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Connexion continue et interaction ouverte en réunion visiophonique

Pages 25 à 57

Citer cet article


  • Bonu, B.
(2007). Connexion continue et interaction ouverte en réunion visiophonique. Réseaux, 144(5), 25-57. https://doi.org/10.3917/res.144.0025.

  • Bonu, Bruno.
« Connexion continue et interaction ouverte en réunion visiophonique ». Réseaux, 2007/5 n° 144, 2007. p.25-57. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-reseaux1-2007-5-page-25?lang=fr.

  • BONU, Bruno,
2007. Connexion continue et interaction ouverte en réunion visiophonique. Réseaux, 2007/5 n° 144, p.25-57. DOI : 10.3917/res.144.0025. URL : https://shs.cairn.info/revue-reseaux1-2007-5-page-25?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/res.144.0025


Notes

  • [1]
    On pourrait définir la communication visiophonique comme la mise en relation d’individus distants au moyen de leurs images en mouvement, dans une temporalité synchrone. Cette temporalité rend possibles certaines formes de coordination interactionnelle.
  • [2]
    Notre article a bénéficié de nombreuses suggestions de Lorenza Mondada et des lecteurs de la revue. Qu‘ils en soient remerciés.
  • [3]
    SCHEGLOFF, 1968,1986.
  • [4]
    BUTTON, 1987 ; SACKS et SCHEGLOFF, 1973.
  • [5]
    Le premier épisode a été enregistré lors de la campagne relative au contrat de recherche : CRE France Télécom 46125154. CNRS n° 753154/00 (TECH/SUSI ; Laboratoire Praxiling). Ce projet de recherche a donné lieu au rapport FT/RD/TECH/06/06/337 (BONU et RELIEU 2006). Le second a été recueilli dans le cadre de notre activité au sein du laboratoire TECH/SENSE pendant une période de détachement. Dans les deux cas, nous voudrions remercier les participants aux réunions pour leur autorisation à la communication scientifique de ces documents. Les visages des participants sont néanmoins masqués par une mosaïque.
  • [6]
    L’occupation est néanmoins soumise à une réservation informatique des salles. De plus, un clavier est disponible sur la table (voir le second épisode), il donne l’accès aux ressources informatiques de l’entreprise. Les usagers ne l’utilisent pas pour rentrer en contact visiophonique. Dans les deux cas étudiés dans cet article, les enregistrements sont effectués sur le site d’Issy les Moulineaux. Dans le premier, la liaison est établie avec le centre de Rennes, dans le second avec celui de Lannion.
  • [7]
    L’ajustement n’implique pas pour autant des phases explicites d’apprentissage comme dans l’emploi d’autres outils communicationnels moins « transparents ». Sur le thème de l’apprentissage des pratiques dans la visiophonie voir FORNEL, 1994 ; DOURISH et alii, 1996.
  • [8]
    BONU, à paraître.
  • [9]
    GOODWIN, 2003.
  • [10]
    OCHS, JACOBY et GONZALEZ, 1996.
  • [11]
    SCHEGLOFF et SACKS, 1973.
  • [12]
    BUTTON, 1987.
  • [13]
    Voir en particulier les textes pionniers de GOODWIN, 1981 et HEATH, 1986.
  • [14]
    Les analyses orientées sur les dimensions visuelles ont impliqué certes des examens de la relation entre comportement sonore et corps des participants dans le déroulement temporel de l’interaction, mais n’ont pas entraîné des clarifications sur les relations entre le sonore et le visuel, ainsi que sur le statut de la vision dans l’appareillage conceptuel de l’Analyse Conversationnelle. Par ailleurs, nous examinons le rôle joué par le sonore et le visuel dans l’entreprise menée avec les pratiques de l’enregistrement et la transcription de (ré)unification des espaces interactionnels indispensable pour le travail de recherche (BONU, 2007).
  • [15]
    GOODWIN, 2000, p. 160.
  • [16]
    HEATH, 1997.
  • [17]
    HEATH et HINDMARSH, 2002, p. 108.
  • [18]
    GOODWIN, 2000, p. 164-165. La sociologie des sciences joue un rôle fondamental dans la reconfiguration de la relation entre le social, le technique et les technologies. L’Analyse Conversationnelle a bénéficié dans ces développements les plus récents (dans les WorkPlace Studies, par exemple) de ces avancées. Plus particulièrement, la version ethnométhodologique de l’étude des activités scientifiques s’est certes intéressée dans une phase pionnière, au rôle des images dans le travail scientifique, notamment en ce qui concerne la sélection et la mathématisation des représentations (LYNCH, 1988), mais force est de constater qu’elle a négligé la dimension interactionnelle de l’interprétation des images et de la disponibilité visuelle des corps des participants dans les situations de travail scientifique (GOODWIN, 2000, p. 164 ; MONDADA, 2005a, 2005b).
  • [19]
    GOODWIN, 2000, p. 177.
  • [20]
    HEATH, KNOBLAUCH et LUFF, 2000, p. 309.
  • [21]
    LUFF, HINDMARSH et HEATH, 2000, p. XIII et suiv.
  • [22]
    Les deux principaux inspirateurs de l’Analyse de Conversation, Garfinkel et Goffman, bien qu’ils mettent l’accent sur l’importance du langage et proposent des postures analytiques pour son étude, ne centrent pas l’ensemble de leurs travaux sur la parole. Plus particulièrement, Goffman a fait des rencontres sociales son objectif premier, dans lesquelles l’état de parole n’est qu’un cas de figure parmi d’autres. De plus, avec ses observations, il a mis l’accent non seulement sur la dynamique des interactions mais aussi sur des états intermédiaires d’attention focalisée et de coprésence (de l’arrêt de bus, au cocktail, par exemple).
  • [23]
    HEATH et LUFF, 1992, p. 34.
  • [24]
    HEATH, KNOBLAUCH et LUFF, 2000, p. 314.
  • [25]
    HEATH et LUFF, 1994.
  • [26]
    BONU, 2002 ; JEFFERSON, 1985 ; MONDADA, 1998 et 2002.
  • [27]
    HEATH et LUFF, 2000.
  • [28]
    Ce thème a été plus développé en Analyse Conversationnelle avec l’analyse d’entretiens professionnels dans différents secteurs d’activité (DREW et HERITAGE, 1992).
  • [29]
    ATKINSON, CUFF et LEE, 1978, p. 146.
  • [30]
    SCHMITT, 2006.
  • [31]
    Sur le problème des rôles interactionnels et des catégories voir aussi HOUSLEY, 1999.
  • [32]
    Pour SCHWARTZMAN (1989) les réunions « préparées » incluent les rencontres formelles et informelles. Elles sont caractérisées par le niveau de formalité des procédures utilisées pour l’attribution, l’ordre et la longueur des tours. Par ailleurs les réunions « non préparées » impliquent un modèle du tour de parole proche de la conversation ordinaire, avec néanmoins des caractéristiques « formelles » concernant certaines caractéristiques en termes de qui ouvre, ferme et dirige la réunion. Sur le thème de la formalité en général, on peut consulter entre autres ATKINSON (1982).
  • [33]
    BODEN, 1994, p. 84.
  • [34]
    BODEN, 1994, p. 83-89.
  • [35]
    Idem, p. 83.
  • [36]
    MEIER, 1998.
  • [37]
    BODEN, 1994, p. 128. Certaines des séquences étudiées par l’auteure réfèrent à des rencontres en visioconférence. Cependant le rôle du dispositif visiophonique dans l’interaction n’est jamais thématisé dans son ouvrage. Le rôle de la communication technologisée est étudié dans BODEN et MOLOTCH (1994).
  • [38]
    Plus particulièrement, l’éventuel tour de table règle un accès « égalitaire » à la parole. Il est néanmoins limité à cette phase spécifique (CUFF et SHARROCK, 1985).
  • [39]
    FORNEL, 1994.
  • [40]
    LUFF et alii, 2003.
  • [41]
    MONDADA, ici même.
  • [42]
    BONU et RELIEU, 2006.
  • [43]
    SCHEGLOFF et SACKS, 1973.
  • [44]
    SACKS, 1992.
  • [45]
    BUTTON, 1987.
  • [46]
    En fait, la conversation au premier plan de la phase qui précède l’épisode en question portait sur les potentialités et les limites technologiques du dispositif Realmeet. Bien qu’elle fût plutôt diffuse cette conversation a impliqué la majorité des participants de l’interaction. A3 qui était intervenu sur la transmission du son explore visiblement l’emplacement supposé de la diffusion sonore du dispositif.
  • [47]
    Les moments interactionnels comme les interruptions, chevauchements, perturbations etc. font l’objet d’un traitement paradoxal de la part des interactants. Ils sont traités très finement au moment de leur production, mais peuvent faire l’objet de descriptions assez générales et imprécises par les interlocuteurs eux-mêmes. Dans ce cas : « on n’entend pas ce qui se passe » produit par A1 traite les difficultés que la reprise de l’activité rencontre. Il pointe ainsi l’aparté, l’une des activités en cours. En fait, plusieurs auteurs ont remarqué un décalage entre le traitement au cours de l’activité et son expression a posteriori : « … il est possible qu’un acteur soit consciemment orienté vers un phénomène sans pouvoir définir clairement l’objet de son orientation » (HERITAGE, 1991, note 5).
  • [48]
    Cette image est prise à partir des caméras internes au dispositif. Les autres images sont cadrées à partir de la salle.
  • [49]
    SACKS, 1992.
  • [50]
    BUTTON, 1985.
  • [51]
    Deux autres participants sortent, l’un de la salle de Lannion, l’autre du champ de la caméra qui filme la réunion à Issy les Moulineaux.
  • [52]
    SACKS, 1992.
  • [53]
    SCHEGLOFF (1995, p. 37) et LERNER (1993, p. 223 et suiv.) ont traité avec d’autres visées analytiques et argumentatives la « directionnalité » respectivement dans l’étude des superpositions et dans la constitution des collectifs.
  • [54]
    Il faut aussi indiquer qu’A2 tutoie B1 et que tous les participants se tutoient. Dans ce sens, la question ne peut être traitée comme une question adressée à un individu (ENCREVE et FORNEL, 1983).
  • [55]
    D’autres phases et activités des interactions visiophoniques où le soubassement technologique joue un rôle de premier plan ont été traitées dans BONU et RELIEU (2006).
  • [56]
    Cette dernière séquence se fonde explicitement sur le lien fort de « téléprésence » mis en place par le dispositif entre les deux espaces. Les participants mettent volontiers en évidence le caractère réaliste des interactions soutenues par le dispositif Realmeet dans la mise en scène de segments de comportement habituellement réservés à la coprésence : se serrer la main, s’embrasser, etc. Ce point soulevé par FORNEL (1991, p. 99 et suiv.) en ce qui concerne le dispositif téléphonique du visiophone a été étudié en ce qui concerne les dispositifs de la famille Téléprésence, dans BONU et RELIEU (2006, p. 60 et suiv.).
  • [57]
    Ainsi, toutes les étapes des réunions doivent faire l’objet d’exploration, puisqu’elles représentent des lieux de découvertes potentielles.
  • [58]
    Certaines modifications en relation au système jeffersonien ont été proposées et utilisées par Karine Lan Hing Ting et Evgenia Ntastasiou dans le cadre de la recherche Realmeet.

