, Service historique de l’armée de l’air, p. 92-115.
  • [10]
    Jean-Baptiste Bruneau, La Marine de Vichy aux Antilles (juin 1940-juillet 1943), Paris, Les Indes savantes, 2014, 285 p.
  • [11]
    R. Caroff, Le théâtre atlantique., op. cit., p. 264.
  • [12]
    Idem, p. 175.
  • [13]
    P.Masson, La Marine française., op. cit., p. 165.
  • [14]
    H. Coutau-Bégarie et C. Huan, Mers el-Kébir (1940)…, op. cit., p. 242.
  • [15]
    SHD, Centre des archives de l’Armement et du personnel civil (CAAPC) 643 1/1 4, Documents relatifs aux opérations de renflouement des bâtiments de la Marine. Compte rendu de fin des travaux du 29 avril 1955 de l’ingénieur en chef de 1re classe de l’artillerie navale Jourdain, directeur des constructions et armes navales de Mers el-Kébir, au contre-amiral commandant la Marine en Algérie.
  • [16]
    H. Coutau-Bégarie et C. Huan, Mers el-Kébir (1940)., op. cit., p. 242.
  • [17]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1739/48 Jean Bouhaer. MV CC7 4e Mod 1880/56 Auguste Lescop. Cet état n’a pas été retrouvé.
  • [18]
    SHD, division Défense (DE) 2015 ZC 36 1222, lettres du 3 septembre 1986 de M. André Fourre et réponse n° 86-590/SEC du 7 novembre 1986 de Georges Fontès, secrétaire d’État aux Anciens Combattants.
  • [19]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1880/56 Auguste Lescop.
  • [20]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1829/40 Michel Herrebrecht.
  • [21]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1877/56 Yves Pont. La famille ayant demandé la restitution du corps du quartier-maître Pont, il faut procéder par élimination : « Il semble hors de doute qu’il y ait eu interversion de croix entre la tombe n° 469 du quartier-maître chauffeur Pont Yves Joseph Marie et la tombe n° 447 du gendarme maritime Lepargneux François Hippolyte, inhumés côte à côte à 48 h d’intervalle » les 3 et 5 septembre 1944. L’homonyme quartiermaître chauffeur Yves Pont, du Bretagne, demeure disparu le 3 juillet 1940.
  • [22]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1873/02 Jean Le Loarer.
  • [23]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1759/05 Pierre Daisson.
  • [24]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1768/14 Auguste Dorléans.
  • [25]
    SHD, MV CC8 027 Dunkerque. Selon le CV Tanguy, tous les corps des morts le 3 juillet ont été retrouvés et inhumés. Illustration de cette subtilité autour de la notion de «disparu» avec Victor Hue et Marcel Lorand (MV CC7 4e Mod 1831/47 et 1886/32).
  • [26]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2100/32 Louis Veyssière.
  • [27]
    SHD, DE 2015 ZC 36 1222, «Cimetière marin de Mers el-Kébir. Oran (Algérie) ». Ce document non daté pourrait être la liste établie en 1960.
  • [28]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1813/10 Laurent Guegueniat. L’alliance gravée GM 21/9/37 » (initiales des patronymes des époux et date de leur mariage) a permis d’attribuer la tombe « Inconnu » n° 351.
  • [29]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1814/28 Jean Guihenneuc.
  • [30]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1851/18 Hervé Le Bras. L’alliance à l’inscription gravée sur la tombe permet à sa veuve d’identifier son mari en septembre 1944 et de réclamer son corps.
  • [31]
    Selon les dispositions des articles 87 (du défunt non identifié) et 99 (de la rectification des actes d’état civil) du Code civil.
  • [32]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1842/13 Guillaume Kersaudy.
  • [33]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1846/02 Yves Lamour, déclaré décédé par le tribunal de Lannion en octobre 1946. SHD, MV CC7 4e Mod 1845/13, Jean Lamarque, exclu des trois jugements déclaratifs de décès de 1941 relatifs au Bretagne parce qu’un homonyme de l’armée de Terre, est au même moment hospitalisé à Tlemcen.
  • [34]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1811/12 Léon Gribling, originaire de Steinbach (Haut-Rhin).
  • [35]
    SHD, MV CC7 4e Mod 881/18 François Maulbon d’Ar-baumont et 2039/52 Raymond Rossignol. L’enseigne de vaisseau de 1re classe André Menne est en charge, fin 1940, des disparus de Mers el-Kébir à Toulon.
  • [36]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2096/08 Norbert Tortet.
  • [37]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1759/14 Edouard Cristofani.
  • [38]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1747/33 Joseph Casse.
  • [39]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2032/34 et 2092/08 Pierre Quérolle et François Suire.
  • [40]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1768/09, 1744/24, 1789/26 et 1670/15 Pierre Donnart, Henri Cadero, Alfred Glorieux et Mathieu Battesti.
  • [41]
    SHD, MV CC8 026 dossier Bretagne.
  • [42]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1809/23 Goulven Gourmelon, 2035/44 Eugène Richard, 2097/04 Alexis Treguer, 2093/06 Joseph Tanguy, 1876/09 Jean Le Meur et 1774/09 Eugène Faure.
  • [43]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1771/36, 2067/33, 2092/08 et 2070/14 Marcel Dutoit, François Ruz, Joseph Schnepp et André Suire. Le jugement rendu à Lille le 12 juin 1947 pour Marcel Dutoit est par conséquent annulé le 17 octobre.
  • [44]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1739/10 et 2100/05 Donatien Bulot et de René Verdenal; cas identiques dans les dossiers 909/04 et 2092/34 Pierre Cherrière et Auguste Talec (tombes 209 et 60).
  • [45]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1803/23 et 24 Goulven et Hervé Gourmelon.
  • [46]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1907/04 Pierre Madec.
  • [47]
    Ordonnance n° 45-2 717 du 2 novembre 1945 relative aux actes de décès des militaires et civils « Morts pour la France ».
  • [48]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1766/09 Charles Desnouel.
  • [49]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1683/03 Adolphe Muller.
  • [50]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2122/45 Jean-Louis Guillou.
  • [51]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1683/14 François Nollet.
  • [52]
    JORF du 26 novembre 1939, p. 13 395-13 396, décret du 18 novembre ayant pour objet de simplifier les formalités imposées aux héritiers en ligne directe et conjoint des militaires ou marins tués à l’ennemi et des civils décédés par suites des faits de guerre.
  • [53]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1781/09 Étienne Garrigues.
  • [54]
    SHD, MV CC7 4e Mod 914/01 Georges Tabary ; 1813/10 Laurent Guegueniat ; 1814/38 Marcel Guillamy : sa fille Liliane hérite en 1947 de sa grand-mère par représentation de son père décédé sur le Bretagne.
  • [55SHD]
    , MV CC7 4e Mod 1774/09 Eugène Faure; 2032/14 Jean Quéré; 1777/46 François Fournis. Référence est faite à l’article 17 de l’ordonnance 45-1820 du 15 août 1945 (JORF du 17 août, p. 5 093).
  • [56]
    SHD, MV CC7 4e Mod 917/05 Hervé Roussel. La famille de ce pharmacien chimiste de réserve, propriétaire d’une officine à Châteauneuf en déshérence depuis sa disparition, s’oppose au jugement déclaratif de décès rendu à Toulon, le 29 mai 1941.
  • [57]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1753/33 Marcel Conrozier. La veuve et sa belle-famille s’affrontent autour de la pension.
  • [58]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1761/13 André Daubian. En novembre 1947, la veuve n’a toujours pas reçu le certificat de décès de son mari alors que la transcription du jugement déclaratif du 29 mai 1941 date du 15 juillet 1942. Sans pension de la Marine, elle est réduite à la misère. 1840/07 Jean Kaïl : même difficulté financière pour la veuve et les enfants. 1764/13 et 1811/42 Raoul Delporte et Robert Gruson : les demandes des 7 et 8 mai 1941 émanent du préfet du Nord, président de l’office départemental des mutilés, combattants, victimes de la guerre et pupilles de la nation. 1774/09 Eugène Faure : la veuve est victime de la confusion entre deux homonymes disparus, Paul et Eugène Faure, et attaque en justicele BCMEC en juin 1947. 1853/14 François Le Corre : une veuve et quatre orphelins à la dérive en janvier 1941.
  • [59]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1869/12 Pierre Le Gall : faute de transcription du jugement en juillet 1943, les ascendants de ce maître chauffeur en sont réduits au bureau de bienfaisance.
  • [60]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1771/14 Benjamin Durand. Le BCMEC a oublié la veuve Victoria Liberté Égalité Fraternité.
  • [61]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1776/27 Armand Fondras, 1825/29 Alain Guyader et 1847/31 Roger Laumonier.
  • [62]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1770/05 Jean Dugain et 1913/42 Maxime Maurel.
  • [63]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1774/24 René Favie.
  • [64]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1747/54 Marcel Dumangin : « Ma situation ne peut attendre. Je n’ai que 650 F par mois et j’ai deux jeunes bébés. Alors je voudrais me remarier le plus tôt possible », lit-on dans un énième courrier du 3 novembre 1941 adressée à l’amiral Darlan. La réponse du 26 novembre du chef du bureau des équipages de la flotte évoque un jugement déclaratif des disparus du Rigault de Genouilly non encore rendu, ce qui est faux : le tribunal de Brest a statué le 23 avril. Choix cornélien entre perte légale d’une pension à laquelle on a droit, mais que l’on ne perçoit pas et salaire d’un mari… SHD, MV CC7 4e Mod 1869/20 Jean Le Gall, et 1909/49 Paul Ploye.
  • [65]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1771/11 Félix Duquoc.
  • [66]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1827/40 René Hartmann : entrée de ses neveux à l’école des mousses et de maistrance.
  • [67]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1811/12 Léon Gribling. La loi n° 46-856 du 30 avril 1946 a créé un insigne spécial pour les mères, les veuves et les veufs des « Morts pour la France» en témoignage de reconnaissance de la nation française (JORF du 1er mai, p. 3 633).
  • [68]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2035/18 André Renouard.
  • [69]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1747/54 François Castrec et 1884/24 Henri Liénard.
  • [70]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2027/47 Paul Parc.
  • [71]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1869/12 Pierre Le Gall.
  • [72]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1814/01 Jean Guesnon
  • [73]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1840/11 et 15 Antoine Kalk et Antoine Kapp de Niederhaslach et Ohlungen (Bas-Rhin).
  • [74]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2033/40 Adolphe Ramseyer.
  • [75]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1771/50 Victor Eberhardt.
  • [76]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1772/03 Georges Eby, 1826/28 Charles Hahn de Wintzenheim (Haut-Rhin), 1827/20 Alphonse Hank de Schoeneck (Moselle).
  • [77]
    SHD, MVCC7 4e Mod 1915/06 Laurent Mengus.
  • [78]
    SHD, MV CC7 4e Mod 2050/16 Guy Rouault.
  • [79]
    JORF du 17 octobre 1946, loi 46-2243 du 16 octobre 1946 relative au transfert à titre gratuit et à la restitution aux familles des corps des anciens combattants et des victimes de la guerre, p. 8 802.
  • [80]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1880/56 Auguste Lescop. La plaque d’identité militaire est retrouvée sur le quai évacué par l’entreprise chargée de la démolition de l’épave en juillet 1954 (CAAPC 643 1/1 4). Tout concourt à l’impossibilité de restituer le corps à la famille.
  • [81]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1756/03 Hilaire Cortial.
  • [82]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1739/48 Jean Bouhaer. Ce compte rendu n’a pas été retrouvé.
  • [83]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1841/29 Gilbert Kerfante.
  • [84]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1848/04 Lucien Lauriol, 1826/10 Georges Guyot de Grandmaison, 1774/23 Paul Favennec et 1835/21 Louis Icart. Le Monde du 17 avril annonce le renflouement.
  • [85]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1777/06 Auguste Fossat.
  • [86]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1660/31 Marcel Audibert.
  • [87]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1747/18 Pierre Cartaud et 1774/56 Maurice Féron.
  • [88]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1756/03 Hilaire Cortial, 1777/28 André Fouret, 1789/26 Alfred Glorieux, 1828/21 Émile Heckel et 1841/29 Gilbert Kerfante.
  • [89]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1869/12 Pierre Le Gall.
  • [90]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1915/20 Clément Menut.
  • [91]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1983/15 Alphonse Parsol, 1741/16 Fernand Boussumier, 1749/40 Jean Charreteur, 1761/04 Georges Darthenay, 1843/02 Pierre Kornacker et 1881/04 André Le Scouarnec. Est fait référence à une circulaire 1007 du 28 mai 1946 du ministère des Anciens Combattants et au décret du 27 février 1940, non retrouvés.
  • [92]
    SHD, MV CC7 4e Mod 1839/38 André Juin.

