Compte rendu

Traduire Dostoïevski

Pages 131 à 134

Citer cet article


  • Verger, F.
(2026). Traduire Dostoïevski. Revue des deux Mondes, Mai-Juin(4), 131-134. https://doi.org/10.3917/rd2m.2605.0131.

  • Verger, Frédéric.
« Traduire Dostoïevski ». Revue des deux Mondes, 2026/4 Mai-Juin, 2026. p.131-134. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-des-deux-mondes-2026-4-page-131?lang=fr.

  • VERGER, Frédéric,
2026. Traduire Dostoïevski. Revue des deux Mondes, 2026/4 Mai-Juin, p.131-134. DOI : 10.3917/rd2m.2605.0131. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-des-deux-mondes-2026-4-page-131?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rd2m.2605.0131


Notes

  • [1]
    Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov, traduit par Sophie Benech, Éditions Zulma, 2025.
  • [2]
    Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov, traduit par André Markowicz, Babel, Actes Sud, 2002.
  • [3]
    Fiodor Dostoïevski, Les Frères Karamazov, traduit par Élisabeth Guertik, Le Livre de poche, 1994.

En lisant Les Frères Karamazov dans sa nouvelle traduction, on sent bien que Sophie Benech a cherché à rendre avec le plus de force et de naturel possible la diversité des voix. Diversité des voix des personnages, mais aussi diversité de la voix narrative elle-même qui semble tantôt celle d’un témoin provincial plus ou moins bien informé, tantôt celle d’un narrateur objectif et omniscient, avec, entre ces deux extrêmes, un éventail de toutes leurs combinaisons. Et chacune de ces voix est elle-même capricieuse et changeante : tantôt celle de ce témoin provincial un peu naïf, tantôt celle d’un psychologue subtil, tantôt celle d’un génie du théâtre (avec ce talent particulier qu’a Dostoïevski de faire deviner un geste uniquement par la parole). Et le plus étonnant est que cette disparité ne semble jamais artificielle… Sans doute Dostoïevski, fondamentalement feuilletoniste, quand il a l’intuition qu’une scène doit être racontée dans une certaine couleur, l’utilise sans se demander si elle ne tranche pas avec ce qui précède ou ce qui suit. Son côté Eugène Sue le persuade que le lecteur accepte la disparité de l’ensemble s’il est captivé par chacune de ses parties. C’est sa force et sa faiblesse. Prêt à tout pour qu’une scène « fonctionne », il n’est pas un artiste au sens où le sont Tolstoï ou Tchekhov puisque, après tout, on peut capter l’attention avec des choses qui se révéleront sans intérêt, avec des effets conventionnels qui n’auront suscité en nous qu’une curiosité futile, déçue quand rassasiée…


Date de mise en ligne : 21/05/2026

https://doi.org/10.3917/rd2m.2605.0131

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