1Le travail et la communication à distance entre équipes et groupes dans le cadre d’entreprises et d’activités géographiquement distribuées représentent un enjeu de première importance à la fois pour l’organisation du travail et l’innovation technologique dans l’entreprise. Un ensemble d’outils est mis à disposition par les organisations pour que les employés, les cadres et les dirigeants puissent accomplir leurs tâches professionnelles en mobilité et à distance. Parmi ceux-ci, un rôle spécifique est joué par les dispositifs faisant appel à la communication visiophonique [1].

2Ainsi, les études sur les activités professionnelles se sont-elles focalisées avec des méthodologies variées sur les situations expérimentales et de travail provoquées par l’introduction de différents prototypes et dispositifs visiophoniques. Le présent travail adopte une méthodologie d’observation soutenue par des enregistrements audiovisuels et des transcriptions dans le sillage des WorkPlace Studies et de l’Analyse Conversationnelle. Les échanges enregistrés ont lieu entre équipes de France Télécom Recherche et Développement dans des salles visiophoniques Realmeet.

3L’examen porte sur les moments de dislocation de deux réunions de travail [2]. Les phases de post-clôture représentent des moments peu étudiés dans l’interaction visiophonique, mais elles jouent un rôle très important en ce qui concerne la relation entre la structuration de l’interaction, le travail organisationnel en entreprise et le fonctionnement des technologies. L’insertion de la réunion dans le flux continu des activités ordinaires, quotidiennes et professionnelles provoque à la fois une dispersion de l’attention des participants et la recomposition d’un cadre d’activité partagé. La connexion continue propre à ce type de visiophonie du dispositif Realmeet joue un rôle déterminant dans les trajectoires interprétatives de cette phase des deux réunions. Le présent article examine les ressources nécessaires aux participants pour gérer interactionnellement à la fois la dislocation de la réunion et la reconstitution des espaces distants reliés par le dispositif visiophonique.

4Après une présentation du dispositif Realmeet et des environnements technologiques et organisationnels retenus pour notre étude (section suivante), nous introduirons l’orientation méthodologique fondée sur l’observation détaillée d’enregistrements audiovisuels de réunions supportées par les salles visiophoniques Realmeet. L’Analyse Conversationnelle a examiné des phases et des séquences spécifiques comme celles consacrées aux ouvertures [3] ou aux clôtures [4] ; ainsi que des formes spécialisées de l’interaction professionnelle comme la réunion en présence et à distance. Dans le prolongement de ces travaux, l’Analyse Conversationnelle qui a entre temps élargi son dispositif de recherche à l’enregistrement audiovisuel et son analyse aux aspects visuels de l’interaction a investi le terrain de la visiophonie.

