« Esprit japonais » et prémices du multiculturalisme. Le Japon et l’Organisation de coopération intellectuelle dans l’entre-deux-guerres
- Par Lauriane Millet
Pages 31 à 44
Citer cet article
- MILLET, Lauriane,
- Millet, Lauriane.
- Millet, L.
https://doi.org/10.3917/ri.162.0031
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- Millet, L.
- Millet, Lauriane.
- MILLET, Lauriane,
https://doi.org/10.3917/ri.162.0031
Notes
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[1]
« Japan is more than herself. She is Asia and Europe in one », in Inazô Nitobe (dir.), Western Influences in Modern Japan, Chicago, The University of Chicago Press, 1931, p. 573.
-
[2]
Samuel Huntington, Le Choc des civilisations, Paris, Odile Jacob. 1997, p. 43.
-
[3]
Sur le Japon « mystérieux », par exemple : Alan Mac Farlane, Énigmatique Japon : une enquête étonnée et savante, Paris, Autrement, 2009 ; Philippe Pelletier, La Fascination du Japon : Idées reçues sur l’archipel japonais, Paris, Le cavalier bleu, 2012. Sur la séduction exercée par le Japon, par exemple : Rémi Scoccimarro, « Cool Japan », in Rémi Scoccimarro, Le Japon. Renouveau d’une puissance ?, Documentation photographique, La documentation Française, Dossier n° 8076, juillet-août 2010, pp. 60-61.
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[4]
Le soft power, pouvoir par la culture, s’oppose au hard power, pouvoir par les armes et l’économie. Ces notions sont empruntées à Joseph S. Nye, « Soft Power », Foreign Policy, n° 80, automne 1990.
-
[5]
Pour une définition du nationalisme et de l’internationalisme : Raymond Williams, « Nationalist », in Raymond Williams, Keywords – A Vocabulary of Culture and Society, New York, Oxford University Press, 1985, pp. 213-214.
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[6]
« Extraits du rapport de M. de Reynold sur les travaux de la XXe session plénière de CICI », La Coopération intellectuelle, Bulletin de l’IICI, 1938, pp. 436-441.
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[7]
Jean-Jacques Renoliet, L’Unesco oubliée. La Société des Nations et la Coopération intellectuelle (1919-1946), Paris, Publications de la Sorbonne, 1999.
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[8]
Le présent article, fondé sur des sources françaises, anglophones et japonaises, résume un mémoire de Master 2 intitulé Esprit japonais et prémices du multiculturalisme – le Japon au sein de l’Organisation de coopération intellectuelle dans l’entre-deux-guerres. Ce mémoire, réalisé sous la direction d’Hugues Tertrais et soutenu en juin 2013 à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, a obtenu le prix Jean-Baptiste Duroselle sanctionnant le meilleur mémoire d’histoire des relations internationales de l’année 2014.
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[9]
Unesco, IICI, BOX II, A.I.125, lettre de Junzô Satô à Henri Bonnet, 3 mars 1936.
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[10]
Ibid., lettre de Satô à Bonnet, septembre 1939.
-
[11]
Sur Inazô Nitobe, notamment : Thomas W. Burkman, « The Geneva Spirit », in John F. Howes (dir.), Nitobe Inazô: Japan’s Bridge Across the Pacific, Boulder, Westview Press, 1995, pp. 177-214 ; Thomas W. Burkman, « Nationalists actors in the Internationalist Theatre », in Dick Stegewerns, Nationalism and Internationalism in Imperial Japan, Philadephie, Taylor & Francis, 2003, pp. 89-112. Inazô Nitobe, Le Bushido, l’âme du Japon, traduction française de Charles Jacob, préface d’André Bellessort, Paris, Payot, 1927 [1re éd. 1898, en anglais].
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[12]
Une abondante correspondance entre Nitobe et l’IICI est disponible dans les archives de l’Unesco : Unesco, IICI, A.I.38, correspondance avec le sous-secrétaire général de la SDN. Pour se faire une idée plus précise de la pensée de Nitobe : Inazô Nitobe, The Works of Inazo Nitobe, Tokyo, University of Tokyo Press, 1972.
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[13]
「文物輸入を昔語りに國法の海外進出」(« Après l’importation de la civilisation, exportation du droit japonais à l’étranger »), Asahi Shimbum, 4 mars 1931. Base de données numériques Asahi Kikuzo II Visual (http://database.asahi.com/library2e/).
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[14]
Dès 1885, avant même l’introduction de la méthode Hepburn (méthode de romanisation des caractères) en 1887, Aikitsu Tanakadate invente un nouveau système pour latiniser les caractères japonais, appelé « méthode ou manière japonaise » (日本式 nipponshiki). Selon Encyclopédie des caractères japonais (事典 日本の文字), Taishukan Shoten, 1985, p. 184.
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[15]
La Coopération internationale, Bulletin de l’IICI, 1931, p. 66.
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[16]
Archives du ministère des Affaires étrangères, La Courneuve (ci-après : AMAE-la Courneuve), SDN, 2144, « Bureau du Japon à la SDN, 9 rue La Pérouse », Paris, 24 janvier 1925.
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[17]
AMAE-La Courneuve, DAPC, E. 62. 2, rapport « France-Japon n° 8 (1918-1922) », du député de la Cochinchine, Ernest Outrey, 16 août 1919 : « J’ai été frappé, pendant mon séjour au Japon, de l’activité déployée pour rendre à la France, dans le domaine intellectuel, la place qu’elle aurait toujours dû conserver. »
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[18]
Ibid., de l’ambassadeur de France au Japon, Edmond Bapst, au ministre des Affaires étrangères G. Leygues, Tôkyô, 23 décembre 1920.
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[19]
AMAE-La Courneuve, DAPC, E.57, dossier A.60bis 1918-1922, Japon, 1, article d’Ernest Outrey, « L’Ambassade de France au Japon », 19 janvier 1921, p. 84.
