Une journée d’Ivan Denissovitch, la première « bombe » de Soljenitsyne
- Par Frédéric Verger
Pages 34 à 38
Citer cet article
- VERGER, Frédéric,
- Verger, Frédéric.
- Verger, F.
https://doi.org/10.3917/rd2m.2209.0034
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https://doi.org/10.3917/rd2m.2209.0034
Notes
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Toutes les informations de cet article sont tirées de la biographie « Alexandre Soljenitsyne », de Lioudmila Saraskina (Fayard, 2010).
Il y aura bientôt soixante ans, le 18 novembre 1962, Une journée d’Ivan Denissovitch paraissait dans la revue Novy Mir. Quoi qu’on pense de sa valeur artistique, aucun autre récit de fiction dans l’histoire de la littérature n’a eu un tel effet politique et social. Cet article expliquera le calcul qui amena Khrouchtchev à en autoriser la publication. Et l’ironie qui rendit ce calcul mauvais.
Au début des années soixante, Alexandre Soljenitsyne est un inconnu, un ancien zek qui écrit depuis toujours, qui traîne ou cache des manuscrits innombrables, n’a jamais rien publié, n’est lu que par quelques amis. Le dégel khrouchtchévien lui semble un moment propice pour tenter sa chance. Après avoir pris connaissance du discours d’Alexandre Tvardovski prononcé lors du XXIIe congrès du Parti, il décide au début de novembre 1961 de lui soumettre le texte (encore intitulé « Une journée d’un zek ») : Tvardovski est un bon poète, rédacteur en chef de Novy Mir et un partisan convaincu du dégel. La nouvelle produit sur lui un effet extraordinaire, esthétique aussi bien que politique, et il demande à rencontrer l’auteur sans attendre. En décembre 1961, le contrat est signé. Les tractations avec les autorités pour que le livre puisse paraître vont durer un an.
Tvardovski prépare la publication et entame les pourparlers avec le pouvoir. Il sent que Khrouchtchev lui-même est la meilleure cible. Non seulement parce qu’il est l’autorité suprême mais parce qu’il le connaît bien, sait qu’ils viennent tous les deux du monde rural de la Russie profonde et que la seule chose qui toucha vraiment le premier secrétaire dans tous les crimes du bolchevisme fut la collectivisation des campagnes, les déportations massives et les grandes famines qu’elle entraîna…