Le projet de la Mission de Défense près l’Ambassade de France à Alger de restaurer le monument érigé en hommage aux officiers, officiers mariniers et matelots tombés lors des affrontements franco-britanniques de Mers el-Kébir en juillet 1940 nécessitait la mise à sa disposition d’une liste « consolidée ». La complexité de son établissement est l’objet de cet article.

Atteint à plusieurs reprises et en proie à un incendie généralisé, le cuirassé Bretagne chavire le 3 juillet

Description de l'image par IA : Navire en feu coule dans l'eau, vue depuis un autre navire.

Atteint à plusieurs reprises et en proie à un incendie généralisé, le cuirassé Bretagne chavire le 3 juillet

1 Alliés le mois précédent, Français et Britanniques se sont combattus du 3 au 16 juillet. Il n’est pas question ici d’étudier la légitimité de cet affrontement, mais de rappeler les événements. Les difficultés rencontrées pour déterminer le nombre, conséquent, des morts et des disparus, presque tous Français, et les identifier constituent l’objet de la seconde partie. Ce faisant, cette communication évoque les conséquences de ces décès et de ces disparitions pour leur entourage dans un contexte d’abord d’armistice avec l’Allemagne et de quasi-guerre avec la Grande-Bretagne, ensuite d’occupation d’une métropole coupée de son empire, rallié aux Anglo-Saxons, enfin de libération et de retour à la paix.

2 L’évocation de ces marins décédés et de leurs familles marquées est fondée sur le dépouillement des archives du Service historique de la Défense déposées à Vincennes, Toulon et Châtellerault.

Les affrontements franco-britanniques de juillet 1940

3 Les 22 et 24 juin 1940, le gouvernement français signe l’armistice avec l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Le 30, le Cabinet britannique se rallie définitivement à la décision, longuement mûrie par Churchill, d’annihiler la menace que fait peser, sur les capacités de résistance du Royaume-Uni désormais isolé, l’existence de la flotte française susceptible de tomber aux mains de l’Axe [1].