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[20]
AMAE-La Courneuve, DAPC, E.62. 2, tél. de Paul Claudel, Tôkyô, 18 mars 1922.
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[21]
Pour comprendre le point de vue nippon : Georges Bonneau, Japon et Mandchourie, Paris, Vanier, 1932.
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[22]
AMAE-La Courneuve, DAPC, Japon – Instruction publique (1930-1940), dépêche de Martel, ambassadeur de France au Japon, à Briand, ministre des Affaires étrangères, Tokyo, 30 septembre 1930.
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[23]
Idem.
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[24]
Kosaku Yoshino, Cultural Nationalism in Contemporary Japan: A Sociological Enquiry, New York, Routledge, 1992, p. 11.
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[25]
Naojirô Sugiyama, « Les relations intellectuelles entre le Japon et la France : leur origine, leur état actuel et leurs perspectives d’avenir », Culture franco-japonaise, n° 5, 1933 (en japonais), article repris en français dans Naojirô Sugiyama, Ma mission en France 1934, conférences et allocutions, Tokyo, La Maison franco-japonaise, 1934, pp. 136-137.
-
[26]
Sang Mi Park, « Wartime Japan’s cultural diplomacy and the establishment of culture bureaus », WIAS (Waseda Institute for Advanced Study), Discussion Paper, n° 2008-009, 2009. En ligne : http://www.waseda.jp/wias/achievement/dp/pdf/dp2008009.pdf, site consulté le 20 mars 2012, p. 9.
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[27]
AMAE-La Courneuve, DPAC, Japon – Instruction publique (1930 -1940), brochure The Society for International Cultural Relations: its Prospectus and Scheme, Tokyo, avril 1934, jointe à une dépêche de La Morandière, directeur de la Maison franco-japonaise, à Fernand Pila, ambassadeur de France au Japon, 9 mai 1934.
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[28]
Ibid., dépêche de Martel, ambassadeur de France au Japon, à Briand, ministre des Affaires étrangères, Tokyo, 30 septembre 1930.
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[29]
Selon les archives du ministère des Affaires étrangères japonais, cité dans Takashi Saikawa, 「国際文化交流のナショナリズム―戦前期日本における「学芸協力」事業を中心に―」, « Nationalisme des échanges culturels internationaux : le cas de la Coopération intellectuelle du Japon avec la SDN », Jisedai Ajia Ronshû (Journal of Next Generation Asia Forum), n° 1 (2008), pp. 11-30, p. 24.
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[30]
AMAE-La Courneuve, DPAC, Japon – instruction publique (1930-1940), de La Morandière, directeur de la Maison franco-japonaise, à Fernand Pila, ambassadeur de France au Japon, 9 mai 1934.
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[31]
Sang Mi Park, op. cit., p. 13.
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[32]
Philippe Pelletier, L’Extrême-Orient – L’invention d’une histoire et d’une géographie, Paris, Gallimard, 2011, pp. 536-537.
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[33]
Thomas W. Burkman, Japan and the League of Nations – Empire and World Order 1914-1938, Honolulu, University of Hawaï Press, 2008, p. 201.
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[34]
AMAE-La Courneuve, Œuvres Françaises à l’Étranger, 401, tél. de Fernand Pila au ministre des Affaires étrangères, Tokyo, 7 novembre 1934.
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[35]
La Coopération intellectuelle, Bulletin de l’IICI, 1934, p. 499.
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[36]
Pour une étude prosoprographique, voir mon mémoire de Master 2, op. cit., pp. 157-170.
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[37]
Par ordre chronologique : Tsuguharu Fujita, Haïkaï de Bashô et de ses disciples, traduction de K. Matsuo et Steinilber-Oberlin, Paris, IICI, 1936 ; Masaharu Anesaki, L’Art, la vie et la nature au Japon, Paris, IICI, 1938 ; Sôseki Natsume , Kokoro (Le pauvre Coeur des Hommes), traduit par Daigaku Horiguchi et Georges Bonneau, Paris, IICI, 1939.
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[38]
Jean-Jacques Mayoux (dir.), L’Institut International de Coopération Intellectuelle, 1925-1946, Paris, IICI, 1947, pp. 438-439.
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[39]
Par exemple, Chloé Maurel, Histoire de l’Unesco : les trente premières années, 1945-1974, Paris, L’Harmattan, 2010, p. 20.
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[40]
Alfred Zimmern, Prospects of Civilization, Oxford, Clarendon Press, 1939, p. 13, cité dans Daniel Laqua, « Transnational intellectual cooperation, the League of Nations, and the problem of order », Journal of Global History, n° 6, 2011, pp. 223-247.
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[41]
Le Déclin de l’Occident, esquisse d’une morphologie de l’histoire universelle d’Oswald Spengler (1931) a eu un grand retentissement au Japon. Il est d’ailleurs cité dans une publication de la KBS : Kaji Ryuichi, Le Japon : comment s’est formée sa civilisation moderne ?, Tokyo, KBS, 1939.
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[42]
Correspondance 4. Civilisations : Orient-Occident, Génie du nord-latinité, Paris, IICI, 1935 ; Chloé Maurel, op. cit., p. 241.
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[43]
« Extrait du rapport de M. de Reynold sur les travaux de la XXe session plénière de la CICI », Bulletin de la coopération intellectuelle, Paris, IICI, 1938-1939 (n° 85 à 102), p. 439.
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[44]
Juliette Dumont, « L’identité latino-américaine à la SDN : entre espoirs et désillusions », communication présentée dans le cadre du colloque international L’Amérique latine et la Genève internationale dans l’entre-deux-guerres : les débuts d’une intégration régionale et internationale, organisé à Genève par Yannick Werhli et Aline Helg, les 28 et 29 octobre 2011. En ligne : http://hal.inria.fr/docs/00/67/22/77/PDF/L_identitA_latino-amA_ricaine_A_la_SDN.pdf, site consulté le 12 mai 2013.