5L’analyse mettra en lumière la structuration d’interactions entre équipes à distance dans des phases finales de réunions, les contraintes mises en place par l’organisation du travail, les potentialités et limites offertes par le soubassement technologique des dispositifs de communication. L’examen de ces périodes de réunion et des divergences interprétatives qui apparaissent en leur sein met au jour les pratiques interactionnelles des participants dans la dynamique de fragmentation et de recomposition des espaces.

Réunions visiophoniques avec le dispositif Realmeet

6Les salles Realmeet supportent les réunions et le travail à distance des équipes de France Télécom Recherche et Développement [5]. Véritables salles de réunion, elles mettent en contact deux sites et deux espaces distants au moyen d’un système audiovisuel sophistiqué et réaliste. Elles sont aménagées de manière à donner l’impression d’une continuité entre les deux salles et mettent « autour de la table » virtuelle les participants au moyen d’images de l’autre site à l’échelle unitaire (voir Image 1).

7Les salles Realmeet proposent en fait une accessibilité immédiate à l’interaction, sans la manipulation d’instruments (boutons, claviers ou téléphones, etc.) qui constitueraient une interface se dressant entre l’homme et la machine [6]. Il en découle pour l’usager potentiel une attente d’interactions visiophoniques qui ne demandent aucun effort. Mais en réalité, pour communiquer et se réunir via la visiophonie un travail interactionnel d’adéquation et d’adaptation des actions produites paraît toujours nécessaire. Si les participants doivent faire appel essentiellement à leur connaissance pratique des mécanismes de l’organisation de l’interaction et de l’activité professionnelle de la réunion, ils doivent aussi s’ajuster aux contingences de l’interaction visiophonique [7].

8Plus particulièrement, dans l’interaction en présence non instrumentée par la visiophonie ou par d’autres prothèses pour la communication à distance, les interactants se trouvent confrontés à plusieurs domaines de participation, signification et activité. Notamment, l’étude de situations professionnelles et domestiques a fait apparaître des pratiques interactionnelles spécifiques, comme dans le cadre de démonstrations publiques de prototype, des simulations [8], des explications portant sur des espaces non disponibles visuellement [9], ou encore de l’explicitation de domaines scientifiques abstraits [10]. Cependant, dans les dispositifs visiophoniques ce travail prend des formes particulières concernant essentiellement la dynamique de la fragmentation des sites et du rétablissement de la conjonction entre espaces distants. Ce processus peut être examiné avec profit au moyen d’une observation détaillée supportée par des enregistrements audiovisuels.

Méthodologie

9Tous les échanges soutenus par la technologie ou en face à face donnent lieu à des formes différenciées d’engagement interactionnel et à des configurations séquentielles spécialisées. Les enregistrements de la première époque de l’Analyse Conversationnelle exclusivement audiophoniques ont mis en évidence un vaste éventail de pratiques interactionnelles. Dans une phase successive, l’extension de l’enregistrement à la modalité audiovisuelle représente une modification fondamentale de cette étape de la recherche. Ce changement a conduit en outre un changement dans l’analyse fondée toujours sur l’examen des processus de production et d’interprétation impliquant des éléments sonores mais concernant aussi les aspects visuels du comportement des participants à l’interaction.

10La visiophonie offre ainsi un terrain privilégié d’étude pour développer les thèmes de recherche traditionnels en Analyse Conversationnelle et pose de nouveaux problèmes concernant les potentialités et les limites interactionnelles de ce type de communication. Les thèmes concernent des objets traités en Analyse Conversationnelle depuis ses origines, comme l’alternance de la parole, la production des tours, la configuration de séries d’interventions de différents locuteurs en séquences. Notamment, l’étude de séquences spécialisées dans l’interaction, comme les ouvertures et les clôtures a produit des résultats remarquables. Les chercheurs ont mis en évidence la portée de ces configurations séquentielles à la fois locale, tour par tour et globale, impliquant l’organisation de l’interaction dans son ensemble. L’arrêt de l’interaction demande en fait une série d’actions et d’éléments conversationnels spécialisés pour arriver progressivement à un silence qui ne demande pas d’intervention d’un prochain locuteur [11]. Cette phase de transition à partir d’un espace partagé, celui de l’interaction en cours, mène vers d’autres activités accomplies individuellement ou impliquant un collectif qui, dans tous les cas de figure ne concernent plus l’interaction actuelle. Ce moment représente la dernière possibilité pour l’un des participants de mentionner et de traiter des thèmes qui autrement pourraient être oubliés, ou d’évoquer des éléments informationnels nécessaires pour les activités à venir. En fait l’arrêt d’une conversation demande une coordination fine et complexe des actions des participants. Elle implique une trajectoire interactionnelle spécialisée [12].

11En fait les dispositifs visiophoniques mettent en communication des individus et leurs espaces de travail, ce qui demande une implication du corps, des gestes et des mouvements des participants, mais aussi le maniement d’objets et d’artefacts. L’implication des participants dans certaines activités est continue (entretien, parole publique), dans d’autres activités, l’engagement peut être discontinu (activités de contrôle, passage de travail coopératif à des tâches individuelles). Les environnements technologisés supportent les deux modalités interactionnelles. Ces problèmes relèvent plus particulièrement de l’enchevêtrement entre les mécanismes conversationnels et les dispositifs technologiques.

Corps, mouvements et artefacts

12Au moyen de l’enregistrement audiovisuel, l’Analyse Conversationnelle a aussi produit un ensemble cumulatif d’observations systématiques sur le rôle du regard, des gestes et plus généralement, du corps en mouvement et en action dans le processus coordonné de production et d’interprétation qui se déploie dans l’interaction [13]. Ainsi, les activités ordinaires ou institutionnelles sont-elles examinées dans cette optique et explorées aussi (et peut-être surtout) dans leurs aspects visuels. La prise en compte de ces éléments dans leurs environnements matériels et technologiques se veut intégrée à l’analyse des autres dimensions du comportement.

13L’intérêt pour l’action produite au moyen non seulement de la parole mais aussi des corps des interactants conduit les chercheurs à focaliser leur attention analytique sur les dimensions visuelles de l’interaction et de l’action dans leur temporalité [14]. Dans cette perspective, le langage, la cognition et l’action doivent être explorés conjointement aux autres dimensions du « parler-en-interaction ». Ces recherches montrent que « les participants eux-mêmes non seulement s’orientent vers des types spécifiques d’événements visuels (comme les états du regard) mais qu’ils les utilisent comme une caractéristique constitutive des activités dans lesquelles ils sont engagés (par exemple en modifiant leur parole de manière observable) [15] ». Ces événements se produisent à la fois dans l’espace et dans le déroulement temporel des activités. Les corps rendent publique l’orientation intentionnelle des participants au moyen du regard et de la posture et de différents types de gestes. C’est pourquoi l’enregistrement vidéo paraît comme un outil essentiel car il met à disposition « ...un accès inédit au comportement humain [16] » et « …une ressource pour l’analyse de l’action « située », tel qu’elle émerge des environnements ordinaires [17] ».