Le contre-torpilleur Mogador est atteint par un coup de 380 mm qui lui arrache sa partie arrière le 3 juillet

Description de l'image par IA : Navire militaire en mer, endommagé par une explosion à l'arrière.

Le contre-torpilleur Mogador est atteint par un coup de 380 mm qui lui arrache sa partie arrière le 3 juillet

4 Au moment où l’armistice entre en vigueur, les unités de la Marine nationale sont dispersées. D’importantes forces sont basées dans les ports méditerranéens : la 3e escadre à Toulon, la 1re et la 2e à Mers el-Kébir, la 4e à Alger. D’autres se sont réfugiées dans les ports atlantiques du Maroc (Casablanca), de l’Afrique-Occidentale française (Dakar) et aux Antilles (Fort-de-France). D’autres encore comme la Force X à Alexandrie se trouvent dans des ports contrôlés par les Anglais, sinon dans des ports anglais stricto sensu (forces navales de Scandinavie). Plus de 200 bâtiments côtiers et de servitude ainsi que deux vieux cuirassés (Courbet et Paris), deux contre-torpilleurs (Léopard et Triomphant)et plusieurs sous-marins dont le Surcouf et le Rubis se sont aussi réfugiés dans les ports britanniques de la Manche.

5 Dans la perspective d’un affrontement imminent avec la Regia Marina, la concentration des unités de la Marine nationale s’était progressivement effectuée à partir de la fin mai en Méditerranée occidentale. Les bâtiments de la 1re et de la 2e escadre sous le commandement du vice-amiral d’escadre Marcel Gensoul, commandant la Force de Raid (Amiral Atlantique), sont les bâtiments de ligne Dunkerque et Strasbourg (1re division de ligne), les cuirassés Bretagne et Provence (2e division de ligne), les contre-torpilleurs Mogador et Volta(6e division de contre-torpilleurs), Tigre et Lynx (4e division de contre-torpilleurs), Terrible et Kersaint, et le transport d’hydravions Commandant Teste.

6 Le 28 juin, l’amiral Somerville est désigné par Churchill pour l’exécution de la partie nord-africaine de cette opération Catapult de neutralisation des unités de la Marine nationale et prend le commandement de la Force H constituée des bâtiments de ligne Hood, Valiant, Resolution, du porte-avions Ark Royal, des croiseurs Arethusa, Enterprise, Delhi et de dix destroyers.

7 La Force H arrive au large de la base navale de Mers el-Kébir à 7 h, le 3 juillet. À la suite des conventions d’armistice, les mesures de démobilisation des bâtiments ainsi que des batteries de côte et antiaériennes ont débuté. Avec l’arrêt des reconnaissances aériennes et du service de grande garde en raison des interdictions de prendre l’air et la mer, la flotte française est surprise dans un état d’impréparation totale, aggravée par des dispositions de mouillage malencontreuses (par l’arrière et perpendiculaires à la jetée). À l’issue d’une journée entière d’échanges infructueux entre les deux alliés, les hostilités débutent à 17 h 55. Elles durent peu, mais sont lourdes de conséquences [2].

8 Les pertes sont importantes. Le contre-torpilleur Mogador portant la marque du contre-amiral Lacroix est atteint à 18 h 15 par un coup de 380 mm qui lui arrache son arrière. Le Volta qui le suit réussit à le contourner et traverse le filet au jugé, suivi par le Tigre, le Lynx et le Kersaint. Les contre-torpilleurs engagent alors une brève canonnade avec les destroyers de la Force H avant de rejoindre le Strasbourg et d’assurer, avec les torpilleurs Bordelais, Trombe et Poursuivante de la 4e DCT sortis du port civil d’Oran, sa protection lorsqu’il prend à 28 nœuds la direction de Toulon qu’il rallie le 4 juillet au soir [3]. En ordre dispersé en raison de leurs avaries de machine et de leur capacité hétérogène à monter en régime, les bâtiments assurant son escorte arrivent eux aussi à Toulon jusqu’au 5 juillet à l’aube.

9 Moins bien préparé à appareiller, le Dunkerque est atteint par une salve de trois obus de 380 mm, dont l’un atteint la machine, contraignant le bâtiment à s’échouer au fond de la rade à l’abri de la colline du Santon et à noyer ses soutes pour éviter l’explosion des munitions. Seule la tourelle I est encore en état de fonctionnement. Le Provence qui, dans l’ordre d’appareillage défini le matin par Gensoul, doit être le troisième à appareiller, est retardée par le Dunkerque et atteint par un obus de 380 mm, à l’origine d’un incendie l’obligeant à noyer lui aussi une partie de ses soutes. Il s’échoue en fin de soirée en fond de rade et est évacué par l’équipage, ayant embarqué beaucoup d’eau.

10 L’hécatombe se produit sur le Bretagne qui doit appareiller en dernier. Un incendie se déclare lorsque le bâtiment est touché par la troisième salve britannique. Il est à nouveau atteint alors qu’il essaie de s’échouer et il chavire. « Fait particulièrement atroce, des dizaines d’hommes du vieux cuirassé, emprisonnés dans les compartiments encore remplis d’air, mais plongés dans une obscurité totale, ont dû connaître une agonie affreuse de plusieurs jours [4]. » Certains, évacués vers l’hôpital militaire d’Oran, décèdent en raison des émanations toxiques des chaudières touchées par les tirs anglais [5]. D’autres qui ont pu s’échapper sont victimes de la toxicité de l’eau de la rade couverte de mazout.

11 Les sous-marins Diane, Eurydice, Danaé et Ariane, sortis du port, sont engagés par les avions britanniques et, grenadés, ne peuvent s’approcher de la Force H. L’aviation basée à Saint-Denis-du-Sig près d’Oran et Relizane d’une part, l’aéronavale basée à Arzew d’autre part, interviennent contre les chasseurs et les avions torpilleurs britanniques : un pilote anglais perd le contrôle de son Skua et percute la mer.

12 La Force H ne procède pas à la destruction des bâtiments présents dans le port civil d’Oran — quatre torpilleurs dont deux en essais, l’aviso Rigault de Genouilly et quatre sous-marins de la 14e division de sous-marins. Elle regagne Gibraltar le 3 en soirée, après avoir tenté vainement de rattraper le groupe constitué par le Strasbourg et son escorte et lancé ses avions torpilleurs. La 4e escadre appareille d’Alger en début d’après-midi, le 3 juillet, et rejoint au sud de Minorque, le 4 à l’aube, la 3e escadre venue à sa rencontre : elles regagnent de concert Toulon.

À la recherche des survivants

Description de l'image par IA : Quatre personnes dans une petite barque près d'un grand navire.

À la recherche des survivants

13 Des sous-marins britanniques demeurent postés cependant devant Oran et Alger : si le Proteus ne peut attaquer le Commandant Teste devant Oran le 4 juillet, le Pandora rate trois torpilleurs au cours de la matinée, mais atteint vers 14 h l’aviso Rigault de Genouilly. Peu après, un LeO H-257 bis du GB II/25 de l’armée de l’Air repère le Pandora et le bombarde sans succès. Ces événements posent clairement la question de l’état juridique des relations franco-britanniques : initié pour s’assurer des quatre principaux bâtiments de ligne français (Strasbourg, Dunkerque, Jean-Bart et Richelieu), ce torpillage apparaît comme le signal d’une guerre sans restrictions. Aussi, l’Amirauté britannique invoquet-elle auprès de l’amiral Odend’hal, chef de la mission navale française à Londres, un retard de transmission dans ses ordres aux sous-marins déployés en Méditerranée occidentale et les rappelle-t-elle à Gibraltar.