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[45]
Douze volumes paraissent entre 1930 et 1939. Unesco, IICI, F.XV.3, compte-rendu de la première réunion préparatoire, 28 novembre 1935 : « C’est la collection ibéro-américaine qui a suggéré l’idée de publier une collection de chefs d’œuvre japonais. »
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[46]
Pour les références, note 37.
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[47]
Unesco, IICI, F.XV.2, lettre de Bonnet à Mitani, conseiller à l’ambassade et délégué d’État du Japon, 23 mars 1936.
-
[48]
Thomas W. Burkman, op. cit., p. 197.
-
[49]
Archives de la SDN, Genève, R 4044, correspondance 2 août 1937-27 juillet 1938, cité dans Jean-Jacques Renoliet, op. cit., p. 122.
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[50]
« Massacres dans le Pacifique », entretien avec Jean-Louis Margolin, L’Histoire, n° 333, juillet-août 2008.
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[51]
Le Destin prochain des Lettres, Entretiens de Paris, 20-24 juillet 1937, Paris, Institut international de coopération intellectuelle, 1938.
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[52]
Ces trois articles sont : « Contribution de la culture japonaise au monde » de Kiyoshi Hiraizumi ; « Coopération intellectuelle et échange mutuel de caractéristiques entre les cultures nationales » de Shinji Nishimura ; « Les caractéristiques de la civilisation japonaise » de Nyozekan Hasegawa, in Intellectual cooperation and the mutual knowledge of national cultural genius, Tokyo, National Committee of Japan on Intellectual Co-operation, 1937.
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[53]
Thomas W. Burkman, op. cit., pp. 207-208.
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[54]
Le Japon est l’un des quinze signataires, le 27 août 1928, du pacte Briand-Kellogg ou Pacte de Paris qui condamne le recours à la guerre même en cas d’« auto-défense ». Ce pacte est invoqué en 1931 et en 1937. Selon Chitoshi Yanaga, Japan since Perry, New York, Mc Graw Hill, 1949, p. 449.
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[55]
Ibid., p. 552.
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[56]
La Coopération intellectuelle, Bulletin de l’IICI, Paris, 1938/1939 (n° 85 à 102), p. 65.
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[57]
Idem.
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[58]
Unesco, IICI, A. III. 13, lettre de Kabayama à Bonnet, 21 février 1939.
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[59]
La Coopération intellectuelle, Bulletin de l’IICI, Paris, 1938/1939 (n° 85 à 102), pp. 461-476.
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[60]
Thomas W. Burkman, op. cit., p. 209.
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[61]
De nombreux livres traitant de la particularité japonaise sont publiés après la guerre. Par exemple, ceux d’Iizuka Kôji, The Mental Climate of Japan (1952) et de Minami Hiroshi, The Psychology of the Japanese (1953).
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[62]
Kosaku Yoshino, op. cit., p. 12.
« Le Japon est plus que lui-même.
Il est l’Asie et l’Europe en un [1]. »
1 Le Japon : une civilisation à part [2] ? Souvent qualifié de pays mystérieux ou à l’envers des autres, le Japon intrigue tout en faisant des émules à travers le monde entier [3]. Mais où se terrent les racines de cette antienne d’un Japon dont la civilisation serait à part, et surtout quel est le rôle du gouvernement japonais dans cette représentation de la culture nippone ?
2 Il serait tentant de voir les premières manifestations du soft power nippon dans le japonisme de la fin du xixesiècle [4]. Toutefois l’intérêt occidental ne résulte pas à l’époque d’une volonté japonaise. En réalité, la mise en place consciente de son soft power par le Japon trouve ses origines dans les suites de la Première Guerre mondiale. Avec son nouveau rang de grande puissance, jusque-là réservé aux nations occidentales, il obtient un siège permanent à la Société des Nations (SDN) lui permettant d’y faire réellement résonner la voix asiatique, alors que l’Inde ou la Chine doivent se contenter de sièges de membres non-permanents. Cependant, la déception est grande lorsqu’à la Conférence de la Paix en 1919 à Versailles, les Occidentaux refusent d’inscrire dans la charte de la SDN le principe d’égalité des races proposé par la délégation nippone ou lorsque, cinq ans plus tard, en 1924, les États-Unis promulguent l’Asian Exclusion Act qui vise à endiguer l’immigration japonaise en Californie. Dès lors, à l’instar des études nationales (kokugaku) mises en place à l’époque d’Edo (1600-1868) pour se démarquer de celles, prédominantes, de la Chine, les Japonais formalisent à nouveau ce qui serait la spécificité culturelle japonaise et utilisent tour à tour des rhétoriques nationalistes (le nipponisme), régionales (l’asiatisme) ou encore mondiales (l’universalisme) afin de prendre le contre-pied de ce qu’ils perçoivent comme un fort mépris occidental.
3 Au cours de l’entre-deux-guerres, différents termes sont employés, selon l’appartenance idéologique, pour qualifier le particularisme japonais : « harmonie japonaise », « nippon seishin » (« esprit japonais »), « nipponteki-na seikaku » (« caractère japonais ») ou encore « particularité », « spécificité japonaise ». Toutefois, si les termes sont divers, l’idée sous-jacente reste la même : affirmer l’originalité, voire la supériorité du peuple nippon grâce à une langue et une culture uniques, le rendant moralement supérieur, le plus apte à jouer un rôle de meneur, surtout en Asie qui serait aux prises avec l’impérialisme occidental, et lui conférant une aura mystérieuse, impénétrable aux étrangers. Par commodité, et parce qu’en anglais les intellectuels japonais utilisent souvent l’expression de « japanese spirit », nous emploierons les termes d’« esprit japonais » (« nippon seishin »).
