Dante, poète transgressif
- Par Frédéric Verger
Pages 159 à 162
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2403.0159
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2403.0159
Le Sur Dante de Pierre Bouretz présente une synthèse des différentes interprétations de La Divine Comédie mais, surtout, offre une interprétation de certaines de ses caractéristiques que la tradition a cherché à tamiser tant elles pouvaient paraître extravagantes ou transgressives.
On ne peut comprendre cette interprétation sans replacer l’œuvre dans son contexte. Dante est, en partie du moins, un philosophe, c’est-à-dire pour son époque – la fin du XIIIe siècle – un lecteur d’Aristote. Il s’inscrit dans un certain courant de l’aristotélisme médiéval pour lequel la nature humaine se caractérise par trois dimensions inséparables : volonté de connaître, usage du libre arbitre, pouvoir de la raison. Leur mise en œuvre permet à l’homme de parvenir à l’excellence de sa nature, c’est-à-dire la responsabilité éthique et la connaissance des objets ultimes du désir de connaître. Cette conquête de la vérité par l’intellect a une dimension collective, procédant d’un mouvement général des esprits. C’est cette conception philosophique qui explique les choix politiques de Dante : guelfe au début de sa vie par souci de l’indépendance et de la liberté, il devient gibelin, c’est-à-dire partisan de l’empire car il voit dans ce régime politique le meilleur cadre pour favoriser le développement intellectuel et éthique de l’humanité. En cela, Pierre Bouretz, comme d’autres commentateurs contemporains, trouve dans les écrits de Dante une première théorie de la politique laïque.
L’aristotélisme de Dante pose un problème théologique : le stade suprême de la connaissance, c’est-à-dire de l’authentique bonheur, est-il réservé à l’au-delà, après le passage eschatologique de la mort, ou est-il possible ici-bas grâce au pouvoir de la spéculation philosophique, don de Dieu …