Relire Nabokov
- Par Frédéric Verger
Pages 169 à 172
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2310.0169
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- Verger, F.
- Verger, Frédéric.
- VERGER, Frédéric,
https://doi.org/10.3917/rd2m.2310.0169
Notes
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Cahier Vladimir Nabokov, dirigé par Yannicke Chupin et Monica Manolescu, L’Herne, 2023.
Les études, les inédits, les fragments de correspondance du Cahier de l’Herne consacré à Nabokov ont le mérite d’offrir à la fois une présentation de l’homme et de l’œuvre assez complète pour qui ne les connaîtrait pas, en même temps que des pistes de méditation pour les plus sophistiqués des nabokoviens.Le statut de Nabokov en France est paradoxal : auteur illustre et méconnu, réduit à la transgression de Lolita et, pour les plus exigeants, à la sophistication d’Ada (bien que, pour les connaisseurs, les termes soient peut-être à inverser). Ce paradoxe s’explique peut-être de deux façons : la première, c’est le mépris de Nabokov pour ces dimensions de la littérature que mettent en avant à la fois le public, la critique et l’université, et que Nabokov juge sans intérêt, vulgaires, fondamentalement anti-artistiques : le roman comme reflet et analyse des idées du temps (qui explique pourquoi il appelle Balzac ou Dostoïevski des « journalistes »), le roman comme « document humain » (récit dont le seul projet est d’offrir sous forme documentaire ou fictionnelle un cas psychologique ou sociologique particulier). L’horreur absolue étant bien sûr le document humain à prétention d’actualité (c’est-à-dire les deux tiers de la production littéraire contemporaine). La seconde raison tient à ce que la prose de Nabokov est difficile à traduire : le passage en français tend à alourdir le caractère de concentration magique de la formulation originale (difficulté qui a d’ailleurs paradoxalement abouti à deux chefs-d’œuvre du genre, la traduction d’Éric Kahane …