4 Cette redéfinition culturelle n’a de sens qu’à l’aune d’un contexte international obligeant le Japon à justifier de ce qu’il est ainsi que de ses politiques. Si les termes de nationalisme et d’internationalisme ne sont pas en eux-mêmes antagonistes, le second indiquant les différentes relations entre les nations, ils viennent à s’opposer lorsque l’intérêt égoïste de la nation l’emporte sur le bien commun général [5]. Ainsi, lorsque la crise économique atteint son paroxysme dans les années 1930, l’armée japonaise, postée dans le Kwantung (ou Guangdong), au nord-est de la Chine, pense-t-elle trouver la solution dans la conquête de la Mandchourie, transformant le nationalisme bénin des années 1920 en un nationalisme agressif et, de fait, incompatible avec l’internationalisme. De même, la volonté d’universalisme des années 1920, qui avait pour seul but d’obtenir une place sur une scène internationale encore très européo-centrée, devient dans les années 1930 un prétexte pour pousser toujours davantage l’expansion en Chine. La réprobation occidentale incite alors le Japon à revoir ses ambitions à la baisse et à se tourner vers le régionalisme, se revendiquant dès lors comme le meneur d’une Asie qu’il faudrait délivrer des griffes occidentales.
5 Cette démarche ontologique se dessine très clairement à travers l’attitude japonaise au sein de la SDN, et plus particulièrement au sein de sa branche culturelle : l’Organisation de coopération intellectuelle (OCI). L’OCI, qui s’organise selon l’entité « nation », permet, en effet, à la fois de refléter les bouleversements autour de l’identité japonaise tout en étant le réceptacle de la première expérience du Japon d’un dialogue multiculturel et multinational. Instaurée en 1921, l’Organisation de coopération intellectuelle répond au traumatisme de la Première Guerre mondiale ; elle a pour objet de servir la vie intellectuelle et de respecter la « diversité, l’originalité, de toutes les formes de culture et de tous les aspects de la civilisation », dans un but suprême d’universalité et de paix [6]. Aidée de commissions nationales qui lui servent de relais dans chaque pays, l’OCI inclut deux organes principaux. Le premier, la Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI), comprend une douzaine de membres qui se réunissent en Assemblée à Genève et prennent les décisions concernant la coopération intellectuelle. Le deuxième, l’Institut international de coopération intellectuelle (IICI), inauguré en 1926 à Paris, est l’organe exécutif de l’OCI. L’IICI s’occupe de la révision des manuels scolaires, des échanges universitaires internationaux, du problème du droit d’auteur, de la traduction d’œuvres littéraires, de la coordination des bibliothèques et des archives, des musées, etc. Il permet aussi aux intellectuels de divers pays de s’entretenir sur des thèmes aussi variés que le désarmement moral ou l’avenir des lettres. Ainsi est-il le principal outil d’action de l’OCI et peut-il être considéré à de nombreux égards comme l’ancêtre de l’Unesco [7]. Enfin, en 1928, l’OCI atteint sa forme finale avec la création de l’Institut international du cinématographe éducatif, dont le siège est en Italie. Notre propos ne s’intéresse pas à ce dernier organe mais s’articule autour de la CICI, de l’IICI et du comité national japonais.
6 L’objet de cet article est multiple [8]. Il est tout d’abord d’exposer les représentations de chacun, Japonais et Occidentaux, au sein de l’OCI, et de montrer comment la présence japonaise, entre autres, encourage cette organisation dans la voie du multiculturalisme et de l’apolitisme. Il est également d’examiner cette quête identitaire japonaise qui semble trouver ses racines dans un complexe œdipien : celui d’avoir une mère Asie qu’il faut sauver des griffes d’un père Occident jalousé, avec, pour instrument, la diplomatie culturelle. Celle-ci, tout d’abord sous-estimée, se transforme en véritable arme de propagande après le retrait du Japon de la SDN, en mars 1933. Paradoxe du Japon qui, alors même qu’il s’enferme dans le militarisme, voit la naissance de son soft power, encore à l’œuvre aujourd’hui.
Le japon au sein de l’OCI
7 Lorsque l’Organisation de coopération intellectuelle est instituée, celle- ci ne compte pas de membre japonais. En effet, ce n’est qu’en 1926 que s’instaure un comité (ou commission) national(le) japonais(e) (CNJ) et seulement l’année suivante qu’un membre permanent japonais prend place au sein de la Commission internationale de coopération intellectuelle. Aikitsu Tanakadate remplit cette fonction de 1927 à 1934, puis Masaharu Anesaki lui succède jusqu’en 1939. En ce qui concerne la présence d’un délégué d’État à l’Institut international de coopération intellectuelle, il faut attendre la nomination de Takanobu (dont les caractères peuvent également se lire Ryûshin) Mitani en 1936 [9]. Quant à l’année 1939, elle sonne le glas des relations entre le Japon et l’OCI : Anesaki quitte la CICI, le CNJ est dissous, et le dernier membre japonais de l’IICI, Junzô Satô, démissionne en septembre 1939 du fait de l’entrée en guerre de l’Europe [10].
D’une présence officieuse à la création du comité national japonais
8 Même si le Japon n’a pas de représentant officiel à la CICI, le Japon y occupe une place prépondérante dès sa constitution par le truchement du sous-secrétaire général de la SDN, Inazô Nitobe (prononcé « Nitobé »), professeur à l’Université impériale de Tokyo et administrateur colonial, célèbre entre autres pour son ouvrage Bushido, l’âme du Japon [11]. Son poste de sous-secrétaire le charge de la coopération intellectuelle au sein de la SDN et jusqu’à sa démission en 1926, il gère et assure la liaison entre la CICI et le futur Institut international de coopération intellectuelle créé en 1925-1926 [12], et assiste même aux assemblées de la CICI. Cette position officieuse semble satisfaire le gouvernement nippon mais non certains penseurs japonais qui prônent une présence culturelle forte et affichée sur la scène internationale. L’insistance de ces derniers et la perspective de la démission de Nitobe finissent par avoir raison des réserves du ministère japonais des Affaires étrangères et, le 30 avril 1926, naît le comité national japonais. Malgré tout, seuls les quelques membres de ce comité qui résident en Europe montrent un réel engouement pour l’IICI, alors même que leur faible nombre ne leur permet pas d’être aussi assidus que leurs collègues européens. Répondre à des enquêtes, rédiger des articles et participer à des congrès (principalement aux conférences permanentes sur les hautes études internationales) constituent l’essentiel de leur activité. Il faut toutefois noter le travail du sous-comité des lois du CNJ qui, en traduisant en anglais le Code du commerce japonais en 1931, permet une véritable avancée dans les relations commerciales avec les États-Unis [13].
