Compte rendu

After the Spike. Population, Progress, and the Case for People

Dean Spears, Michael Geruso

Pages 251 à 252

Citer cet article


  • Damon, J.
(2025). After the Spike. Population, Progress, and the Case for People Dean Spears, Michael Geruso. Regards, 66(2), 251-252. https://doi.org/10.3917/regar.066.0251.

  • Damon, Julien.
« After the Spike. Population, Progress, and the Case for People : Dean Spears, Michael Geruso ». Regards, 2025/2 n° 66, 2025. p.251-252. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-regards-2025-2-page-251?lang=fr.

  • DAMON, Julien,
2025. After the Spike. Population, Progress, and the Case for People Dean Spears, Michael Geruso. Regards, 2025/2 n° 66, p.251-252. DOI : 10.3917/regar.066.0251. URL : https://shs.cairn.info/revue-regards-2025-2-page-251?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/regar.066.0251


1 L’humanité devrait commencer, avant la fin du siècle, à décroître démographiquement. Il faut préparer, pour la suite, une stabilisation de la population.

2 À la fin des Trente Glorieuses l’humanité s’inquiétait de la bombe P, P pour population, ou plus précisément surpopulation. Elle s’inquiète aujourd’hui de la bombe D, pour dépopulation. L’affaire ne concerne pas uniquement les pays riches. Partout dans le monde la fécondité baisse. En 2012, la natalité a connu un sommet, avec 146 millions de nouveau-nés. Depuis, elle se réduit et la croissance de la population ralentit. Dans les décennies à venir l’effectif total des êtres humains est appelé à se contracter. Nous sommes 8 milliards sur Terre. Nous devrions atteindre une pointe à 10 milliards, puis baisser, plus ou moins drastiquement, ensuite. La couverture de cet excellent ouvrage résume l’affaire par un graphique très frappant.

3 Contre les aspirations de certains écologistes décroissants, Dean Spears et Michael Geruso, deux professeurs d’économie à l’université du Texas, soutiennent que cette tendance n’est pas bonne pour la planète. La dépopulation n’est pas la solution au changement climatique. Elle n’est pas non plus la voie rêvée pour faire croître, par réduction de la population, les parts individuelles de bien-être. Les auteurs soutiennent, de façon tout à fait bienvenue, que les anciennes craintes de surpopulation étaient infondées. En prenant notamment l’exemple de l’Inde, qui n’a jamais été aussi peuplée et prospère que jamais.

4 L’ouvrage envisage deux principaux scénarios. Dans le premier, la population mondiale connaît, dans quelques décennies, un pic, puis ne cesse de se réduire ensuite. Dans le second, celui de la stabilisation, préféré par les deux experts, après le pic, le nombre d’humains baisse mais se maintient ensuite. À quel niveau ? Spears et Geruso ne donnent pas de chiffre. Mais ils pensent qu’il importe d’agir afin de soutenir le scénario de l’équilibre, qui est néanmoins le plus improbable.

5 L’ouvrage martèle trois positions. D’abord, à l’échelle globale, rien n’est moins incertain (disons-le ainsi) que la baisse du désir d’enfant et le passage sous le seuil de renouvellement des générations. Avec, sur long terme, un déclin puissant de la population. Ensuite, pour le bien des gens comme pour celui de l’environnement, une démographie stabilisée s’avère plus profitable qu’une démographie diminuée. Enfin, même si personne ne connaît vraiment les recettes, il est possible d’agir dès maintenant afin de faire réussir le scénario de la stabilisation. Pour cela, une piste capitale : aider à être parents ceux qui le souhaitent. Cette ambition incarne une sorte de natalisme progressiste. Elle se matérialise habituellement, dans les pays à très faible fécondité, par des modes de garde pour les petits enfants, un monde du travail aménagé avantageusement pour les mères et les pères. Mais attention, on ne dirige pas les taux de fécondité comme les taux d’intérêt ! Selon Spears et Geruso, les politiques familiales traditionnelles (avec des allocations monétaires) et plus actuelles (avec des crèches et des congés parentaux) n’ont qu’un impact marginal sur la fécondité. Aussi plaident-ils pour des changements globaux, dans les attitudes, afin de considérer plus positivement le choix de faire des enfants.

6 Ils élaborent une posture libérale constructive, critiquant l’interventionnisme étatique excessif dans les affaires intimes, s’inquiétant d’un conservatisme moral que l’horizon de dépopulation nourrit, mettant en avant le respect nécessaire des aspirations à devenir ou non parents. S’inscrivant dans une logique humaniste intergénérationnelle de très longue portée, ils invitent à réfléchir sur le thème clé de la valeur donnée aux vies et modes de vie à venir dans plusieurs siècles. Comment considérer ces milliards d’êtres humains qui ne devraient pas naître ? Les auteurs ne prétendent pas avoir le dernier mot autour d’une interrogation éthique aussi fondamentale.

7 En revanche ils estiment montrer de façon convaincante – et ils y réussissent – que des problèmes aussi graves que l’alimentation, la santé, l’assainissement, la pollution pâtiront de la dépopulation et bénéficieraient d’une stabilisation.

8 Avec ce livre documenté et nuancé, dans un domaine où les idéologies fleurissent, mobilisant les données et pesant les arguments, Spears et Geruso adoptent une position prospective optimiste et volontariste. Ils estiment qu’il ne faut pas subir le monde d’après-demain mais le préparer. Retenons, pour résumer à la hache, que la perspective d’extinction de la population n’est pas une bonne nouvelle et que l’on peut et doit faire quelque chose, sans brider les libertés.


Date de mise en ligne : 31/12/2025

https://doi.org/10.3917/regar.066.0251