Le Petit Prince au grand bal des collectionneurs
- Par Benoît Forgeot
Pages 64 à 69
Citer cet article
- FORGEOT, Benoît,
- Forgeot, Benoît.
- Forgeot, B.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2410.0064
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- FORGEOT, Benoît,
https://doi.org/10.3917/rd2m.2410.0064
Notes
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[1]
On pourrait encore évoquer les dessins de Paul Verlaine, qui eut, presque de son vivant – l’ouvrage est paru le 4 mars 1896, deux mois à peine après la disparition du poète –, les honneurs d’une publication sobrement intitulée : Verlaine dessinateur. Rédigé par son vieux complice le peintre Félix Régamey, le volume propose une série remarquable de dessins, volontiers caricaturaux, restituant le cercle littéraire et artistique des amis de Verlaine et de Rimbaud. « Il y eut en Verlaine, au début de sa carrière, écrit Régamey, un grand dessinateur, généralement ignoré, s’ignorant lui-même. Quiconque sait lire dans les images est frappé de la puissance d’expression exceptionnelle qui s’affirmait alors dans ses moindres croquis. Les quelques planches qui figurent dans ce recueil suffiront à le prouver. De science, aucune ; nulles fioritures ; rien d’inutile. Chaque coup porte, comme chez les maîtres japonais, où tout est accent, jusque dans le plus petit trait, et concourt à l’effet d’ensemble. Chez Verlaine, l’artiste ne doit rien à l’étude. Son dessin candide n’est autre chose que l’émanation directe de la pensée, servie par une vision intense et le plus souvent sarcastique du monde des formes. Et la main, qui n’a subi aucun exercice de dressage, domptée par le cerveau, se fait docile, et s’élève bien au-dessus des sempiternelles et fades redites calligraphiques des professionnels du chic. »
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[2]
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, chapitre xxiv.
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[3]
Les éditeurs des Œuvres complètes de la Pléiade, qui dataient par erreur le départ de New York du 13 avril, avancent qu’Antoine de Saint-Exupéry « emporte avec lui l’exemplaire personnel que Curtice Hitchcock a fait tirer à son intention. Cet exemplaire va l’accompagner dans ses derniers mois de campagne. C’est le seul qu’il ait jamais connu » (Antoine de Saint-Exupéry, Œuvres complètes, tome II, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 1999, p. 1345). Il est avéré que l’écrivain a quitté New York à bord du Stirling Castle ; or le bateau, réquisitionné pour le transport de troupes militaires, a appareillé le 2 avril, donc avant que le volume ait été achevé d’imprimer. Chronologie confirmée en épilogue du dernier livre de Jean-Claude Perrier, Saint-Exupéry, un Petit Prince en exil, Plon, 2024, p. 149.
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[4]
À la rencontre du petit prince, édition limitée, publiée sous la direction d’Alban Cerisier et Anne Monier Vanryb, Gallimard/Musée des Arts décoratifs, 2022, p. 158.
À la question : « Quel est le plus grand dessinateur français du XIXe siècle ? », André Gide aurait pu répondre : « Victor Hugo, hélas… » Dans la galaxie des écrivains dessinateurs – hors Victor Hugo, donc, qui les surclasse tous, ou Paul Valéry, aquarelliste et graveur distingué, parmi une poignée d’autres –, les plus convoités doivent cependant davantage à leur renommée littéraire qu’au talent de leur trait une place en vue. Ainsi, les pochades de Marcel Proust – à l’exemple des caricatures assez cocasses adressées à Reynaldo Hahn –, pour charmantes qu’elles soient, seraient ignorées si elles n’avaient été dessinées par l’auteur d’À la recherche du temps perdu. Ce n’est pas faire injure aux proustiens que de relever pareil paradoxe ; cela souligne au contraire l’indépendance de leur goût face aux oukases des amateurs de dessins, désespérément classiques.
Et, au risque de s’attirer les foudres des thuriféraires d’Antoine de Saint-Exupéry – une chapelle voisine de la précédente, presque cousine, mais fréquentée par des fidèles bien différents –, nous placerions volontiers les dessins de l’aviateur-écrivain dans la même catégorie que ceux de Marcel Proust : celle de crobards promus fétiches par onction littéraire – une manière de transsubstantiation qui dévoile aux yeux des croyants la présence réelle du génie. Car, enfin, ces centaines de petits princes et d’autoportraits en enfant à nœud papillon, dont Saint-Exupéry a inondé manuscrits et correspondance, ne s’imposent guère par leur brio artistique et finiraient par lasser à force de répétition…