9 En filigrane du CNJ transparaît l’évolution de la pensée japonaise. Ainsi, si, au début, le credo « Esprit japonais, techniques occidentales » (« Wakon, yôsai ») prime, avec la fréquentation de congrès scientifiques et l’assimilation des savoirs occidentaux, progressivement il s’agit de rendre compte de la culture japonaise via les domaines culturels (arts, lettres).
La CICI, institution favorite du gouvernement japonais
10 Contrairement au comité national japonais, apanage d’une élite, la CICI, assemblée législative d’une dizaine de membres, semble avoir les suffrages du gouvernement japonais qui insiste pour y avoir un représentant. Finalement, comme nous le savons, Aikitsu Tanakadate (1927-1934) puis Masaharu Anesaki (1934-1938) sont successivement choisis, couvrant presque toute la durée d’existence de la CICI (1922-1940), tout en apportant leur pierre respective à l’édifice de la coopération intellectuelle.
11 Ainsi, Aikitsu Tanakadate, depuis son élection, assiste-t-il à toutes les réunions plénières de la Commission internationale de coopération intellectuelle. À partir de la XIIe session, en 1930, Wu Shi-Fee, le représentant chinois, y renforce la voix asiatique et enfin, à partir de la XIIIe session à l’été 1931, l’arrivée de l’Inde, en la personne de Sarpalli Radhakrishnan, achève le triptyque asiatique. Malgré les divergences d’opinions qui pourraient naître de la présence de la Chine et du Japon, alors en guerre, le représentant japonais se contente d’intervenir sur des questions purement intellectuelles. Le 24 juillet 1929, lors de la XIe session de la CICI, Tanakadate attire l’attention sur l’importance que revêtent l’unification de l’écriture et l’adoption des caractères latins pour le rapprochement entre l’Orient et l’Occident [14]. L’unification de l’écriture permettrait, selon lui, de faciliter l’apprentissage des langues et par-là même la compréhension mutuelle entre les peuples. Pour satisfaire à la demande de la CICI, l’Institut international de coopération intellectuelle soumet la question à toutes les commissions nationales (Afrique, Cambodge, Chine, Madagascar, URSS, Perse, Grèce, Japon, Annam, Bulgarie, etc.) et « recommande à tous les pays d’adopter les caractères latins dans leur langage écrit [15] ».
12 Quant à Masaharu Anesaki, son livre L’Art, la vie et la nature au Japon, édité en tant que deuxième tome de la Collection japonaise, une série d’ouvrages publiés en français sous l’égide de l’IICI, contribue à illustrer la « culture japonaise ».
La France : à l’origine de l’entrée du Japon dans l’IICI ?
13 Le Bureau japonais de la Société des Nations (Kokusai Renmei Teikoku Jimukyoku), installé en 1921 au ministère japonais des Affaires étrangères [16], s’occupe des affaires de la SDN sous l’œil vigilant de l’ambassadeur de France, Paul Claudel, qui possède un pouvoir de veto sur les nominations des Japonais au Secrétariat. Cette prééminence française se retrouve également dans l’Institut de coopération intellectuelle, dont tous les directeurs sont français. Il semble donc nécessaire de s’interroger sur une potentielle influence française quant à l’entrée du Japon dans l’OCI.
14 Déjà en 1919, Ernest Outrey, député de la Cochinchine, affirme après son voyage au Japon que celui-ci fait grand cas de la France, particulièrement dans le domaine intellectuel [17]. Les Japonais et les Français semblent en outre fort bien s’entendre lors des réunions internationales d’après-guerre, et ce dès 1920, notamment lorsque l’Allemagne ou la Russie sont en cause [18]. Enfin, le Japon représente un marché à conquérir pour écouler les ressources de l’Indochine, d’autant que les Américains ne sont plus les bienvenus sur le marché japonais depuis la promulgation de l’Asian Exclusion Act [19].
15 Les Japonais partagent apparemment cet engouement puisqu’il est spécifié dans un article du journal Yomiuri que la France et le Japon « sont destinés à rendre leurs relations plus étroites encore et à se prêter dans les conditions qui vont se produire une aide et coopération intime » face à des États-Unis qui adoptent une « politique arbitraire et impérieuse » et à une Angleterre qui « applaudit à toutes les volontés des É[tats]-U[nis] ». Dès lors, « le pays qui tiendra en échec dans l’avenir la domination des États-Unis et de l’Angleterre dans le Pacifique est le Japon ; celui qui tiendra tête à leur arrogance et qui aidera le Japon dans cette tâche ne peut être que la France. C’est pourquoi la consolidation et l’intimité des relations entre la France et le Japon est actuellement une nécessité de premier ordre [20] ».
16 Toutefois, hormis Junzô Satô secrétaire japonais à l’IICI et directeur de la Maison du Japon de la Cité universitaire à Paris, aucun des membres du premier CNJ ne se trouve lié d’une quelconque façon – séjour d’études ou poste avec la France. La sympathie et l’intérêt d’un rapprochement potentiel avec la France paraissent donc certainement un atout supplémentaire aux yeux de certains Japonais mais cela ne semble pas être le moteur principal de l’entrée du Japon au sein de l’IICI. Participer en tout point à la scène internationale, à l’instar des autres grandes puissances, nous paraît être l’objectif principal de cette adhésion.
