Inédit au fil de l’encre
Un amour d’Aragon
- Par Benoît Forgeot
Pages 78 à 80
Citer cet article
- FORGEOT, Benoît,
- Forgeot, Benoît.
- Forgeot, B.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2602.0078
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2602.0078
Àla fin de l’été 1925, Louis Aragon se morfond du côté de Sauveterre-de-Béarn. Il séjourne au château de Bétouzet, chez Emmanuel Berl, poursuit, « par habitude », dit-il, l’écriture d’un roman, rencontre Georges Auric et Roger Martin du Gard, se délecte du chant du gave et s’apprête à passer une semaine à Saint-Jean-de-Luz. Mais tout cela est accessoire, car rien ne paraît pouvoir le détourner de sa préoccupation majeure, qui a pour nom Elizabeth Eyre de Lanux, la jeune femme dont il est follement épris depuis environ six mois et à laquelle il écrit. « Me voilà dans une nuit qui dure », annonce-t-il d’emblée, inquiet de son silence – la dernière lettre qu’il ait reçue d’elle étant arrivée onze jours plus tôt. Il la supplie de se manifester : « […] si tu ne m’as pas écrit par hasard, écrismoi tout de suite, parce que le vrai est que je ne vis plus. » Il confesse son impatience comme un drogué avoue le manque qui le ronge, se perd en calculs savants sur l’acheminement du courrier et les obstacles qui l’entravent. Il l’imagine bronzée, détaille son quotidien, évoque sa brouille avec Drieu, s’égare. Mais « une seule chose au monde pour moi, toi mon amour ». Il ne parle que d’elle et, quand il n’en parle pas, il ne pense qu’à elle, la voit mêlée aux paysages béarnais qui lui sont pourtant inconnus, se remémore leurs rencontres à Paris et même au ciel – « Car nous avons dû un jour passer par le ciel »… La distance le rend fou : « Et les gens près de toi. Je suis jaloux des gens. De quel droit, n’est-ce pas …