Tant mieux d’Amélie Nothomb, Albin Michel, 216 p., 19,90 €
- Par Pierre Cormary
Pages 151 à 152
Citer cet article
- CORMARY, Pierre,
- Cormary, Pierre.
- Cormary, P.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2601.0151
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2601.0151
Fiction ou récit ? Fable ou biographie ? Conte de fées ou tombeau pour la mère ? En tout cas, le livre qui explique tous les autres. La réalité qui dévoile la fiction. La fêlure à la fois initiale et ultime – car même si l’auteure de Premier sang se sent davantage être son père que sa mère, force est de constater qu’« il est plus insoutenable de perdre sa mère que son père ». Sans doute parce que le père renvoie au dehors, à la distance, à la pudeur et à l’honneur, à Sophocle et Corneille alors qu’avec la mère, qu’on soit garçon ou fille, on est toujours dans le dedans, l’archaïque, « le déchiré et l’hirsute » – Barbey d’Aurevilly ! La mère – musée des horreurs nothombiennes. Pas tant la sienne, Adrienne, femme fantasque et vaillante comme son auteure de fille que sa mère à elle, Astrid, qui tue les chats (comme Proust empalait les rats), et que sa grand-mère qui oblige sa petite-fille à manger son vomi – scène originelle, insoutenable, dostoïevskienne. « Combien d’enfants de quatre ans, depuis des milliers d’années, s’étaient retrouvés face à l’évidence de leur perte ? » Stoïcienne, la fillette, sorte de petite Lady Fauntleroy, décide de prendre sur elle et de rester joyeuse et positive quoi qu’il arrive. Tant mieux, donc, à tout – c’est-à-dire amen, fiat lux, amor fati, mektoub my love. Chez les Nothomb, on est nietzschéenne de mère en fille – pour le meilleur et pour le pire : terribles, les dernières années d’Adrienne, en proie à la démence sénile et qui pousse des hurlements de douleur comme Nietzsche à la fin de sa vie…