De l’apanage des intellectuels à la prise en main gouvernementale
17 La crise de 1929 frappe avec une extrême brutalité un Japon rural déjà en difficulté depuis le début de la décennie. D’aucuns voient alors dans la région du Nord-est de la Chine un Eldorado de ressources, un marché sûr et une solution pour un problème de surpopulation accru depuis la fermeture aux Japonais de la Californie, principale terre d’émigration [21]. L’invasion de cette région et la création de l’État fantoche de Mandchourie sont condamnées par la SDN, entraînant le retrait du Japon de cette dernière le 27 mars 1933. Ce faisant, le peuple nippon perd un ancrage précieux sur la scène internationale et surtout dans le cercle des grandes puissances. Pour justifier sa politique et ne pas s’attirer une inimitié totale, le gouvernement japonais décide alors de mettre en œuvre une véritable politique de propagande culturelle, alors même que la culture japonaise souffre de dépréciation.
18 En 1930, l’ambassadeur de France au Japon, Alfred de Martel, par exemple, qualifie le Japon de pays « sans culture propre » et assure ainsi que, s’il n’existe aucun organisme japonais officiel de propagande culturelle, c’est parce que « la culture japonaise, très étroitement nationale, n’est pas susceptible d’un rayonnement comparable à celui de l’esprit occidental » [22]. Pour le diplomate, le Japon ne serait donc qu’un imitateur de la Chine et de l’Occident, ayant pour principale politique d’envoyer des étudiants s’instruire à l’étranger [23]. Cette opinion semble inconsciemment être inspirée par l’idée japonaise que les cultures chinoise et occidentale seraient des « cultures universelles » tandis que la civilisation japonaise se trouverait, quant à elle, située en périphérie [24]. Cette représentation, induisant que le Japon aurait besoin de procéder à un ajustement culturel pour se rapprocher des cultures perçues comme « centrales et universelles », peut expliquer en partie l’opinion de l’Ambassadeur. Malgré cela, le retrait de la SDN met un terme à ce mouvement unilatéral et encourage le Japon à valoriser sa culture propre afin de ne pas disparaître, noyée dans celles des civilisations universelles [25]. Pour ce faire, elle se revendique nation particulière.
La Kokusai bunka shinkôkai ou la propagande culturelle nippone
19 Si le comité national japonais, déjà intégré à la communauté internationale au travers de l’Organisation de coopération intellectuelle, semble l’outil idéal pour diffuser les idées japonaises, celui-ci ne reflète qu’un « simple rassemblement d’intellectuels » aux yeux du gouvernement japonais [26]. Afin de « sécuriser et renforcer sa position dans le Cercle des nations », de « gagner le respect, l’affection et la sympathie » tout en concourant au bien-être matériel et moral de l’humanité [27], il crée donc le 11 avril 1934 un organisme de propagande gouvernementale, la Kokusai bunka shinkôkai (KBS) ou Société pour le développement des relations intellectuelles internationales, dont l’effet le plus notoire est l’inversion des flux intellectuels : traduction d’œuvres japonaises en langues étrangères, création d’instituts et de bibliothèques, dons de publications sur la culture du Japon aux bibliothèques et universités d’autres pays, soutien aux professeurs et étudiants étrangers désireux de venir s’instruire au Japon.
20 Selon Alfred de Martel, il n’existait pas au ministère japonais des Affaires étrangères, avant l’instauration de la KBS, de service similaire au service des Œuvres françaises à l’étranger (SOFE) qui, du Quai d’Orsay, travaillait à diffuser la culture française dans le monde. Toutefois, depuis le début du xxesiècle, trois bureaux du ministère japonais de l’Éducation assument certaines des missions qui relèvent, en France, du SOFE. Le premier s’occupe de guider les étudiants et professeurs japonais qui partent étudier à l’étranger. Le deuxième se consacre à l’édification et à la surveillance des « Maisons japonaises » créées depuis les années 1920 dans plusieurs villes d’Europe et des États-Unis. Enfin, le troisième bureau se charge d’organiser des tournées de conférences et des expositions à l’étranger. Les compagnies japonaises de théâtre traditionnel connaîtraient, par exemple, un vrai succès à Paris et Moscou [28]. Il ne faut pas oublier non plus le comité national japonais qui opère à son échelle. Mais ces bureaux ainsi que le CNJ ont des budgets très restreints, n’autorisant que deux ou trois professeurs par an à séjourner à l’étranger.
21 Nous touchons là au cœur du problème : le budget alloué par le gouvernement japonais à la diplomatie culturelle. Si le CNJ se voit doté de 50 000 yens en 1926 et de 70 000 yens en 1927 [29], la KBS, elle, se voit allouée dès ses débuts un crédit de 200 000 yens pour la partie gouvernementale (les grandes entreprises japonaises complétant de manière très généreuse), soit un budget quatre fois supérieur à celui du CNJ en 1926 [30]. Toutefois, si cela paraît un progrès conséquent pour le gouvernement japonais, il est important de garder à l’esprit qu’à l’époque, le budget que l’Allemagne consacre à sa diplomatie culturelle équivaut à 7 600 000 yens, celui de l’Italie à 8 300 000 yens, celui enfin de la France à 8 420 000 yens, soit des budgets environ quarante fois plus élevés que celui du Japon [31].