Le remorqueur Terre-Neuve atteint par une torpille explose sous l’effet des armes qu’il transporte et sombre à proximité du bâtiment de ligne Dunkerque qu’il a protégé le 6 juillet

Description de l'image par IA : Navire de guerre endommagé par une torpille, avec un remorqueur en feu à proximité.

Le remorqueur Terre-Neuve atteint par une torpille explose sous l’effet des armes qu’il transporte et sombre à proximité du bâtiment de ligne Dunkerque qu’il a protégé le 6 juillet

14 Le 3 juillet vers midi, l’amiral Darlan, au cours d’un échange téléphonique avec son adjoint l’amiral Le Luc, avait donné son accord sur l’ensemble des dispositions prises pour résister par la force à l’ultimatum britannique, à l’exception d’un bombardement de Gibraltar [6]. Après la fin tragique de la journée, l’Amirauté décide, le 4 juillet, une action de représailles contre la base britannique pour montrer la volonté française de rendre coup pour coup. L’objectif est d’atteindre le porte-avions Ark Royal, une fois la Force H revenue à sa base. Cinq LeO H-257 bis de l’escadrille B.1 décollent à cette fin à 23 h de Port Lyautey : deux font demi-tour en raison d’ennuis mécaniques, les trois autres larguent leurs quatre bombes ne causant que des dégâts insignifiants. À 3 h 15, cinq Glenn Martin 167F décollent de Mediouna avec le même objectif, mais avec un plafond bas, sans éclairage ni balisage : un appareil s’écrase au départ, causant la mort de tout son équipage [7] ; deux autres ne trouvent pas leurs objectifs ; les deux derniers mènent à bien leur mission, sans grands effets [8].

15 L’Écho d’Oran ayant publié le 5 juillet un communiqué de l’amiral Esteva selon lequel le Dunkerque pourrait être rapidement remis en état, l’Amirauté britannique demande à Somerville d’achever le bâtiment par un raid d’avions torpilleurs Swordfish.Conduite le

16 6 juillet au matin en trois vagues, l’opération Lever atteint le Dunkerque par deux torpilles, mais surtout par l’explosion de la cargaison de grenades du remorqueur Terre-Neuve amarré à ses côtés. Le bâtiment de ligne est gravement endommagé et de nombreux morts et blessés sont à déplorer. L’aviation intervient une nouvelle fois contre les avions britanniques, mais sans aucun résultat [9].

17 Pour mémoire, la Force H aurait dû se diriger vers Casablanca où était amarré le Jean-Bart, mais elle est rappelée à Gibraltar. Le 7 juillet, un accord est conclu à Alexandrie entre les amiraux français Godfroy et britannique Cunningham pour neutraliser la Force X. À Dakar, le Richelieu est l’objet le 8 juillet d’une attaque à la torpille des aéronefs du porte-avions Hermès : il est immobilisé en raison d’une ligne d’arbres coupée et de voies d’eau. Aux Antilles, un modus vivendi est trouvé les 12 et 14 juillet entre l’amiral Robert et son homologue britannique soutenu par une escadre américaine [10].

18 Après la rupture des relations diplomatiques, signifiée officiellement le 8 juillet au Foreign Office, un nouveau projet de bombardement de Gibraltar avec une centaine d’appareils « en vue de résultats substantiels » est échafaudé sur ordre de l’Amirauté qui prescrit des attaques continues, répétées et massives. Le temps de préparation paraissant trop long, une attaque de l’escadre britannique, alors à la mer, est prescrite. Mais le 10 juillet, entre les bombes arrivées en retard, l’oubli des cartes de navigation et la confusion entre les méridiens de Greenwich et de Paris, les neuf LeO 451 ne localisent pas la flotte britannique précédemment repérée et rejoignent bredouilles leur base. Par la suite, les opérations de débarquement des Britanniques évacués de Gibraltar sur Casablanca et de Français rapatriés d’Angleterre provoquent des reports dans l’attaque de Gibraltar. Prenant acte, le 15 juillet, de la déclaration radiophonique du Premier ministre britannique mettant un terme aux actes d’hostilité à l’encontre de la Marine nationale, Paul Baudouin, ministre des Affaires étrangères, s’oppose à l’amiral Darlan et obtient de Pétain le report sine die de ce projet de bombardement [11].

19 Cette séquence a duré un peu moins de quinze jours. Victoire à la Pyrrhus, non seulement Catapult n’anéantit pas la Marine nationale, mais elle procure au gouvernement français de substantiels aménagements des conditions de l’armistice relatives au désarmement de l’armée de l’Air et de la Marine.

L’établissement du nombre des morts et des disparus Imprécision des données

20 À la fin du chapitre 2 intitulé L’attaque de la flotte française à Mers el-Kébir par les forces navales et aériennes britanniques (3 et 6 juillet 1940), René Caroff présente les pertes françaises sous la forme du bref tableau suivant dépourvu de tout appareil critique (ci-dessous).

BâtimentsOfficiersSous-officiersQuartiers-maîtres et marinsTotal
Bretagne361518251012
Dunkerque932169210
Provence1023
Strasbourg0235
Mogador033538
Rigault de Genouilly03912
Terre-Neuve1168
Armen0303
Estérel0156
Total4719610541297
Description de l'image par IA : Tableau avec des chiffres pour différents départements et postes.

On débarque les morts qui sont enveloppés dans des toiles de hamac

Description de l'image par IA : Des cadavres enveloppés dans des tissus sont débarqués sur une planche de bois.

On débarque les morts qui sont enveloppés dans des toiles de hamac

21 L’auteur ajoute qu’« il y eût en outre sur l’ensemble des bâtiments 351 blessés [12] ».

22 Ce total de 1297 officiers, officiers mariniers, quartiers-maîtres et marins décédés ou portés disparus au cours des affrontements franco-britanniques des 3 et 6 juillet 1940 au large de Mers el-Kébir est devenu un « totem » et, répété dans de nombreux ouvrages, il n’a pratiquement jamais été explicité, ni réévalué. Le lieu où travaille alors l’auteur, le Service historique de la Marine, la proximité des archives et le référencement systématique de ses autres propos justifient à première vue un tel crédit. Or, le tableau ci-dessus ne tient pas compte de la présence parmi les victimes du 3 juillet du lieutenant Fernand Maurel, observateur au sein du groupe aérien d’observation (GAO) 503 de l’armée de l’Air, du matelot conducteur du service automobile de Marine Oran Joseph Cano ou du matelot mécanicien Armand Guyomard du chalutier arraisonneur-dragueur Lilias. Et ce ne sont là que des exemples. Pour sa part, alors qu’il travaille lui aussi au Service historique de la Marine, le professeur Philippe Masson écrit dans La Marine française et la guerre de 1939-1945 qu’« après cette dernière attaque [du 6 juillet], le bilan de Mers el-Kébir s’établit à 1285 tués et 371 blessés; 218 ont trouvé la mort à bord du Dunkerque, 38 sur le Mogador, 1012 à bord de la Bretagne » [13].

