Comédie d’automne, de Jean Rouaud, Grasset, 288 p., 20,90 €
Pages 178a à 179
Citer cet article
- AUTHIER, Christian,
- Authier, Christian.
- Authier, C.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2311.0178a
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- AUTHIER, Christian,
https://doi.org/10.3917/rd2m.2311.0178a
Sixième et dernier volume de l’ensemble intitulé La Vie poétique, Comédie d’automne revient sur la genèse et la sortie des Champs d’honneur, premier roman de Jean Rouaud couronné à l’automne 1990 par le Prix Goncourt. Tout fut affaire de circonstances, de paradoxes, de surprises dans la naissance de ce succès inattendu. Ainsi, Jérôme Lindon, à la tête des prestigieuses Éditions de Minuit qui comptaient notamment les grandes figures du nouveau roman, Beckett ou Duras à leur catalogue, poussa l’apprenti-écrivain à tourner le dos à ses tendances expérimentales afin d’écrire un « vrai » roman. Signer une œuvre empreinte de classicisme dans le temple de l’avant-garde, voilà qui ne manquait pas d’ironie. Dès la sortie du livre, la presse mit en avant le métier de l’auteur : vendeur de journaux dans un kiosque du XIXe arrondissement de Paris. Ce statut social, manière de label d’authenticité, fut déterminant dans l’obtention du Goncourt qui semblait promis cette année-là au « Favori », homme puissant, directeur d’un grand média. Mais couronner « le petit » permettait aux jurés du prix de s’offrir une image d’indépendance et d’intégrité.
Avant cela, Les Champs d’honneur durent essuyer quelques vilaines accusations (« franchouillard », « paysan, réactionnaire, pétainiste, etc. ») car le roman redonnait vie à une France provinciale, rurale, où des gens de peu vivaient pour le travail, la famille et la patrie – circonstance aggravante : souvent à la lumière de l’autel – bien avant que la fange vichyste ne salisse ces notions…