22 Cependant, le retrait du Japon de la SDN encourage la majorité des Japonais à s’en remettre au régionalisme. Le Japon se revendique alors comme un « grand frère » ou un « père » pour l’Asie, considérant en particulier les Chinois comme des frères de race et de culture qu’il faudrait aider à sortir de leur propre décadence et de l’emprise de l’impérialisme occidental [32]. Dès 1933, Fumimaro Konoe, le président de la KBS, fonde l’Association de la Grande Asie (Dai ajia kyôkai) [33]. En outre, le Japon englobe dans son panasiatisme les pays musulmans qui considèrent le Japon comme une alternative à la gouvernance occidentale [34]. Ainsi, le 16 décembre 1934, plus de quatre-vingts jeunes gens représentant la Perse, la Turquie, l’Afghanistan, l’Inde, la Birmanie, le Siam, l’Indochine, les Philippines et l’Asie centrale, la Chine et le Japon se rencontrent-ils afin de « constituer un groupement de jeunes Asiatiques, destiné à susciter un esprit de solidarité et de coopération entre les races d’Extrême-Orient [35] ».
Le CNJ se colore d’ultranationalisme
23 Il faut deux ans pour que le CNJ soit placé sous la juridiction de la KBS, entraînant l’élection de nouveaux membres beaucoup plus intimes des sphères du pouvoir et possédant des convictions proches de l’ultranationalisme [36]. Ainsi, le nombre d’académiciens passe de huit à cinq (dont l’un est aussi un industriel du domaine militaire), tandis que sont désignés huit hauts-fonctionnaires et le directeur d’une agence de presse internationale. De plus, seuls trois des membres du CNJ ont fait une partie de leurs études à l’étranger, tandis qu’ils étaient neuf dans ce cas dans le premier comité. Cependant, cela n’entraîne pas de changement apparent puisque malgré cette refonte du CNJ, ce sont toujours les anciens membres qui continuent de prendre part aux activités de l’OCI, nous suggérant par-là que ce remodelage n’est que d’apparence. La présence du Japon dans l’Organisation de coopération intellectuelle paraît donc bien l’apanage de certains intellectuels ou diplomates japonais postés en Europe et ne suscite décidément pas, en réalité, un grand intérêt gouvernemental, en dehors de la Collection japonaise.
24 C’est en 1936 que le CNJ entame ce qui sera, hormis la traduction déjà signalée du Code du commerce par le sous-comité des lois, son unique réalisation, laquelle trahit sa nouvelle vocation propagandiste : l’édition d’une Collection japonaise. Celle-ci, publiée par l’IICI, reçoit tous ses subsides du gouvernement japonais. Toutefois, si l’on prévoit au départ une dizaine de tomes, le début de la guerre en Europe interrompt sa publication, laissant la série à l’état embryonnaire avec seulement trois ouvrages parus entre 1936 et 1938 [37]. La guerre finie, Jean-Jacques Mayoux, directeur de l’IICI (1945-1946), désapprouvera l’entreprise, affirmant que l’OCI « n’est pas faite pour servir les propagandes gouvernamentales [38] ».
Impacts de la présence japonaise sur l’organisation de coopératioon intellectuelle
Un regard déseuropéanisé pour une OCI multiculturelle
25 Pour certains historiens, la portée de l’OCI s’est limitée à l’Europe [39]. Or, dès 1931, Alfred Zimmern, le directeur-adjoint de l’IICI, précise bien que les relations internationales ne sont plus désormais la prérogative de l’Occident [40]. Et nombreux sont ceux qui, s’interrogeant sur la direction prise par la civilisation occidentale, sympathisent avec l’idée d’une autre voie culturelle pour remédier à ce qui serait le « déclin » de l’Occident [41]. Les actions entreprises (missions éducatives en Chine, Collection japonaise, etc.) en sont une illustration, sans oublier les entretiens organisés en 1935 par l’IICI sur « l’Orient et l’Occident », qui semblent annoncer le « Projet Orient-Occident » de l’Unesco (1957-1966) [42].
26 De même, on oppose souvent une OCI universaliste, qui ferait fi des différences culturelles, à une Unesco respectueuse de la diversité. En réalité, l’OCI voit déjà cohabiter différentes cultures, sans volonté de les fondre en une seule. Ainsi, en 1938, Gonzague de Reynold insiste-t-il sur la non-interchangeabilité des cultures dont les « différences mêmes » devraient pousser à la compréhension et au respect entre les peuples [43]. La place du Japon dans cette organisation, son siège de membre permanent à la CICI, son Comité national et la Collection japonaise, attestent bien de cette volonté multiculturelle.
27 Désireuse de révéler des cultures jusqu’alors méconnues en Occident, l’IICI a déjà entamé la publication d’une Collection ibéro-américaine [44]. La proposition de réaliser une Collection japonaise s’inspire de cette initiative [45] ; celle-ci, nous l’avons dit, comporte trois ouvrages publiés entre 1936 et 1938 : Haïkaï de Bashô et de ses disciples par Tsuguharu Fujita, Kokoro (le pauvre cœur des hommes) de Sôseki Natsume, et L’Art, la vie et la nature de Masaharu Anesaki [46]. Un des directeurs de l’IICI, le Français Henri Bonnet (1931-1940), souhaite que cette Collection « devienne un élément important de connaissance mutuelle et de compréhension internationale » et permette un « rapprochement spirituel entre les nations » [47].
Le Japon générateur d’apolitisme
28 Le Japon ne participe plus aux activités politiques de la SDN, les membres japonais démissionnant de son Conseil, de son Assemblée et de son Secrétariat [48]. Mais, contrairement à l’Allemagne qui, en 1933, retire tous ses ressortissants de l’OCI après avoir quitté la SDN, il reste représenté non seulement au sein de l’OCI mais également dans l’Organisation internationale du travail, l’Organisation de la santé, et le Bureau permanent central de l’opium. Se voulant apolitique, l’OCI refuse de répondre aux sollicitations des intellectuels qui dénoncent la persécution des Ukrainiens en URSS (l’URSS adhère à l’Institut en 1934) et en Pologne dans les années 1930, l’obligation faite aux professeurs italiens d’adhérer à la politique fasciste de l’Italie, etc. De même, alors qu’elle a contribué à réorganiser l’enseignement en Chine en 1931, elle ne donne pas suite aux demandes chinoises de condamnation publique du Japon pour la destruction de l’Université de Nankin en 1937 [49].