23 Dans l’annexe IX de leur ouvrage Mers el-Kébir (1940). La rupture franco-britannique, Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan rappellent que ce bilan officiel arrêté à 1297 morts et disparus a été établi par l’Amirauté française après réception de tous les comptes rendus. Or, si l’on s’accorde sur le nombre des morts de la majeure partie des bâtiments, celui des morts et des disparus du cuirassé Bretagne varie entre 977 et 1012 [14]. Et, de même que les décomptes précédemment évoqués ne tiennent pas compte parmi les décédés et les disparus de militaires n’appartenant pas à ces unités, mais bien présents sur les bâtiments au moment des combats, lors du renflouement du Bretagne entre décembre 1952 et avril 1955 a été retrouvé un nombre conséquent de plaques d’identité de marins inconnus au rôle d’équipage [15]. Encore doit-on souligner que le procédé utilisé pour désencombrer la rade tenait plus de la récupération de ferrailles que de l’archéologie sous-marine. En outre, les erreurs de saisie des patronymes, leur confusion ou leur dédoublement, tant dans les décomptes réalisés sur le vif que dans les bureaux de l’état civil maritime ont contribué à rendre imprécis le bilan officiel. En conséquence, les auteurs proposent avec toutes les réserves qui siéent un bilan de 1 277 victimes qu’ils ont établi en collaboration avec l’association des anciens marins de Mers el-Kébir « à partir d’un dépouillement de tous les décomptes existants [16] ». Elles se répartissent entre le Bretagne (991), le Dunkerque (211), le Provence (3), le Strasbourg (5), le Mogador (38), le Rigault de Genouilly (12), le Terre-Neuve (8), l’Armen (3) et l’Estérel (6).

Les cercueils prévus pour les morts du 3 juillet n’ont pas encore été emportés quand survient l’attaque du 6

Description de l'image par IA : Dock avec des cercueils et des débris éparpillés, vue urbaine en arrière-plan.

Les cercueils prévus pour les morts du 3 juillet n’ont pas encore été emportés quand survient l’attaque du 6

Blessé à l’hôpital militaire Baudens d’Oran

Description de l'image par IA : Homme blessé dans un hôpital militaire, entouré de soignants et de visiteurs.

Blessé à l’hôpital militaire Baudens d’Oran

24 La gestion des droits des familles des victimes incite à penser qu’une liste des personnels décédés ou disparus a pu être réalisée, la paix revenue. Les archives indiquent de manière indirecte l’existence «d’un état nominatif des marins inhumés au cimetière marin de Mers el-Kébir établi par le Service des Travaux Maritimes d’Oran», peut-être «à la date du 20 décembre 1946 » [17]. Au sein du ministère de la Défense existe un bureau des lieux de mémoire et des nécropoles en charge des carrés militaires, des cimetières communaux, des nécropoles nationales, des sépultures militaires françaises à l’étranger, des cimetières militaires étrangers en France, des travaux en France et à l’étranger sur des monuments commémoratifs. L’action de ce bureau s’inscrit dans la continuité de l’action du ministère de plein exercice (parfois secrétariat d’État) des Anciens Combattants et Victimes de guerre avant son adossement récent au ministère des Armées. La question de l’existence d’une liste a été posée en 1986. La réponse est sans ambiguïtés : «Le secrétariat d’État aux anciens combattants a pris en charge ce cimetière, après la guerre, dans l’état où l’avait créé la Marine. Nous avons pu vous fournir la liste des marins qui y sont inhumés, mais nos archives ne contiennent pas le relevé de ceux qui sont morts au cours des combats de juillet 1940. Seul le ministre des Armées est susceptible de vous renseigner [18] ».

25 Une fois le constat de l’absence d’une telle liste dans les archives du Service historique de la Marine fait, sa constitution a été entreprise. Elle est ici l’occasion d’évoquer les péripéties que les défunts et leurs familles ont traversées pendant le conflit et dans l’immédiat après-guerre.

Dénombrer et identifier les « décédés »

26 En application des articles 87 et suivants du Code civil, «lorsque le corps d’une personne décédée est retrouvé et peut être identifié, un acte de décès doit être dressé par l’officier de l’état civil du lieu présumé du décès, quel que soit le temps écoulé entre le décès et la découverte du corps ».

27 Déterminer le nombre des personnes décédées des suites des combats et identifiées ne doit donc pas poser de problème. Et pourtant, l’afflux d’un si grand nombre de victimes en un temps si bref a été difficilement géré. La température moyenne de 26 °C enregistrée à Oran en juillet et la saturation des moyens de conservation des corps dans les hôpitaux locaux expliquent des inhumations rapides et ouvrent la voie à un certain nombre d’erreurs dans la rédaction des actes de décès et les attributions des numéros des tombes [19].

28 Ainsi l’acte de décès de Michel Herrebrecht, matelot canonnier du Bretagne, porte le n° 256 dans les registres de la ville de Mers el-Kébir. Or l’acte de décès n° 10 dressé le 8 juillet dans les mêmes registres au nom de Charles Herbre concerne en fait Michel Herrebrecht, le matricule 341-C-37 étant le même. La mairie de Brouckerque (Nord) indique par ailleurs en mention marginale de l’acte de naissance que, selon une correspondance reçue de l’adjoint spécial de la ville d’Oran en date du 26 janvier 1945, le numéro de sa tombe dans le carré marin est le 7. Or, l’état nominatif des sépultures détenu par le Bureau central maritime de l’état-civil (BCMEC) indique que le 7 est celui de la tombe du second-maître mécanicien Henri Roger du Dunkerque et que la tombe de Michel Herrebrecht porte le numéro 295 [20]. Ce genre de confusion est d’autant plus compréhensible qu’elle se produit aussi en des temps moins marqués par des afflux massifs de morts [21].

Inhumations des victimes du 3 juillet

Description de l'image par IA : Grand rassemblement funéraire avec une croix, des militaires et des civils en uniforme, en plein air.

Inhumations des victimes du 3 juillet

29 Les exhumations ultérieures, à la demande des familles ou de l’administration, ne lèvent pas toujours le doute sur l’identité. Le cas Le Louette/Le Loarer en atteste. Une première exhumation le 6 septembre 1941 ne permet pas l’identification du corps. Lors d’une seconde exhumation le 13 février 1942, le médecin de 2e classe Lijour conclut que le corps enterré sous le nom de Jean Le Louette décédé le 6 juillet à l’hôpital Baudens d’Oran est celui du second-maître mécanicien Jean Le Loarer du Dunkerque. La transcription du jugement déclaratif de décès rendu le 9 octobre 1941 par le tribunal civil de Toulon a été effectuée sur les registres de l’état civil de Langoat (Côtes-du-Nord) le 25 février 1942 [22]. Quant au matelot Daussat, décédé le 3 juillet, enregistré sur les registres de Mers el-Kébir à la date du 6, et inhumé dans la tombe n° 251, il n’est connu d’aucun bureau maritime des matricules et doit être assimilé au matelot Pierre Daisson, disparu sur le Bretagne le 3 juillet, inhumé dans la tombe n° 256, mais portant le même matricule 729-R-34 [23]. Soit trois erreurs en un seul dossier. Inversement, le nom du matelot canonnier Auguste Dorléans du Mogador « figure sur l’épitaphe scellée contre le mur d’enceinte du cimetière marin. L’acte de décès n’a pas été dressé sur les registres de l’état civil de la section de Mers el-Kébir et aucune tombe ne porte son nom. Il a dû être inhumé comme inconnu [24] ». Il est inclus dans le jugement déclaratif de décès collectif du 9 octobre 1941.

