Byron : passion et dérision
- Par Frédéric Verger
Pages 112 à 115
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2411.0112
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2411.0112
Notes
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Edna O’Brien, récemment disparue, a écrit un merveilleux petit livre, Byron in Love. A Short Daring Life, W. W. Norton & Company, 2009.
Le bicentenaire de la mort de Byron n’aura pas suscité une grande agitation, bien moins que ce jour de juillet 1824 où son cercueil accosta sur les quais de Londres dans la barge des pompes funèbres, son terre-neuve couché à ses pieds.
Des centaines de témoins étaient venus pour le spectacle, au point que, lorsqu’on exposa le cercueil dans l’antichambre de la demeure de sir Edward Knatchbull sur Great George Street, on dut fabriquer à la hâte un cadre de bois pour éviter que la bousculade ne le précipite sur les dalles. Sir Edward n’était d’ailleurs pas un intime, seulement un propriétaire que Hobhouse, l’ami de toujours, avait convaincu de louer pour quelques heures son hall d’entrée.
Le doyen de Westminster ayant refusé « avec dégoût » que Byron repose dans le « coin des poètes », le cortège funèbre se mit en route à travers Londres vers le caveau familial, tout près de Newstead Abbey, l’extravagante ruine gothique dont Byron avait hérité à 10 ans. Le corbillard orné de douze plumets couleur sable était tiré par six chevaux noirs, un charger piaffait devant, sellé d’un coussin pourpre où balançait la petite couronne nobiliaire. La foule était là – beaucoup de femmes en pleurs –, mais pas l’aristocratie. Des quarante-sept carrosses blasonnés présents, quarante-trois étaient vides. En 1824, il était devenu de bon ton de considérer que Byron était le poète des gens vulgaires. Et ses obsèques baignent dans cette couleur étrange de triomphe et de déclin, de théâtre chevaleresque à destination de la foule (une des définitions possibles, après tout, du romantisme)…