Compte rendu

Opération étoile jaune suivi de Jeudi noir. Maurice Rajsfus, Paris, Le Cherche-Midi, 2003, 272 pages, 17,50 €.

Pages 448e à 457e

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  • Minczeles, H.
(2004). Opération étoile jaune suivi de Jeudi noir. Maurice Rajsfus, Paris, Le Cherche-Midi, 2003, 272 pages, 17,50 €. Revue d’Histoire de la Shoah, 180(1), 448e-457e. https://doi.org/10.3917/rhsho1.180.0449e.

  • Minczeles, Henri.
« Opération étoile jaune suivi de Jeudi noir. Maurice Rajsfus, Paris, Le Cherche-Midi, 2003, 272 pages, 17,50 €. ». Revue d’Histoire de la Shoah, 2004/1 N° 180, 2004. p.448e-457e. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah1-2004-1-page-448e?lang=fr.

  • MINCZELES, Henri,
2004. Opération étoile jaune suivi de Jeudi noir. Maurice Rajsfus, Paris, Le Cherche-Midi, 2003, 272 pages, 17,50 €. Revue d’Histoire de la Shoah, 2004/1 N° 180, p.448e-457e. DOI : 10.3917/rhsho1.180.0449e. URL : https://shs.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah1-2004-1-page-448e?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhsho1.180.0449e


1 Maurice Rajsfus est un spécialiste de l’Occupation. Il passe au crible cette sombre période de l’histoire de notre pays. À deux trois exceptions près, ses quelque trente ouvrages retracent ce passé tragique. Rien n’échappe à son sens critique qui consiste à fustiger non seulement les nazis et leurs collaborationnistes locaux mais aussi certains serviteurs juifs plus ou moins zélés qui, croyant agir pour le bien de la communauté, se sont compromis entre 1940 et 1944.

2 Dans son dernier livre, il relate avec précision ses souvenirs dans le contexte de la situation de la communauté juive de France à l’époque. Dès le 10 juin 1940, lorsque l’armée française est sur le point de capituler, tout un dispositif collaborationniste se met en place. De nombreux textes à l’appui, Rajsfus explique comment et pourquoi les policiers français ont accepté puis appliqué les lois scélérates édictées par le gouvernement de Vichy, les ordonnances nazies en zone occupée. Cela grâce à la xénophobie, au racisme et à l’antisémitisme qui régnaient dans ce pays, un long passé réactionnaire qui a culminé à la fin de l’entre-deux-guerres.

3 Avec méthode, l’auteur décrit l’opération qu’il appelle « Étoile jaune », l’impression de ce bout de tissu, désigne l’entreprise commerciale qui fut chargée d’exécuter ce travail. Le port obligatoire de l’étoile est imposé aux Juifs de la zone occupée, en application de la huitième ordonnance allemande du 29 mai 1942. Ces étoiles seront délivrées dans les commissariats de police.

4 Le fonds très riche dont dispose le CDJC permet à Rajsfus de développer son argumentation. La traque policière commence le 7 juin 1942, la recherche systématique de ceux et celles qui ne la portent pas, ceux qui la cachent, ceux qui l’ont mal cousue. La sanction, c’est l’arrestation et l’internement à Drancy, l’antichambre de la déportation à destination d’Auschwitz. De nombreux Juifs sont ainsi incarcérés. Des non-Juifs porteurs d’insigne -et il y en a – sont appréhendés eux aussi. Car la mesure est impopulaire.

5 La seconde partie, Jeudi noir, retrace la rafle du Vél d’hiv, pudiquement appelée « Vent printanier » par les autorités d’occupation et le gouvernement de Vichy. Le 16 juillet 1942, plus de 13 000 hommes, femmes et enfants juifs furent arrêtés à Paris et en banlieue proche. Maurice Rajsfus raconte les douze heures d’angoisse qu’il vécut ce jour-là.

6 À l’époque, il a 14 ans. À Vincennes où il réside, les Juifs étrangers-dont ses parents – sont emmenés au commissariat. Sa sœur aînée et lui-même sont libérés parce que français. Les autobus de la TCRP – ancêtre de la RATP – exécutent sans état d’âme leur besogne sinistre. Selon l’auteur, « de 1942 à 1944, pas un machiniste ne se dérobera à l’ordre reçu ». Ses parents déportés à Auschwitz seront gazés. On rapprochera le livre de Rajsfus de la remarquable monographie de Jean Laloum parue en 1998 aux Éditions du CNRS, Les Juifs dans la banlieue parisienne des années 20 aux années 50. Laloum raconte en détail le destin des Juifs de Montreuil, Bagnolet et Vincennes à l’heure de la « Solution finale ».

7 Dès lors, plus rien ne sera comme avant. La passivité des individus, le zèle de certains concierges, celui de la police, une ville frappée d’amnésie puisque rien n’a été consigné sur les registres municipaux, pire encore : des gens qui répètent ces mots terribles : cela ne nous intéresse pas ! L’ouvrage s’achève sur ces mots : « Ce 16 juillet 1942 a fait de nous des orphelins à perpétuité. »

8 H.M.


Date de mise en ligne : 31/12/2020

https://doi.org/10.3917/rhsho1.180.0449e