La douceur impitoyable de David Win
- Par Frédéric Verger
Pages 135 à 137
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2509.0135
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2509.0135
Notes
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Alan Hollinghurst, Nos soirées, traduit par David Fauquemberg, Albin Michel, 2025.
Le dernier roman d’Alan Hollinghurst, Nos soirées, constitue un renouvellement dans l’une des œuvres les plus remarquables de notre époque.
Il se présente comme le récit à la première personne d’épisodes dans la vie de David Win, de son enfance dans les années soixante jusqu’à sa vieillesse dans l’Angleterre de l’après-Brexit et du populisme montant. David, à moitié birman, ne connaîtra jamais son père ni la Birmanie. Élevé par sa mère, une couturière, dans une petite ville provinciale, son intelligence et sa sensibilité lui permettent d’entrer, grâce à la générosité d’un couple de riches mécènes, les Hadlows, dans une école privée puis à Oxford. Le goût et le talent de David pour le théâtre lui font renoncer au dernier moment à l’examen final. La seconde partie du texte évoque sa carrière d’acteur reconnu (même s’il ne devient jamais une vedette de tout premier plan), l’évolution historique des différentes formes, naïves, cruelles, grossières ou subtiles, de mépris que peuvent provoquer son origine ou son homosexualité ainsi que la suite de ses rapports intermittents avec les Hadlows et surtout avec leur fils, Giles, qui devient, au désespoir de ses parents, un politicien conservateur démagogue et brexiteur.
On voit dans ce résumé tous les thèmes contemporains qui auraient pu faire du roman une entreprise un peu lourdement didactique et morale passant en revue des thèmes « à la mode ». Or, tout au contraire, Nos soirées est d’une beauté délicate, puissante, d’une ironie légère mais impitoyable ; et des motifs, qu’on pourrait croire obligés ou convenus, y sont traités avec une fraîcheur d’émotion, une profondeur psychologique et sensible qui donnent au lecteur l’impression qu’ils n’ont jamais été abordés…