14Les événements visuels pertinents pour l’organisation de l’action et de la situation sont multiples mais utilisés par les participants de manière sélective. Ces événements sont hétérogènes non seulement dans ce qui les rend visibles, mais de manière plus cruciale, dans leur structure. L’organisation de ces éléments, y compris dans leurs possibilités de propagation dans le temps et dans l’espace peut être intimement liée au media utilisé pour les construire. Bien que la structure des images et des documents reste constante dans différents environnements, il ne s’agit pas d’artefacts visuels indépendants pouvant être analysés de manière à les abstraire du processus d’interaction et des pratiques de travail qui les rendent pertinents et dotés de signification [18].

15De plus, les pratiques sociales fondées sur l’organisation de la parole, de la référence, du geste et d’autres phénomènes centraux dans la production de l’action à l’intérieur de l’interaction entre individus se produisent dans « un monde peuplé d’objets pertinents pour les activités professionnelles [19] », tels que par exemple, les documents utilisés dans les environnements de travail. Dans ce sens, le document participe à la structuration matérielle de l’environnement et les artefacts et les technologies jouent un rôle fondamental dans l’accomplissement de l’action, dans le déroulement de l’interaction en cours de réalisation et dans l’apparition progressive de l’intelligibilité des situations. L’étude d’activités documentaires comme la production, l’enregistrement, l’archivage et la recherche d’informations textuelles a été transformée en profondeur par l’impact des changements technologiques dans les organisations [20]. Ces dimensions ont été étudiées tout particulièrement dans les WorkPlace Studies. Les travaux dans ce domaine ont montré non seulement comment des actions singulières et des activités sont produites de manière routinière en relation aux contributions en temps réel des autres, mais aussi que l’usage compétent et descriptible d’un système dans une organisation est inséparable d’un corps local de connaissances et de raisonnements. Cet ensemble de recherches permet d’étudier la production et l’intelligibilité d’actions et activités « technologiquement informées ». Une base pour la compréhension de la technologie et de l’action sociale est ainsi proposée [21].

Engagement et cadres de participation

16Plus spécifiquement, l’étude de l’engagement et des cadres de participation porte à la fois sur l’interaction focalisée caractérisée par l’activité conversationnelle coordonnée et continue de deux ou plusieurs interactants, ainsi que dans les échanges non focalisés marqués par l’absence d’un foyer central d’attention partagée et de formes spécifiques de coprésence. Ce dernier type peut déboucher dans des interactions intermittentes, discontinues ou continues, mais dispersées dans une multiplicité de foyers à portée locale [22]. Les travaux en Analyse Conversationnelle et dans les WorkPlace Studies prennent en compte des activités et des organisations souvent spatialement fragmentées. Ces activités sont fondées sur le recours aux technologies qui permet le travail et la communication à distance et des formes variées de contact, d’interaction, de coprésence ou de traitement de la présence des autres. En effet, dans de nombreux environnements de travail, par exemple dans les centres de contrôle de réseaux de transport, métropolitain ou aérien, les activités professionnelles et communicationnelles n’impliquent ni nécessairement ni obligatoirement des « interactions focalisées », mais plutôt des formes très variables de participation émergente et contingente. Les individus coprésents ou même spatialement dispersés, voire éloignés, participent ainsi plus ou moins, selon les obligations liées aux activités en cours, à la production d’un certain nombre d’activités concurrentes, souvent multiples, concomitantes, interdépendantes et parfois alternées. En fait, la technologisation des environnements de travail rend possible pour les individus et disponible pour les chercheurs grâce à l’enregistrement, des activités solitaires ou interactionnelles mais toujours fondées sur l’usage d’artefacts. Dans ces cas, les tâches professionnelles impliquent des états participationnels qui vont de l’engagement maximal dans une interaction et dans le travail accompli conjointement, à des états de coprésence, de disponibilité, où « les participants restent mutuellement sensibles aux comportements et aux changements de ces comportements à l’intérieur de l’environnement localement distribué [23] ».

17Dans ce sens, les environnements sociotechnologiques actuels ouvrent des perspectives multiples pour les participants dans les différentes activités accomplies dans le même espace ou dans des lieux reliés par la médiation d’un dispositif communicationnel. L’enchâssement du discours et de la parole en interaction dans l’environnement matériel permet, dans une perspective analytique inspirée notamment des WorkPlace Studies [24], de montrer de manière variée et appropriée comment les détails fins de l’interaction sont en relation étroite avec un large éventail d’activités professionnelles. En particulier, l’apparition et le traitement des problèmes concernant une activité coordonnée de travail peuvent être analysés avec succès dans le déroulement temporel des échanges [25].

18Par conséquent, l’analyse vidéo des interactions est une orientation méthodologique consacrée à l’analyse détaillée d’un cas singulier ou de séries de cas. L’analyse commence avec la discussion d’un fragment particulier d’interaction avec le couplage entre enregistrement et transcription [26]. Elle continue ainsi avec l’examen du comportement et du raisonnement pratique qui met en relation des activités spécifiques. L’identification d’un phénomène particulier et la caractérisation de son organisation découle de l’analyse détaillée d’un fragment spécifique de données. L’examen est focalisé sur les orientations mutuelles des participants et leur comportement. L’explication est bâtie sur les procédures et le raisonnement qui informent la production et la reconnaissance d’une activité. L’organisation séquentielle de la parole et de la coordination interactionnelle du comportement verbal, vocal et visuel représente une ressource fondamentale pour le chercheur, dans le dessein d’identifier les orientations partagées des participants et de mettre en lumière les formes organisationnelles des actions et des activités [27].

19Les travaux rappelés dans cette section, seront mis en perspective, avec l’analyse du travail dans les organisations sous la forme spécifique d’interactions professionnelles des réunions, ainsi qu’avec les recherches sur la visiophonie et les contraintes liées à la conception des dispositifs technologiques.

Réunions en présence et à distance

20L’examen des réunions professionnelles en présence permet de développer le questionnement sur la relation entre le déroulement des activités professionnelles et l’organisation de l’interaction [28]. La structuration du temps et de l’espace de la vie de l’entreprise s’effectue en grande partie par le biais de caractéristiques de l’organisation, l’agenda, l’ordre du jour, l’animation et l’ordre des présentations déployées lors des réunions. L’agencement de l’interaction se développe dans des cadres de (multi)participation [29] et dans des activités conversationnelles complexes comme l’argumentation, la négociation et la résolution de problèmes [30].

21La réunion peut être définie comme « une rencontre planifiée, interne ou externe à une organisation dans laquelle les participants ont une perception des rôles [31] (même s’ils ne sont pas garantis) et ont des attentes concernant l’événement (à long ou à court terme) [32]. La réunion a un but ou une « raison », un horaire, un lieu et dans un sens général, une fonction organisationnelle » [33]. En fait, le flux continu de la parole de cette forme d’interaction est situé à l’intérieur du rythme de l’organisation [34] Les contributions conversationnelles représentent alors « les modalités fondamentales de transmission et de transformation des agendas organisationnels, des décisions, des buts projetés et de la structuration des réunions… [35] ». De plus, les entités incomplètes, brouillées et flexibles représentées par les « informations » y font l’objet d’un travail continu de clarification, de nouvelle focalisation, de finition par le biais de la parole en interaction, avant d’être stabilisées. Les décisions sont discutées, arrêtées et diffusées dans un travail continu qui s ’accomplit largement dans les réunions.