29 Cet apolitisme, qui peut apparaître bien commode, est sûrement ce qui fait de l’OCI le dernier bastion d’un dialogue encore possible avec les Japonais. Le 7 juillet 1937, un accrochage entre soldats chinois et japonais au sud-ouest de Pékin, sur le pont Marco-Polo, provoque « l’incident de Chine », une guerre non déclarée dont la bataille de Shanghaï, qui fait rage d’août à novembre 1937, constitue le principal épisode [50]. À ce moment-même, se tient à Genève une réunion sur le « Destin prochain des lettres [51] ». Et, tandis que leurs armées se combattent, les représentants japonais et chinois, respectivement Masaharu Anesaki et Li Yun Ying, débattent paisiblement de l’avenir de la coopération intellectuelle internationale avec des intellectuels de trente-sept autres pays. Une brochure du CNJ, constituée de trois articles et intitulée Coopération intellectuelle et connaissance mutuelle du génie culturel national, est publiée à cette occasion. Chacun d’eux débat des mêmes thèmes clefs : une architecture qui plutôt que de favoriser les matériaux d’origine de la construction en conserve l’esprit avec une reconstruction en bois toutes les décennies ; l’aspect syncrétique de la culture japonaise entre Orient et Occident avec qui le Japon partagerait un Moyen Âge similaire ; le pacifisme, la moralité et l’intégrité du peuple japonais. En outre, le Japon y est décrit comme le véritable réceptacle et le continuateur de la tradition orientale face à une Inde ou une Chine en pleine décadence, le désignant par là même comme le digne et l’unique représentant des cultures orientales [52].
L’aide à la Chine sonne le glas de la collaboration avec l’OCI
30 Cependant, le 13 août 1937, une délégation chinoise réclame à la SDN une condamnation morale du Japon pour ses actions en Mandchourie [53]. Le 6 octobre, l’Assemblée de la SDN adopte un rapport déclarant que les opérations militaires japonaises sont une réponse exagérée à l’incident qui est à l’origine du conflit au nord de la Chine et conclut à une violation du Traité des neuf puissances de 1922, qui garantissait l’intégrité du territoire chinois, et du pacte Briand-Kellogg [54]. Des représentants des neuf puissances (États-Unis, Japon, Chine, France, Grande-Bretagne, Italie, Belgique, Pays-Bas et Portugal), sont censés se rencontrer en novembre à Bruxelles pour trouver une solution pacifique au conflit sino-japonais. Mais le Japon refuse de participer à la réunion et dénonce quelques jours plus tard le traité [55] ; surtout, il quitte cette fois-ci toutes les organisations liées à la SDN, sauf l’OCI, désormais ultime bastion de la présence japonaise dans les organisations internationales.
31 À la suite des demandes répétées du comité national chinois et de son représentant à la CICI, « une action internationale en faveur des étudiants chinois » est planifiée en automne 1937 pour venir au secours « des étudiants chinois victimes du conflit sino-japonais » [56]. « Loin de toute considération politique », celle-ci ne viserait que « l’assistance matérielle » des étudiants nécessiteux. Des fonds sont alors réunis dans différents pays (Afrique du sud, Grande-Bretagne, Canada, États-Unis, France, Inde, Pays-Bas, etc.) [57]. Mais c’était là, aux yeux du Japon, le pas semble-t-il à ne pas franchir. Car, si l’OCI se revendique apolitique, le grand nombre de pays donateurs lui apparaît certainement comme une coalition prenant fait et cause pour la Chine. Le gouvernement japonais ordonne, le 2 octobre 1938, la fin cette fois-ci de toute activité liée à la SDN, y compris à l’OCI [58]. Le 3 décembre 1938, vingt-et-un délégués d’État s’engagent au travers de l’Acte international à gérer administrativement et financièrement l’IICI. Si la Chine signe, ce n’est pas le cas du Japon [59], confirmant ainsi le mouvement amorcé un mois plus tôt, lorsque, le 3 novembre 1938, le Premier ministre Konoe a proclamé, à la radio, le Nouvel ordre est-asiatique (東亜新秩序 Tôa Shinchitsujo) qui doit promouvoir la coopération entre la Chine, la Mandchourie et le Japon et supplanter la SDN en Asie [60].
Conclusion
32 L’ère Nitobe et les premiers temps du comité national japonais se placent tout d’abord sous le signe d’un internationalisme idéaliste, mais les prétentions impérialistes des Nippons les mènent à une redéfinition de leur culture et de leur place dans le monde. Pour justifier leur panasiatisme, les penseurs japonais mettent alors en avant la spécificité de la culture japonaise dont le « nippon seishin » serait la clef. Les écrits des membres du CNJ qui affirment en 1937 la suprématie du Japon sont révélateurs de cette tendance.
33 Après la Seconde Guerre mondiale, la rhétorique de la « spécificité japonaise » persiste [61]. Loin de s’affaiblir au fil des ans, elle refait surface dans les années 1970 avec la doctrine du « nihonjinron », promouvant, à l’instar de la logique du « nippon seishin », la spécificité japonaise et l’impénétrabilité de la langue japonaise pour les autres peuples [62].
34 Surenchère nationaliste du Japon pour les îles Senkaku avec la Chine, pour l’île de Takeshima avec la Corée, crise économique, volonté du président Shinzô Abe d’amender l’article 9 de la constitution japonaise affirmant le renoncement à la guerre : le contexte actuel n’est pas sans rappeler celui des années 1920-1930. Si la SDN et l’OCI ne sont pas parvenues à maintenir la paix et l’entente internationale, espérons que l’ONU et l’Unesco, quant à elles, sauront tirer les leçons du passé.