La spirale du déclassement de Louis CHAUVEL
- Par Julien Damon
Pages 197a à 203a
Citer cet article
- DAMON, Julien,
- Damon, Julien.
- Damon, J.
https://doi.org/10.3917/regar.050.0197a
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- Damon, J.
- Damon, Julien.
- DAMON, Julien,
https://doi.org/10.3917/regar.050.0197a
Louis CHAUVEL, La spirale du déclassement. Essai sur la société des illusions, Paris, Le Seuil, 2016, 16 €
1 Les classes moyennes ne sont pas hypocondriaques, car affectées par de graves changements. Le tableau proposé par le sociologue Louis CHAUVEL n’est pas reluisant : salaires stagnants, diplômes dévalorisés, inégalités amplifiées, classes moyennes effritées, fossé générationnel élargi. Fracture sociale et fracture générationnelles se nourrissent et se renforcent pour produire ce que CHAUVEL baptise la « spirale du déclassement ». Homme de chiffres, l’auteur sait manier les séries statistiques et comparaisons internationales (que les spécialistes pourront retrouver sur son site louischauvel.org). Lettré, il aime citer Freud, Spinoza, Borge mais aussi Clint Eastwood ou les travaux sur la Rome antique. Dans cet essai informé et décapant, il reprend et approfondit ses thèmes et ses méthodes, qui lui avaient permis, il y a déjà vingt ans, de mettre en évidence, le « destin des générations » et l’ampleur de la fracture générationnelle et du sacrifice français de la jeunesse. Attaché à la rigueur, il aime revenir sur les idées universitaires reçues, régler des comptes et rompre des lances avec ses collègues. Les tenants du déconstructionnisme et de la construction sociale (aboutissant au « déclassement même de la notion de réalité ») en prennent pour leurs grades. Les experts qui relativisent l’ampleur du déclassement également. Pour CHAUVEL, les inégalités françaises sont substantielles et même exceptionnelles. Si sur le registre du niveau de vie l’égalité semble prévaloir et rester stable, sur celui du patrimoine les inégalités sont grandissantes et « abyssales », « sidérales », « vertigineuses ». Il y a bien une classe moyenne, déstabilisée, autour du revenu moyen. Mais la donnée moyenne n’a aucun intérêt en matière patrimoniale, tant la dispersion est élevée. Dans une société qui voit reprendre, avec force, le rôle du patrimoine, les jeunes sont particulièrement défavorisés. Ce qui était entrevu il y a quelques décennies s’observe nettement aujourd’hui annonçant des lendemains douloureux. Face à une tendance de déclassement global, avec l’affirmation des classes moyennes des pays émergents, CHAUVEL invite à un changement complet d’orientation, espère le retour d’une conscience de classe et souhaite l’autonomie de la jeunesse. Il montre que classes sociales et générations constituent des maillons essentiels pour saisir les réalités socioéconomiques contemporaines et les mouvements sociaux à l’œuvre. Peu optimiste sur les conditions d’un redressement, avec un personnel politique et intellectuel périmé, c’est la perspective de l’effondrement et de la désagrégation qui se profile. Les diagnostics, prises de position et prises de bec de cette étude sur les structures et la stratification sociale contemporaines ne manquent pas de piquant. L’étude, soulignant en particulier les difficultés accrues des jeunes générations, fera date. Et, comme CHAUVEL s’y attend, controverse.
2 Julien Damon