22Ces processus peuvent être étudiés efficacement au moyen de l’observation du façonnement par les interlocuteurs des tours de parole et des séquences. L’agencement des interventions constitue en fait l’ossature interactionnelle des réunions. Les participants établissent et abandonnent des focus d’orientation commune, développent et contrôlent les thèmes, constituent les formes de participation et les identités interactionnelles, produisent des contributions et les placent dans le cours de l’interaction, accomplissent des activités typiques (argumentation et discussion) et produisent des décisions [36]. Ils forment ainsi des séquences constituées par des questions ou des requêtes et les réponses correspondantes, des remarques et des suggestions explicites. Ces actions représentent un lieu d’organisation de l’action et de l’activité professionnelle par le biais de l’ajustement entre « les agendas locaux et les buts plus larges » [37]. Le fonctionnement de l’organisation est particulièrement sensible et évident lors de certaines phases interactionnelles, la fin du rappel de l’agenda, la transition avec le premier thème, le passage de la parole au premier locuteur après l’introduction, le retour de l’initiative interactionnelle à l’animateur [38].

23Les réunions en présence représentent en fait un terrain d’observation du fonctionnement des groupes, du processus de circulation de l’information, de la prise de décision et de l’évolution du travail collaboratif. L’analyse des réunions via des dispositifs visiophoniques décline ces mêmes interrogations dans le cadre des potentialités communicationnelles offertes par ces instruments et des contraintes concernant les dimensions de l’interconnexion sonore et visuelle.

24Les travaux sur les réunions outillées par des dispositifs communicationnels audiovisuels s’inscrivent dans le champ générique de l’interaction médiée par la vidéo. Ces recherches sont produites dans différentes disciplines (sciences de la communication, psychologie sociale, sociologie des organisations) et sont supportées par des méthodologies différenciées (expérimentales, par entretien, par observation). En outre, ces enquêtes se déploient dans des environnements différenciés (salles dédiés, desktop videoconferencing ou Media Space). Les terrains examinés se différencient aussi par les types de dispositif mobilisé, de groupe engagé et des tâches accomplies. L’hétérogénéité des résultats soulignée par Meier (1998, p. 2 et suiv.) semble représenter une conséquence inévitable de cette diversité.

25Les travaux sur la visiophonie qui se fondent sur la posture analytique de l’Analyse Conversationnelle ont examiné aussi des dispositifs et des situations multiples, domestiques [39] ou professionnelles [40]. Cependant, les travaux dans ce domaine ont une approche commune. Ils orientent leurs dispositifs de recherche vers une observation directe des situations d’usage et des interactions. Les recherches sont alors supportées par des enregistrements audiovisuels continus. Ils représentent avec la transcription, la base de l’observation directe (supra).

26Cette démarche mène ainsi à la reconsidération de la relation entre organisation générale et situations locales par la prise en compte de focalisations interactionnelles multiples. Les interlocuteurs lors des échanges s’adaptent de manière interactionnellement fine aux espaces mis en relation. Ces ajustements nécessitent plus spécifiquement le recours à des artefacts (ordinateurs, vidéoprojecteurs, téléphones) intégrés ou autonomes par rapport au dispositif visiophonique. La relation entre les technologies et le comportement interactionnel doit de ce fait être examinée dans le déroulement temporel des activités.

27Notamment, le rôle des technologies et les contributions interactionnelles varient selon les différentes phases de l’activité. Les travaux dans ce domaine ont privilégié certaines périodes des réunions, comme la prise de contact, ou le traitement interactionnel des troubles à base technologique. En fait, aussi bien les ouvertures [41] que les perturbations [42] impliquent un rôle important de la connexion visiophonique et en même temps un travail interactionnel spécifique lors de réunions à distance. L’enchevêtrement de l’interaction et de la technologie dans les échanges visiophoniques est particulièrement sensible en ces moments. Néanmoins, d’autres phases doivent être explorées et analysées. La dislocation des réunions offre justement une étape et des phénomènes pas encore traités dans les recherches sur la visiophonie en Analyse de Conversation. Autrement dit, le travail spécifique de préparation et d’ajustement pour signifier aux participants que la réunion touche à sa fin et qu’il faut s’engager dans d’autres activités, différentes de la réunion (infra) semble constituer un moment important et pas encore étudié de l’interaction visiophonique. Dans ce sens, le présent article porte sur le travail interactionnel accompli par les participants lors de la post-clôture de deux réunions par visioconférence, au moment de leur dislocation. L’analyse de ces pratiques conversationnelles met en évidence la flexibilité et le caractère ouvert de la production et de l’interprétation du comportement des interactants, dans la phase spécifique d’extension d’une réunion et dans le cadre plus générale de l’interaction visiophonique en connexion continue.

La post-clôture : dislocation d’une réunion

28Souvent la personne qui a animé la réunion rend public et signifie par une formulation, sous la forme d’un remerciement et/ou par une attitude corporelle, au moyen de l’action de ranger les papiers, que l’on a terminé la réunion à proprement parler. Ces actions ne signifient pas pour autant que les activités interactionnelles cessent de manière immédiate. Un ensemble d’actions transitoires sont accomplies par les participants avant l’abandon de la salle de réunion. Dans cette phase de post-clôture, des multiples foyers d’attention sont ainsi créés. Des actions encore « mentionnables [43] » même si « mal placées » thématiquement [44] peuvent être traitées ; ou encore des activités à venir peuvent être annoncées et faire l’objet d’ajustements et accords. Par conséquent, la fin d’une réunion donne lieu à des activités variées. L’achèvement de l’activité requiert de la part des interlocuteurs des formes diversifiées de participation. Ce qui produit parfois un éparpillement de l’attention des interactants. La multiplication et l’émiettement des centres d’attention rendent parfois difficile pour les participants la reconnaissance de l’arrêt définitif de l’activité commune. Cette phase interactionnelle de frontière peut donner lieu à des ambiguïtés en ce qui concerne le statut des formes de production et de participation et à la reconnaissance du moment précis de l’arrêt définitif de l’activité principale.

29En fait, la connexion continue caractéristique des salles Realmeet n’est pas soumise à la contrainte de la fin de l’appel comme dans le modèle de la conversation téléphonique. Dans ce type de communication, l’usage du dispositif délimite de manière inéluctable l’événement social de l’échange téléphonique par les actions de décrocher et de raccrocher. L’usage de la technologie permet alors de clore ces événements par une frontière qui est à la fois interactionnelle [45] et liée surtout au fonctionnement du dispositif technologique. L’absence de frontière clairement établie rapproche la réunion visiophonique de celle en présence, puisqu’une série d’échanges non focalisés peuvent avoir lieu avant l’arrêt définitif de toute activité commune. Cependant, ces segments interactionnels restent potentiellement à disposition des interactants à distance, via le dispositif. Des ambiguïtés dans le processus de production et d’interprétation peuvent ainsi apparaître.

Rétrospection : transformation des formes conversationnelles

30L’épisode suivant s’est produit au cours d’une réunion dans une salle équipée avec le dispositif Realmeet. L’artefact met en relation deux sites de la même entreprise à Issy les Moulineaux et à Rennes. Lors de la phase finale de la réunion, l’un des participants sur ce dernier site, demande une action supplémentaire qui n’a pas été traitée pendant la clôture de la réunion : « le listage des points d’actions » à venir (Transcription Séquence 1, lignes 3-6).

