« Rions ensemble… »
- Par Pierre Boncenne
Pages 42 à 48
Citer cet article
- BONCENNE, Pierre,
- Boncenne, Pierre.
- Boncenne, P.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2303.0042
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2303.0042
« Au siècle du mensonge, parfois, la vérité relève la tête et éclate de rire. » Telle était la conclusion de la préface enthousiaste de Jean-François Revel pour l’un des livres de Simon Leys, Ombres chinoises. L’auteur de La Tentation totalitaire voyait en celui qui fut l’un des premiers à dénoncer de façon aussi méthodique qu’éclatante la monstruosité du régime maoïste « surtout un homme, et un écrivain chez qui la science et la clairvoyance se mêlent merveilleusement à l’indignation et à la satire ». Comme par un effet de miroir montrant leur profonde connivence, Leys à son tour aura l’occasion de dire un jour : « Revel est un homme rare : une intelligence puissante et juste, à laquelle se joint un salubre sens du comique. (On peut dire une chose profonde et vraie de façon drôle : il possède à un haut degré cette notion anglo-saxonne qu’on rencontre trop rarement, il me semble, chez les intellectuels français.) » Il est facile de poursuivre ce parallèle qui permet de constater une similitude d’approche entre deux esprits inclassables ne craignant pas de bousculer les belles âmes, maniant l’arme de l’ironie pamphlétaire et s’exprimant sans charabia. Dès la fin des années soixante, après lecture de quelques écrits de Mao, dont le consternant « Petit Livre rouge », célébrés par tant de grands esprits à Paris, Revel avait souligné « l’indigence intellectuelle, le burlesque crétinisme, des apophtegmes du despote pékinois ». Derrière l’imbécilité de la propagande, il sut très vite percevoir dans la Chine communiste « l’une des tyrannies les plus sanguinaires de l’histoire humaine »…