Le VAE Marcel Gensoul (1880-1973), amiral Atlantique commandant la Force de raid, devant les cercueils lors de la cérémonie d’inhumation des victimes du 3 juillet

Description de l'image par IA : Un amiral devant des cercueils avec des fleurs, entouré de militaires en uniforme.

Le VAE Marcel Gensoul (1880-1973), amiral Atlantique commandant la Force de raid, devant les cercueils lors de la cérémonie d’inhumation des victimes du 3 juillet

30 Des subtilités se glissent dans l’usage des mots. Le capitaine de vaisseau Tanguy écrit le 16 novembre 1940 dans un courrier adressé au contre-amiral commandant la Marine à Oran que la mention «disparu» désigne pour le 3 juillet les personnels qui ont été retrouvés, inhumés, mais non identifiés alors que pour le 6, il s’agit de 27 personnels qui n’ont pas été retrouvés et inhumés [25]. Les actes de décès des marins non identifiés en date du 3 juillet dans les registres de la ville d’Oran sont au nombre de 150 selon un courrier de l’adjoint spécial de la ville au chef du BCMEC du 29 mars 1947 [26].

31 Le plan du carré marin de Mers el-Kébir retrouvé dans les archives indique 83 tombes portant la mention « Inconnu », dont 13 accolent le nom d’un bâtiment (Bretagne, Dunkerque, Estérel, Mogador, Terre-Neuve) [27]. Des recherches ultérieures opérées par l’administration ont parfois permis l’identification de ces inconnus. Les objets présents sur les corps et prélevés lors de l’inhumation ont pu permettre des recoupements a posteriori[28], mais le plus souvent ils s’entassent au quartier d’Oran dans l’attente de retrouver les ayants droit des défunts [29].

32 Parfois les familles contribuent à l’identification [30]. Ainsi le second-maître mécanicien Louis Veyssière de l’Arnem est porté disparu et déclaré décédé par le tribunal civil de Largentière le 20 mai 1947, avant que le rapprochement ne soit fait avec l’inconnu XI aux initiales LV inhumé tombe 277, cependant trop tard pour que le jugement rendu puisse être modifié. La Marine laisse alors agir la famille du défunt auprès du tribunal pour procéder à la rectification de l’acte [31].

33 Les dossiers individuels conservés au SHD portent en deuxième de couverture un billet collé comportant les noms et prénoms, le numéro matricule, le grade et la spécialité, la localisation du cimetière ainsi que le carré, la ligne et le numéro de la tombe du défunt. De la sorte, la concaténation de toutes ces informations permet d’identifier 70 des 83 inconnus.

34 Enfin, un cas tout à fait particulier attire l’attention. Le second-maître mécanicien Guillaume Kersaudy du Dunkerque décède le 13 mai 1941 après une courte maladie (congestion pulmonaire double, alcoolisme aigu et delirium tremens) à l’hôpital civil d’Oran. Il a cependant droit à la mention «Mort pour la France» à l’instar des autres victimes de juillet 1940, sur intervention expresse du capitaine de vaisseau Tanguy commandant le bâtiment : « En toute équité, je dois signaler que le second-maître Kersaudy, depuis les 3 et 6 juillet, a fourni un travail considérable, dans des conditions d’hygiène précaire, pendant les travaux de renflouement puis de remise en état du bâtiment [32] ».

L’épineux problème des disparus

35 À l’issue de l’affrontement, la liste des présumés disparus est dressée après une première recherche, rôles d’équipage à l’appui, des survivants, et consultation des hôpitaux susceptibles d’avoir accueilli des blessés. L’article 88 du Code civil stipule que «peut être judiciairement déclaré, à la requête du procureur de la République ou des parties intéressées, le décès de tout Français disparu en France ou hors de France, dans des circonstances de nature à mettre sa vie en danger lorsque son corps n’a pu être retrouvé ». Mais il peut survenir de regrettables oublis [33].

Courrier officiel à destination du maire de la commune de résidence du disparu demandant que la famille soit informée de la disparition d’un de ses membres à bord d’un des navires présents à Mers el-Kébir Attestation fournie au terme de 6 mois par le maire de la commune de résidence du disparu que ce dernier n’a pas reparu ou donné signe de vie dans sa commune

Description de l'image par IA : Deux lettres officielles avec sceaux et signatures, datées de 1947 et 1950, concernant la disparition d'un individu.

Courrier officiel à destination du maire de la commune de résidence du disparu demandant que la famille soit informée de la disparition d’un de ses membres à bord d’un des navires présents à Mers el-Kébir Attestation fournie au terme de 6 mois par le maire de la commune de résidence du disparu que ce dernier n’a pas reparu ou donné signe de vie dans sa commune

36 Un télégramme officiel est expédié par le bureau des renseignements aux familles de la Marine nationale au maire de la commune où le disparu a déclaré avoir son dernier domicile, à charge pour l’édile d’annoncer la nouvelle à la famille. Pour la zone occupée, le bureau en question est situé au 65 de la rue Louis Pasteur à Brest [34], pour la zone libre, il se trouve dans l’arsenal de Toulon [35].

37 Au bout d’un minimum de six mois, le chef du Service central maritime de l’état civil prend contact avec le maire de la commune de résidence du défunt pour qu’il lui certifie tout d’abord que l’intéressé n’a pas reparu à son domicile depuis la date de sa disparition, ensuite que ce dernier n’a pas donné de ses nouvelles et, enfin, qu’aucun acte de décès le concernant n’a été transcrit sur les registres de l’état civil de la commune [36]. S’appuyant sur l’article 90 du Code civil, il adresse alors au procureur général de Toulon, ou du tribunal dans le ressort duquel se situe le domicile du défunt, une déclaration de présomption de décès et lui demande de poursuivre d’office devant le tribunal de première instance la déclaration judiciaire de décès [37]. En vertu de l’article 91 du Code civil, ce tribunal rend un jugement déclaratif tenant lieu d’acte de décès dont le dispositif est transcrit sur les registres de l’année courante du port comptable du bâtiment d’une part et du lieu du dernier domicile de l’intéressé d’autre part [38]. Copie est conservée dans les archives du greffe avant transcription sur le registre conservé en mairie de Mers el-Kébir.

Demande adressée par le chef du bureau central maritime de l’état-civil auprès du Procureur général près le tribunal d’instance pour établir la déclaration judiciaire de décès d’un disparu

Description de l'image par IA : Document ancien avec texte en français, probablement une demande officielle.

Demande adressée par le chef du bureau central maritime de l’état-civil auprès du Procureur général près le tribunal d’instance pour établir la déclaration judiciaire de décès d’un disparu

38 Dans le cas présent, les jugements déclaratifs sont les suivants. Les six quartiers-maîtres et matelots du remorqueur Terre-Neuve disparus le 6 juillet 1940 sont l’objet d’un jugement rendu par le tribunal civil de Cherbourg, le 4 mars 1941. Un jugement similaire, rendu par le tribunal civil de Brest le 23 avril, règle le sort des douze officiers mariniers, quartiers-maîtres et matelots de l’aviso Rigault de Genouilly coulé le 4 juillet 1940. Le tribunal civil de Toulon statue sur les dix quartiers-maîtres et matelots du contre-torpilleur Mogador disparus le 3 juillet 1940 dans un jugement rendu le 9 octobre. Le même jour, la même juridiction rend un verdict semblable pour quatorze quartiers-maîtres et matelots du bâtiment de ligne Dunkerque disparus les 3 et 6 juillet 1940 et pour douze autres le 16 octobre. Le tribunal civil de Pontoise se prononce sur le cas du quartier-maître Pierre Quérolle, le 13 février 1942, et celui de La Rochelle, à deux reprises, sur le destin de François Suire, les 15 avril et 15 juillet 1946, tous deux appartenant à l’équipage du Provence[39]. Les jugements déclaratifs de décès relatifs aux quatre disparus de l’Estérel n’interviennent qu’à l’été 1946 et sont prononcés par les tribunaux civils de Quimper, Vannes, Lille et Corte [40]. Pour sa part, le bâtiment de ligne Strasbourg n’a pas eu de portés disparus.