Transcription Séquence 1

Description de l'image par IA : Texte transcrit avec des dialogues et des indications de personnages. Numéros de ligne, noms de personnages et actions sont présents.
Transcription Séquence 1 1. (l’aparté entre A4 et A5 2. est déjà en cours) 3. ? A1 : {il y avait xxxxx qui 4. proposait de :: de refaire un 5. un listage des points 6. d’action >c’est ça<? 7. BX : (--) >tout à fait< 8 (+inaudible) 9. ? A1 : est-ce que vous pourriez 10. arrêter de parler s’il vous 11. plaît je je (.)on n’entend 12. pas ce qui se passe. 13. (---)} 14. ? (geste d’A3 et interruption 15. de l’aparté) 16. A2 : xxxxx tu veux lister les 17. points d’action ?c’est ça? 18. BX : oui

Transcription Séquence 1

31Les participants sur ce site sont engagés en fait dans des activités diverses, l’un parle au téléphone, d’autres entament une conversation, un autre encore s’est levé de son fauteuil, tout en restant attentif puisqu’il dirige son regard vers l’autre site. En revanche, à Rennes les participants sont tous restés assis à leur place. A1 et A3 sont les seuls participants sur le site d’Issy les Moulineaux qui restent dirigés corporellement vers l’autre site. De plus, A1 n’a pas abandonné son siège et suit attentivement l’activité dans l’autre espace. Il rappelle ainsi la requête précédente de l’un des participants dans l’autre site : « il y avait xxxxxx qui proposait de :: refaire un listage des points d’action >c’est ça<? » (S1, l. 3-6).

32Cette intervention est suivie par une réponse en provenance de l’espace distant, mais les collègues près du locuteur ne la prennent pas en compte. Chaque participant sur le même site continue à vaquer à ses occupations. Notamment, A2 qui entre temps a mis fin à sa conversation téléphonique, procède au rangement de son ordinateur portable, A3 se penche sur la table dans une attitude d’exploration du dispositif [46], A4 et A5 continuent leur conversation.

Image 1

Description de l'image par IA : Image montrant une scène de groupe avec des personnes en discussion, incluant des bulles de texte et des annotations.
Image 1

Image 1

33Une fois reçue la réponse en provenance de Rennes (« (--) >tout à fait<), A1 se rend compte que son intervention précédente (S1, l. 3-6) n’a produit aucun effet sur les formes de participation de ses collègues présents dans le même espace à Issy les Moulineaux. Il change ainsi de posture corporelle. Il se redresse sur la chaise et oriente son regard à côté vers les collègues qui développent leur échange. Sa deuxième intervention s’adresse explicitement à ces participants (posture indiquée par la flèche, dans l’image 2) : « est-ce que vous pourriez arrêter de parler s’il vous plaît je je (.) on n’entend pas ce qui se passe. » (S1, l. 9-12). Dans ce sens, la dimension sonore de l’échange entre les deux participants est traitée comme gênant la reprise potentielle de l’activité principale [47]. La conversation semble être ainsi identifiée comme le seul obstacle au rétablissement d’une activité commune. En revanche, l’observation de l’épisode montre que la dispersion de l’attention a des multiples causes en relation aux activités dans lesquelles les autres participants se sont engagés.

Image 2

Description de l'image par IA : Image montrant une personne en train de parler, avec un texte en bulle à gauche.
Image 2

Image 2

34De manière apparemment paradoxale, l’intervention d’A1 produit un changement de comportement chez les deux autres participants inactifs verbalement, ni directement ni explicitement visés par ses propos (A2 et A3). En fait, les deux collègues changent de posture, A2 s’assied, A3 va vers l’arrière et reste débout face aux écrans. Ils se positionnent face à l’autre site prêts à interagir au moyen du dispositif visiophonique. En revanche, les deux autres participants A4 et A5 visés par A1 ne se sont pas rendu compte de la deuxième requête d’A1 et continuent leur échange. A3 après avoir acquiescé à la demande d’A1 touche le bras d’A4 (geste indiqué par la flèche dans l’image 3) et montre successivement les écrans du dispositif dans la direction de l’autre site. Cette action met fin à l’échange entre les deux participants.

Image 3 [48]

Description de l'image par IA : Table avec quatre écrans, étiquettes A1 à A5.
Image 348

Image 3 [48]

35C’est à ce moment que A2, l’animateur « attitré » qui avait conduit jusque-là l’ensemble de la réunion, s’adresse au collègue qui avait précédemment formulé la première requête : « xxxxx tu veux lister les points d’action ?c’est ça? » (S1, l. 16,17). Ce tour focalise ainsi l’attention de l’ensemble des participants.

36Nous pouvons à ce point de notre description poser un ensemble de points analytiques qui se dégagent de l’exploration de l’épisode. La conversation d’A4 et A5 naît comme une conversation « non contrainte » entre collègues, dans une série d’interactions non focalisées, dans la phase de post-clôture d’une réunion. Ce statut de l’échange semble être clair pour les deux participants. A1 en revanche traite l’interaction en cours comme une source de perturbation de la communication entre les deux sites. L’interprétation du comportement des deux participants (A4 et A5) protagonistes de l’aparté est donc soumise à une (ré)élaboration interactionnelle dans le cadre de la reprise de l’activité principale, la réunion.

37Le pointage d’A1 porte exclusivement sur l’échange entre ces deux collègues, mais il produit les conséquences interactionnelles suivantes qui dépassent largement le traitement d’une conversation latérale et diffuse en fin de réunion comme un aparté gênant dans le cadre d’une activité partagée :

  • il arrête pour les différents participants, l’éparpillement des foyers multiples d’attention cognitive. Par conséquent, le tour d’A1 traite l’interférence entre la tentative de reprendre la réunion et les activités diversifiées qui se sont développées entre temps ;
  • il opère une nouvelle jonction entre les deux espaces distants. En fait, la possibilité offerte par le dispositif visiophonique de mise en relation des deux espaces avait été relâchée par le foisonnement de foyers d’attention cognitive multiples pour les participants sur le site d’Issy les Moulineaux ;
  • il transforme le statut d’une conversation se produisant lors de la dislocation de la réunion en une source de blocage et perturbation de l’activité qui tente se mettre en place : le traitement du « listage des points d’action » à venir ;
  • il met en évidence l’ambiguïté pour les participants des échanges produits dans cette phase de post-clôture de la réunion. En fait, il impose une catégorisation pratique d’A1 sur les actions concertées d’A4 et A5. Dans ce sens, on peut remarquer la divergence profonde dans l’analyse pratique rendue publique dans les actions des participants. A1 traite l’échange « libre » lors de l’extension de la réunion comme un aparté qui entrave l’activité conjointe projetée. Les participants à l’échange ne s’aperçoivent que très tardivement que leur conversation empêche(rait) l’activité principale de reprendre ;
  • il rétablit un état de participation conjointe afin de traiter le thème « mal placé [49] ». Ce « mauvais placement » demande deux tentatives de la part d’A1 afin d’obtenir un travail interactionnel conjoint. L’activité commune est possible seulement après la seconde tentative du même participant.

