Compte rendu

Nouveaux salariés, nouveaux modèles. Maintien à domicile des personnes âgées dépendantes Loïc Trabut, thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2011, 355 p.

Pages 160f à 177f

Citer cet article


(2013). Nouveaux salariés, nouveaux modèles. Maintien à domicile des personnes âgées dépendantes Loïc Trabut, thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2011, 355 p. Retraite et société, 66(3), 160f-177f. https://doi.org/10.3917/rs.066.0160f.

« Nouveaux salariés, nouveaux modèles. Maintien à domicile des personnes âgées dépendantes Loïc Trabut, thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2011, 355 p. ». Retraite et société, 2013/3 n° 66, 2013. p.160f-177f. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-retraite-et-societe1-2013-3-page-160f?lang=fr.

2013. Nouveaux salariés, nouveaux modèles. Maintien à domicile des personnes âgées dépendantes Loïc Trabut, thèse de doctorat en sociologie, Paris, EHESS, 2011, 355 p. Retraite et société, 2013/3 n° 66, p.160f-177f. DOI : 10.3917/rs.066.0160f. URL : https://shs.cairn.info/revue-retraite-et-societe1-2013-3-page-160f?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rs.066.0160f


1 La thèse de Loïc Trabut traite des changements intervenus dans la production des services d’assistance à domicile des personnes âgées. Elle traite du contenu des services, des personnes qui le dispensent, des employeurs du secteur et de son organisation concrète. L’auteur propose des modes et des modèles typiques de production du service et nous invite à distinguer le contexte où une entité intermédiaire intervient entre l’acteur qui fournit le service et la personne qui le reçoit d’un autre contexte où la logique qui prime semble domestique, alors que la logique de la première organisation serait plutôt de nature industrielle.

2 L’auteur étudie les transformations observées dans ces services et met en avant l’hypothèse selon laquelle un modèle domestique d’organisation des soins serait remplacé par un modèle industriel. Il souligne toutefois que la transformation du modèle n’est pas homogène. Une première partie de la thèse se penche sur l’offre de services à domicile gérés sous l’égide d’organisations qui sont en fait des mandataires ou des prestataires. Elle met clairement en évidence le modèle industriel. La seconde partie de la thèse aborde des configurations fort diversifiées, des modèles plutôt hybrides, qui ne sont ni domestiques ni industriels, mais mêlent en fait ces deux logiques, tout en y ajoutant parfois du médical et du social. Dans ces cas de figure, on trouve des travailleurs fort diversifiés, salariés des entreprises, des associations, équipes médico-légales et infirmiers à domicile notamment. Ici, les logiques à l’œuvre varient considérablement.

3 Il faut souligner que la thèse repose sur des méthodes quantitatives fort approfondies (à partir de données d’enquêtes nationales et de quelques autres sources originales), mais aussi sur des méthodes qualitatives et un travail de terrain tout à fait remarquable, très détaillé, également très approfondi.

4 La thèse atteint bien son objectif qui est de parvenir à mieux comprendre la place de l’aide à domicile dans le maintien à domicile de la personne âgée. Un des aspects intéressants est la mise en évidence de la coproduction de ce service et aussi de la complexité du service mis en œuvre. C’est aussi la démonstration que les politiques publiques déployées au fil des ans ont permis d’améliorer la qualité générale des services, d’accroître le nombre d’emplois, de même que le nombre de personnes âgées bénéficiant des services, mais qu’elles n’ont par contre pas réussi à améliorer les conditions de travail ni la qualité des emplois des personnels concernés. La thèse illustre la complexité du travail de care, ou de soins à la personne âgée, un travail qui comprend bien sûr la dimension domestique, mais aussi le fait de prendre soin des personnes et, souvent, de passer aussi du temps avec elles, d’être disponible pour leur rendre service, parfois un peu au-delà du service précis attendu ou prévu.

5 Un des aspects intéressants de cette thèse est la mise en évidence de la figure de la femme de ménage, dont les interventions sont essentielles au bien-être des personnes. Celle-ci revêt deux formes dans le contexte décrit. D’une part, on retrouve des aides ménagères – le profil plus classique de la femme de ménage –, ou des employées de maison qui prennent soin des personnes âgées. On trouve également un autre groupe de salariés, plus nouveau, soit les diplômés DEAVS (diplôme d’État d’auxiliaires de vie sociale) dont le nombre s’accroît en France.

6 La thèse est certes intéressante pour tous ceux qui interviennent dans le domaine et contribuera sans doute, du moins peut-on l’espérer, à alimenter l’évaluation de ces politiques publiques de maintien à domicile, tout en permettant de mieux comprendre comment ces politiques peuvent influer sur la qualité du service, et aussi sur la qualité de l’emploi des salariés. De ce point de vue, on peut dire que la thèse permet une analyse très approfondie de cette politique publique à l’endroit du maintien à domicile. Un grand nombre de ses aspects sont mis en évidence, à la fois les dimensions touchant la formation, la fiscalité pour les bénéficiaires, l’emploi et le droit du travail. Sur ce dernier point de l’emploi et du droit du travail, la thèse apporte aussi une contribution importante en fournissant une analyse approfondie des motifs qui ont mené à une précarisation et à une segmentation de l’emploi dans ce secteur. Les théories de la segmentation ou de la porosité des temporalités sociales auraient peut-être pu être mises à profit ici pour approfondir davantage encore l’analyse de ce marché du travail fort particulier. L’insécurité subie par les salariés, les risques subis par ce groupe ressortent vivement du portrait présenté dans la thèse. Un aspect particulièrement intéressant réside dans la mise en évidence de la multiplicité des contrats existant entre les salariés et les clients, alors que l’association ressort comme un employeur quelque peu factice. L’association ne s’interpose pas réellement entre le salarié et les clients, laissant les salariés subir les risques et l’insécurité et ne contribuant finalement pas à jouer le rôle « tampon » auquel on pourrait s’attendre de sa part.

7 Parmi les apports intéressants et originaux de la thèse, on note la mise en évidence ou la modélisation d’une journée typique d’activité des salariés de l’association. Sur ce plan, l’auteur fait ressortir le fait que les temps de travail se concentrent sur le matin et la fin de journée, ce qui n’est pas sans poser des défis pour ces salariées majoritairement féminines. Les citations incluses dans la thèse sont particulièrement intéressantes et illustratives des réalités vécues, bien que l’on eût pu souhaiter que le qualitatif et le quantitatif s’imbriquent davantage.

8 La multiplicité des acteurs du maintien à domicile peut paraître difficile à saisir pour les personnes qui ne sont pas du milieu et ne connaissent pas tous les sigles et les acteurs, mais on retient tout de même les idées clés de la thèse, la mise en relief de la coproduction du maintien à domicile, du modèle domestique recomposé et de l’industrialisation du domestique, autant d’idées développées qui peuvent certes alimenter encore la réflexion sur l’évolution du domaine au cours des prochaines années.

9 On aurait pu souhaiter une petite comparaison internationale pour situer les développements observés en France par rapport à ceux qu’on observe ailleurs dans le monde, ce qui sera peut-être développé lors de travaux ultérieurs. Il s’agit cependant d’une thèse à lire avec profit pour quiconque travaille dans le domaine de la santé, des soins, de l’aide à domicile ou du social dans son ensemble.

10 Par Diane-Gabrielle Tremblay

11 Professeure, université du Québec (Téluq), directrice de l’Aruc (Alliance de recherche université-communauté) sur la gestion des âges et des temps sociaux


Date de mise en ligne : 25/02/2014

https://doi.org/10.3917/rs.066.0160f