39 Pour ce qui est du Bretagne, un premier jugement déclaratif collectif de décès rendu par le tribunal de première instance de l’arrondissement de Toulon, le 29 mai 1941, concerne 431 officiers, officiers mariniers et matelots. La même juridiction rend, le 2 octobre, un deuxième jugement collectif de décès pour 416 autres. Enfin, le 13 novembre, un troisième jugement collectif statue sur le cas de 41 militaires [41]. Ces actions en justice ne permettent pas pour autant de clore le dossier et des jugements déclaratifs de décès du Bretagne sont encore rendus par les tribunaux de Brest le 19 novembre 1942, de Nantes le 7 février 1945, à nouveau de Brest les 10 juillet, 8 novembre 1945 et 8 mars 1946, le dernier jugement rendu par le tribunal civil de Marseille datant du 8 octobre 1947 [42].

40 Et encore y a-t-il eu des péripéties. Le quartier-maître canonnier Marcel Dutoit, le maîtrefourrier François Ruz, le quartier-maître fusilier Joseph Schnepp et le matelot radiotélégraphiste André Suire sont l’objet de deux jugements déclaratifs de décès à Toulon, Brest, La Rochelle et Lille [43]. Pour leur part, le matelot gabier Donatien Bulot et le second-maître René Verdenal, décédés le 3 juillet et inhumés à Mers el-Kébir (tombes 182 et 323), sont l’objet d’une procédure identique interrompue en cours d’instruction [44]. Quant au premier-maître canonnier Goulven Gourmelon et au matelot timonier Hervé Gourmelon tous deux sur le Bretagne, une exhumation pour identification a lieu le 29 janvier 1941 et le BCMEC conclut en novembre 1946 à la nécessité d’annuler l’acte de décès du premier et de le déclarer disparu, attribuant la tombe 235 au second [45]. Le second-maître armurier Pierre Madec est initialement baptisé Halde ou Hadie selon les documents jusqu’à l’exhumation pour identification, le 25 janvier 1941 : il existe donc deux actes de décès (nos 20 et 91) relatifs au même militaire et dressés par les services de l’état civil de Mers el-Kébir [46].

41 La transcription du jugement déclaratif de décès doit être assurée sur les registres de l’état civil de la commune de résidence du défunt et la mention portée sur son acte de naissance. Enfin, en application de l’ordonnance du 2 novembre 1945, le jugement doit mentionner que le marin est « Mort pour la France » [47]. Une vérification est systématiquement opérée par le BCMEC et de multiples relances sont effectuées en cas d’absence de réponse des édiles. Cette vérification n’est pas superflue, car elle s’accompagne fréquemment de rectifications d’erreurs de transcription [48]. Le matelot Adolphe Muller, déclaré décédé le 29 mai 1941, est en fait rentré dans son foyer à Kaysersberg en 1940, raison pour laquelle le maire ne juge pas utile de retranscrire le dispositif du jugement dans les registres de l’état civil de sa commune [49]. Il en va de même pour le quartier-maître armurier Jean-Louis Guillou qui doit désormais relever le défi de ressusciter administrativement, le chef du BCMEC s’exonérant le 24 mai 1948 : «Par suite d’une homonymie, le tribunal civil de Toulon a le 2 octobre 1941, sur requête du secrétariat d’État à la Marine de Vichy, rendu un jugement déclaratif de décès vous concernant. Il vous appartient, conformément aux prescriptions de l’article 92 du Code civil, de rapporter la preuve de votre existence et à poursuivre l’annulation dudit jugement [50] ». Le matelot François Nollet, disparu sur la Bretagne, est quant à lui inconnu des bureaux maritimes de recrutement de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, Toulon, Bizerte et Casablanca [51].

Croix commémorative en rade de Mers el-Kébir au lieu où le Bretagne a sombré, 3 juillet 1941

Description de l'image par IA : Montagne enneigée, bateau avec croix commémorative sur l'eau, ville en arrière-plan.

Croix commémorative en rade de Mers el-Kébir au lieu où le Bretagne a sombré, 3 juillet 1941

Première page du jugement du 13 novembre 1941 prononcé sur requête par un tribunal de première instance

Description de l'image par IA : Document ancien avec texte en français, probablement un jugement officiel.

Première page du jugement du 13 novembre 1941 prononcé sur requête par un tribunal de première instance

42 Le temps judiciaire peut donc s’avérer long. Le législateur a reconduit les dispositions de la loi du 16 avril 1917 et prévu une simplification des formalités imposées aux héritiers en ligne directe et au conjoint des militaires et des marins tués à l’ennemi pour pallier les inconvénients de l’absence d’acte de décès [52]. La production d’un certificat officiel explicitant les circonstances du décès du militaire permet à ses ayants droit de percevoir les émoluments et autres éléments de pension auxquels ils peuvent prétendre et de limiter la gêne occasionnée par la disparition de leur parent [53].

Inauguration du monument commémoratif érigé pour les victimes des affrontements franco-britanniques de juillet 1940 dont la liste est gravée sur les 3 faces, 3 juillet 1954

Description de l'image par IA : Cérémonie d'inauguration d'un monument commémoratif.

Inauguration du monument commémoratif érigé pour les victimes des affrontements franco-britanniques de juillet 1940 dont la liste est gravée sur les 3 faces, 3 juillet 1954

43 Le BCMEC sollicite auprès du plus proche parent du défunt une copie intégrale de son acte de naissance et de l’ace de son éventuel mariage. Toutes ces pièces sont indispensables à la constitution des dossiers de pension des veuves, des orphelins et des ascendants (demi-solde) et à l’exonération des droits de mutation par décès [54] ainsi qu’à l’abattement sur l’impôt de solidarité nationale [55]. De l’absence de ces pièces, de multiples complications découlent d’ordre professionnel [56], parfois même familial [57], plus souvent relatives au train de vie des ayants droit [58]. Ces pièces conditionnent en effet le titre d’allocation provisoire d’attente [59], l’allocation de solde, la pension de veuve de guerre [60], la rente d’ascendant [61], l’attribution d’emplois réservés aux veuves de guerre [62], mais elles s’avèrent aussi utiles en cas d’adoption des orphelins [63] ou de remariage [64] ainsi que pour la constitution du dossier d’admission à l’examen des bourses [65], pour l’entrée dans une école militaire [66] ou plus simplement pour l’attribution d’une décoration [67].