38L’activité de la réunion qui venait pourtant d’être close reprend avec le « listage des points d’action » à venir. Ces « arrangements » placent la réunion dans une « conversation-in-a-series [50] ». L’indétermination et le caractère ouvert dans l’interprétation de certaines actions dans cette phase spécifique de post-clôture semblent intéresser aussi d’autres réunions menées avec le même dispositif.

Prospection : transformation d’une sélection du prochain locuteur

39Dans une autre réunion soutenue toujours par le dispositif Realmeet, mais reliant cette fois les centres de France Télécom Recherche et Développement d’Issy les Moulineaux et Lannion, des phénomènes interactionnels après la clôture sollicitent aussi notre attention. Un échange se termine entre A1 sur le site d’Issy les Moulineaux et B1 à Lannion [51]. Voici la transcription de second épisode.

Transcription Séquence 2

Description de l'image par IA : Séquence de transcription avec dialogues et indications musicales.
Transcription Séquence 2 1. A2 : °?je ne vais pas le 2. rallumer?° 3. A1 : ??voilà?? 4. (--) 5. ? A2 : que (.)vous allez manger à la 6. ?cantine? 7. (-) 8. ? B1 : ?oui? 9. A1 : (-)on y va ?ensemble? 10. ?ahhhhHHH? 11. B1 : >HaHaHaHa< 12. Gr : hahahahhah (en continu) 13. A2 : oui eh oh on se retrouve 14. ?eh? tu nous attends eh 15. surtout (-) t’y vas pas seule 16. eh

Transcription Séquence 2

40A2 est occupé à clore le poste informatique à disposition dans le dispositif visiophonique, sous la forme de « tablettes », d’écrans accessibles dans la structure de la table de la salle. En fait, il murmure avec un volume bas et un rythme assez lent « °?je ne vais pas le rallumer?° » (Transcription Séquence 2, lignes 1,2). L’énoncé n’est manifestement adressé à aucun des autres participants, il rend public l’état de l’engagement de la personne vis à vis de l’activité accomplie de manière individuelle avec l’usage de la dimension informatique du dispositif (Goffman, 1987). L’intervention est produite au même moment qu’un autre énoncé produit sur le site d’Issy les Moulineaux par A1, mais non lié séquentiellement à l’intervention d’A2 : « voilà » (S2, l. 3). Ici cette expression caractéristique des activités de clôture et « thématiquement vide » (Schegloff et Sacks, 1973) participe à l’arrêt d’une courte conversation entre B1 et A1 dans le cadre des activités fragmentées de post-clôture de la réunion.

Image 4

Description de l'image par IA : Image montre une scène avec des textes "JT vaillamment" et "Tête de vaux pas le taliummer".
Image 4

Image 4

41L’énoncé suivant produit par le même locuteur (A2) contraste avec l’intervention précédente du même locuteur : « que vous allez manger à la ?cantine? » (S2, l. 5,6). La différence porte sur l’intonation, le rythme, le volume, aussi bien que sur le terme d’adresse (« vous ») et sur la forme de l’énoncé, une question sur une activité qui va suivre immédiatement la réunion. Néanmoins, malgré ces différences, le locuteur garde exactement la même posture corporelle que lors de son énoncé précédent. Il est assis, son regard est dirigé vers le bas et son corps est toujours orienté vers l’autre site (posture indiquée par la flèche, image 5).

42La proximité spatiale fait des collègues présents dans le même espace les premiers interactants en mesure de répondre. Ils sont ainsi sélectionnés par l’activité « aller à la cantine » [52]. En revanche et contre toute attente, c’est l’interlocutrice B1 qui répond « oui » après l’instant de silence qui a suivi la question. La dimension « incongrue » de la réponse de B1 n’a pas échappé à A1 qui enchaîne immédiatement après la réponse de B1 : « (-)on y va ?ensemble? » (S2, l. 9,10) suivi à la fois d’une interjection « ?ahhhhHHH? » (S2, l. 10) et d’un geste (elle se tape sur le front, mouvement indiqué par la flèche, image 6). Ce qui montre à la fois l’orientation sur le moment comique et la distanciation vis à vis de l’échange. C’est à ce moment que l’ensemble des participants produit une phase coordonnée de rires, avec des commentaires de la part d’A1 et A2 (S2, l. 11,12).

Image 5

Description de l'image par IA : Image montre une scène avec des textes "SUE", "VOUS", "ZILLE", "RANGER", "APPELEZ", et "APULA".
Image 5

Image 5

Image 6

Description de l'image par IA : Image montre un laboratoire avec des équipements scientifiques et des étiquettes A1, B1, A2.
Image 6

Image 6

43Or, plusieurs aspects semblent contribuer à la fois à l’ambiguïté quant aux destinataires de la question, à l’autosélection de l’interlocutrice distante et à l’effet comique qui suit la réponse. Le locuteur qui produit la question a changé de format de participation, mais il est resté toujours engagé avec l’outil informatique et corporellement orienté vers l’interlocutrice sur l’autre site (image 5). Il existe donc une forme de « directionnalité » de la sélection du prochain locuteur qui semble être d’une certaine manière en jeu [53]. Cette caractéristique est probablement amplifiée par la posture de B1 qui tout en fermant son portable regarde dans la direction d’A2. Les deux constituent ainsi un axe interactionnel qui traverse les deux espaces (voir flèche dans l’image 5). De plus, le locuteur A2 à l’origine de la question est habituellement à Lannion, mais il se trouve en déplacement à Issy les Moulineaux. Il a convenu à la fin de la réunion qui vient de s’achever, d’un rendez-vous téléphonique avec B1 plus tard, dans le courant de l’après-midi. Donc la question aurait pu porter sur un aspect de l’emploi du temps du midi et de l’après-midi de B1.

44Au-delà de la différence d’activités produites dans les deux épisodes, il apparaît à l’examen qu’un certain nombre de points offrent une ressemblance formelle avec l’extrait précédent. En fait dans ce second épisode, la question posée par A2 accomplit un certain nombre d’activités :

