L’expérience de la beauté
- Par Frédéric Verger
Pages 60 à 63
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2310.0060
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- Verger, F.
- Verger, Frédéric.
- VERGER, Frédéric,
https://doi.org/10.3917/rd2m.2310.0060
Notes
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[1]
Simone Weil, Attente de Dieu, Éditions du Vieux Colombier, 1950, rééd. Fayard, 1966.
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[2]
Simone Weil, Intuitions pré-chrétiennes, Éditions du Vieux Colombier, 1951, rééd. Fayard, 1985.
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[3]
Cristina Campo, Les Impardonnables, Gallimard, 2023.
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[4]
Les réflexions d’Elsa Morante sur l’art et la littérature peuvent se trouver dans Pour ou contre la bombe atomique, Gallimard, 1992.
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[5]
Roberto Rossellini, Stromboli, 1950.
Le lecteur de Simone Weil qui lira les pages qu’elle consacre à l’expérience de la beauté ou à la nature de l’art ne pourra manquer d’être peu à peu envahi par une incertitude fascinante : le vocabulaire religieux qu’elle utilise pour les décrire ne serait-il pas en réalité qu’une métaphore ? Autrement dit, ce qu’on appelle la mystique n’est-il qu’une sorte d’allégorie de ce qui se joue de plus profond dans l’expérience esthétique ? Ou bien, au contraire, l’expérience esthétique relève-t-elle toujours, fondamentalement, de la mystique, de la dimension religieuse de la vie ? Ou bien encore, et plus profondément, Simone Weil veut-elle nous faire comprendre que cette opposition n’a pas de sens, n’est que l’effet d’une impuissance de la pensée qu’elle cherche justement à surmonter, d’un mauvais pli du langage qui, semblable à celui d’un tissu, empêche de distinguer l’unité d’un motif ?
C’est dans Attente de Dieu et Intuitions pré-chrétiennes qu’on trouvera les éléments de cette interrogation. En voici un aperçu, un maigre résumé qui en appauvrit la richesse : l’expérience de la beauté du monde est indissociable du sentiment qu’il y a autre chose dans ce que nous sommes en train de voir qu’une réalité purement matérielle, qu’on peut toucher. L’acte de voir comporte aussi et au même instant l’intuition que cette réalité visible est aussi faite d’invisible. On peut même dire que, si nous n’avons pas le sentiment qu’il est toujours tressé de quelque chose d’invisible, nous ne voyons pas vraiment le visible…