44 Les effets des dispositions de l’armistice ne doivent pas être sous-estimés. Entre juillet 1940 et novembre 1942, les informations circulent déjà très mal en zone libre : le jugement déclaratif de décès rendu par le tribunal de Toulon le 29 mai 1941 parvient à la mairie de La Seynesur-Mer, commune limitrophe, le 19 mai 1942 [68]. Elles parviennent encore plus difficilement en zone occupée [69]. Elles transitent aussi par les préfectures : ainsi la copie d’un acte de décès de Mers el-Kébir pour Landivisiau transite par Oran, Toulon, et Brest, durant quinze mois en 1940-1941 [70]. Les communications sont encore plus incertaines avec les départements d’Alsace, de la Moselle et du Nord. Du 8 novembre 1942 au 25 août 1944, elles sont inexistantes entre les deux rives de la Méditerranée [71]. Ainsi, la mère du matelot chauffeur Jean Guesnon du Dunkerque demande-t-elle encore, le 6 avril 1941, au comité international de la Croix-Rouge de transmettre des nouvelles à son fils décédé [72].

45 Dans les territoires occupés, a fortiori en Alsace Moselle, les autorités allemandes exigent ces jugements déclaratifs de décès [73]. Elles interdisent formellement dans le même temps de porter en marge des actes d’état civil la mention «Mort pour la France» [74]. La mère du secondmaître fusilier Victor Eberhardt, domiciliée en Alsace-Moselle, apprend la nouvelle officielle de la disparition de son fils sur le Bretagne, le 4 septembre 1945 [75]. La veuve du matelot Georges Eby domiciliée à Ratzwiller peut entamer les démarches pour que ses enfants soient reconnus pupilles de la Nation en août 1945 et obtenir gain de cause en 1947, le temps que les documents officiels parviennent à la mairie de Volskberg, lieu de naissance de son mari [76]. Pour sa part, Alphonse Mengus, d’Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin), demande en février 1948 la confirmation de l’attribution de la mention « Mort pour la France» pour son cadet Laurent, mort sur le Bretagne du fait de l’ancien allié britannique et pour son aîné Alphonse, incorporé de force dans la Wehrmacht et mort sur le front de l’Est [77].

Vue du carré marin du cimetière de Mers el-Kébir prise depuis le parvis du monument lors de la cérémonie commémorative du 3 juillet 2024

Description de l'image par IA : Jardin avec allées, arbres et monument central, vue sur colline.

Vue du carré marin du cimetière de Mers el-Kébir prise depuis le parvis du monument lors de la cérémonie commémorative du 3 juillet 2024

La restitution des corps

46 À l’initiative des familles, cette opération se conçoit à partir du moment où le corps du défunt est retrouvé, immédiatement après les combats de juillet 1940 ou au moment de la récupération de l’épave d’un bâtiment qui a coulé. Impossible jusqu’en 1946 [78], elle peut intervenir au cours du délai ouvert par la loi ad hoc votée par le Parlement, le 16 octobre 1946 [79], et aménagée dans le cas du relèvement des épaves. En contrepartie, les familles perdent le bénéfice de la concession perpétuelle entretenue aux frais de l’État dans les conditions prévues par le décret du 22 février 1940.

47 Des difficultés surviennent aussi lors de ces opérations. En janvier 1949, lors de travaux d’exhumation de corps, la tombe n° 419 du matelot Auguste Lescop du Bretagne, selon l’état nominatif de 1946 (mais plus selon celui de 1949), renferme deux corps non identifiables. Lescop étant déclaré décédé par jugement déclaratif du 2 octobre 1941, mais retrouvé et inhumé le 12 novembre 1942 selon sa mère, lequel est-il [80] ?

48 Le renflouement, ou plutôt la récupération — certains documents parlent de «démolition» [81] — de l’épave du Bretagne est une histoire au long cours. Les archives mentionnent «un compte rendu du 21 août 1942 sur la situation des travaux entrepris sur l’épave de la Bretagne [82] ». Le débarquement anglo-américain et le retour de l’Afrique du Nord française dans le conflit reportent les travaux, même si « quelques corps » ont été « retirés » [83]. Évoqué en 1946, puis 1948, ce renflouement prend forme en avril 1952 [84], suscitant l’espoir de certaines familles de transférer les restes mortels sur le sol métropolitain [85]. L’idée d’un ossuaire est déjà envisagée : «Toutes dispositions seront prises pour que ces reliques puissent être identifiées dans toute la mesure possible en vue de leur remise aux familles ou rassemblées dans un ossuaire lorsque leur identification se sera avérée impossible [86]». La direction centrale des constructions et armes navales d’Oran affecte le chantier à une entreprise privée. Chaque trimestre, cette dernière lui adresse un compte rendu des opérations dont le second item est intitulé « Renseignements sur les corps et objets personnels trouvés à bord», lesquels sont entreposés au fort de Mers el-Kébir [87].

49 Le ministère des Anciens Combattants et Victimes de guerre a aussi conclu une convention avec la SNCF pour que les ascendants, veuves et descendants des «Morts pour la France» puissent bénéficier d’un permis gratuit annuel permettant à deux personnes de la famille (le père et la mère en priorité) de se rendre de leur résidence au lieu d’inhumation ou au cimetière le plus proche du lieu de disparition de leur parent [88]. Jusqu’en 1946, un tel pèlerinage n’était envisageable qu’en métropole « exception faite pour la Belgique et à condition qu’il n’y ait pas eu restitution du corps [89] » [sic]. Après cette date, la nécessité de retrouver un corps légitime le déplacement sur les lieux de la disparition [90].

50 Après la récupération du Bretagne et l’identification d’un certain nombre de militaires disparus, la restitution des corps est proposée aux familles concernées. En cas de refus, une cérémonie d’inhumation définitive est prévue, le 13 mai 1955 à 16 h, au cimetière de Mers el-Kébir à laquelle les parents sont conviés, leurs frais de déplacement vers Marseille et la traversée sur le paquebot Ville d’Oran de la Compagnie générale transatlantique étant pris en charge par le ministère des Anciens Combattants et des Victimes de guerre [91].

Conclusion

51 Le lendemain de la guerre est marqué par une volonté de rétablir le consensus national éprouvé et par l’octroi de témoignages de la Nation envers ceux qui sont tombés, tous «Morts pour la France», a fortiori lorsque leur sacrifice a été l’application stricte de cette discipline censée être la force des armées. Le capitaine de frégate Philippon, chef du cabinet militaire du secrétaire d’État à la Marine Joannes Dupraz, écrit à des parents en 1948 : « ainsi que cela a été fait après la guerre, les récompenses accordées de 1939 à 1945 sont actuellement l’objet d’une révision qui a pour principal but de les élever à la hauteur des sacrifices qui ont été consentis. Il ne fait pas de doute que le Gouvernement ne tienne à cette occasion à rendre l’hommage qui leur est dû à ceux qui sont morts dans l’accomplissement de leur devoir et qui ont déjà été, par une citation, signalés à la reconnaissance du pays [92] ». Au 4 décembre 1948, plus de 600 distinctions (Légion d’honneur, Médaille militaire et citations) ont été décernées aux militaires décédés et disparus du Bretagne.

52 Mais ce 13 mai 1955 se closent quinze années au cours desquelles de part et d’autre de la Méditerranée les préoccupations relatives au destin des disparus de juillet 1940 se sont imposées avec une grande force, pour les familles comme pour l’institution. S’ouvre le temps du souvenir qui n’est pas encore celui de l’apaisement, lequel interviendra de manière relative en juillet 1990 à l’occasion du cinquantenaire des événements de Mers el-Kébir.


Date de mise en ligne : 18/07/2025

https://doi.org/10.3917/rha.317.0113