  • elle arrête comme dans l’épisode précédent le foisonnement de foyers d’attention cognitive des différents participants. Par conséquent, le tour d’A2 et la réponse de B1 focalisent l’ensemble des participants occupés à des activités multiples, sur le traitement des conséquences séquentielles de la réponse à la question posée par A2. Plus particulièrement la réponse de B1 interfère et se superpose sur la réponse projetée par la question d’A2. L’imposition de la prise de parole de B1 sur les répondeurs potentiels (les collègues sur le site d’Issy les Moulineaux) met en place la source d’une séquence conjointe de rire ;
  • elle opère une nouvelle jonction de fait entre les deux espaces distants.
    Ici aussi la possibilité offerte par le dispositif visiophonique de mise en relation des deux espaces avait été relâchée, par le foisonnement de foyers d’attention cognitive éparpillés ;
  • elle transforme le statut d’une action. Ici la mutation s’effectue sur un tour se produisant lors de la dislocation de la réunion. Plus exactement le changement porte d’abord sur sa projection de sélection du prochain locuteur. Manifestement la question était adressée aux personnes présentes sur le site et la réponse a été fournie par la personne en liaison à distance. Le « vous » dans les deux cas peut impliquer le groupe à Issy mais aussi un groupe à Lannion, bien que l’interlocutrice soit seule à ce moment précis devant l’écran visiophonique [54]. En fait, l’activité « d’aller à la cantine » est considérée une activité collective qui s’accomplit dans un lieu spécifique ;
  • elle met en évidence comme dans la première séquence, l’ambiguïté pour les participants des échanges produits dans cette phase de post-clôture de la réunion. En fait, il impose une catégorisation pratique de B1 sur la projection d’action d’A1 concernant la sélection du prochain locuteur. Dans ce sens, on peut remarquer la divergence profonde dans l’analyse pratique rendue publique dans les actions des participants sur le destinataire de la question. Plus généralement, B1 pointe le caractère profondément ambigu des échanges lors des extensions de réunion ;
  • elle rétablit un état de participation conjointe dont l’objet est le traitement des conséquences séquentielles de la substitution du répondeur attendu par un autre répondeur. Le traitement se manifeste ici par le rire collectif coordonné.

45Les deux épisodes présentent néanmoins des différences. Dans la séquence que nous venons de présenter (S2) l’action accomplie qui déclenche la séquence est une question sur une activité à venir dans l’immédiat de la chronologie de la journée. L’orientation est par conséquent résolument prospective. Dans la première séquence (S1) en revanche le traitement d’un élément « oublié » lors de la réunion qui implique aussi l’histoire à venir du laboratoire conduit l’un des participants à focaliser l’attention sur une activité conversationnelle « parallèle » en cours, l’aparté. Dans ce sens, ce traitement est à la fois rétrospectif (concernant l’élément oublié) et prospectif (engageant les tâches à venir pour le laboratoire).

Fragmentation et nouvelle conjonction interactionnelle des espaces

46La prise en compte par les interlocuteurs de plusieurs domaines de participation, signification et activité est probablement plus sensible dans ces phases de frontière d’activité, la post-clôture de la réunion [55]. En fait, le travail de cadrage et de formalisation qui caractérise le corps des réunions se relâche, voire s’estompe dans les extensions interactionnelles de ces événements. Nous avons montré dans le présent texte la ressemblance formelle entre les deux épisodes examinés. En fait dans les deux cas, les actions conversationnelles agissent sur la fragmentation spatiale en cours et rétablissent la conjonction pratique des deux espaces. Le résultat du travail interactionnel des participants porte dans les deux cas sur l’opération (réussie) de rétablissement de la jonction entre les deux espaces. Ils avaient été fragmentés par les activités multifocalisées des participants dans la phase de dislocation de la réunion. Ils sont à nouveau réunis grâce au travail interactionnel des participants :

  • dans le premier, le travail interactionnel vise à réamorcer l’activité principale, la réunion momentanément interrompue ;
  • dans le second, la projection d’une activité à venir rétablit une activité participative commune, au moyen de l’hyperréalisme du dispositif [56].

47L’ensemble des interlocuteurs se rallie ainsi à cette nouvelle centration sur un foyer commun d’activité et d’interaction.

48Les résultats des analyses développées dans le présent article concernent différents aspects de l’étude des réunions. D’abord, dans les phases de post-clôture un intense travail interactionnel a pour objet la continuation des activités quotidiennes ordinaires, (« aller à la cantine, S2) ou organisationnelles (« lister les points d’action », S1). Les réunions demandent ainsi une coda d’ajustements et de réglages. Ces actions montrent que les réunions qu’elles soient en présence ou à distance, se placent dans un flux continu d’événements. Dans ce sens, l’étude des différentes phases des réunions permet de mettre en lumière l’imbrication entre le travail organisationnel et l’organisation interactionnelle.

49Ensuite, les zones de transitions entre différentes activités produisent des cadres de production et d’interprétation relativement flexibles. Des traitements concurrents des actions conversationnelles peuvent ainsi apparaître puisque le maintien (quand il est souhaité) d’un foyer d’attention unique est ardu lors de la dislocation d’une réunion. Néanmoins, l’examen de ces épisodes montre que les participants mobilisent des ressources pour rétablir des activités communes. Ces différentes configurations d’actions sont mobilisées ici par les interlocuteurs au service d’un même objectif, le rétablissement d’un engagement commun en présence et à distance. Ces résultats observationnels contribuent à la connaissance développée en Analyse Conversationnelle des formes séquentielles variées que la post-clôture peut prendre.

50Enfin, la démarche développée ici met en lumière le rôle joué par le soubassement technologique dans l’établissement des configurations séquentielles ainsi que dans les actions et dans leurs interprétations produites par les participants. Les épisodes examinés montrent la similitude que la connexion continue permet d’établir avec les réunions en présence. En fait, si les disjonctions restent toujours possibles entre les espaces mis en relation par le dispositif de communication, la post-clôture d’une réunion visiophonique s’apparente à l’abandon progressif d’une salle de réunions présentielle classique. Cette caractéristique technologique concernant la connexion est particulièrement sensible dans le comportement des participants pendant cette phase apparemment non centrale dans la réunion [57].

51Par conséquent, notre travail offre une méthodologie, une direction de recherche et des résultats au cadre général de l’étude de l’interaction visiophonique. L’enregistrement audiovisuel en continu met en place une base observationnelle pour explorer l’interrelation entre la structuration de l’interaction, le travail organisationnel et le soubassement technologique de la visiophonie. La posture analytique déployée ici permet ainsi de traiter la relation entre le rôle du dispositif technologique et le comportement des individus dans des situations de travail.


Annexe

52Conventions de transcription[58]

53Passage de la parole

54[/{ pour différencier : chevauchements v/s conversations en parallèle

55Production du tour

56(--) Les intervalles à l’intérieur et entre les énoncés (tirets en fonction de la longueur)

57(.) courte pause

58:: extension de son (points en fonction de la longueur)

59? Volume montant

60? Volume descendant

61?le mien? Intonation montante

62?le mien? Intonation descendante

63, Des virgules entre les lettres pour les sigles

64H Grand rire audible (aussi dans un mot)

65h petit rire audible (aussi dans un mot)

66ha, he, hi rire

67Signes de ponctuation pour des phénomènes moins marqués que pour l’utilisation des flèches :

68? Un point d’interrogation indique une inflexion croissante et pas obligatoirement une question

69?, Un point d’interrogation combiné à une virgule désigne une intonation croissante mais plus faible que celle signalée par le point d’interrogation

70>le mien< Rythme plus rapide que la conversation en cours

71Autres phénomènes

72((toux)) description d’un phénomène auquel le transcripteur ne souhaite s’attaquer

73(inaudible + hypothèse) Les incertitudes du transcripteur

74? Les lignes de transcription où le phénomène concerné survient sont fréquemment indiquées par des flèches dans la marge de gauche, dans une colonne spécialisée.

RÉFÉRENCES

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Date de mise en ligne : 11/11/2007

https://doi.org/10.3917/res.144.0025