Compte rendu

Langues imaginaires et imaginaires de la langue , études réunies par Olivier Pot, Genève, Droz, 2018, 840 p.

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  • Furno, M.
(2020). Langues imaginaires et imaginaires de la langue , études réunies par Olivier Pot, Genève, Droz, 2018, 840 p. Réforme, Humanisme, Renaissance, 90(1), VII-VII. https://doi.org/10.3917/rhren.090.0151g.

  • Furno, Martine.
« Langues imaginaires et imaginaires de la langue , études réunies par Olivier Pot, Genève, Droz, 2018, 840 p. ». Réforme, Humanisme, Renaissance, 2020/1 N° 90, 2020. p.VII-VII. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-reforme-humanisme-renaissance-2020-1-page-VII?lang=fr.

  • FURNO, Martine,
2020. Langues imaginaires et imaginaires de la langue , études réunies par Olivier Pot, Genève, Droz, 2018, 840 p. Réforme, Humanisme, Renaissance, 2020/1 N° 90, p.VII-VII. DOI : 10.3917/rhren.090.0151g. URL : https://shs.cairn.info/revue-reforme-humanisme-renaissance-2020-1-page-VII?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rhren.090.0151g


1 Ce livre s’interroge sur les rapports des langues et des imaginaires : comment est-on passé un jour d’une linguistique descriptive d’une pratique, à une sorte de linguistique – fiction, pour reprendre une expression de l’introduction d’Olivier Pot, et quelles sont les manifestations de ces fictions ? L’introduction pose le cadre de cette recherche, son contexte général, et parcourt les multiples représentations qui vont être évoquées dans chaque chapitre. Celles-ci dépassent largement le cadre du xvi e siècle, et malgré l’intérêt que cette mise en perspective jusqu’au monde contemporain représente en soi, la présente recension se limitera aux articles touchant la Renaissance, voire un peu au-delà.

2 La première partie se place « Sous le signe de l’Utopia de Thomas More : pour un anniversaire des langues imaginaires, 1517-2017 », et s’ouvre par un texte de Pierre Swiggers, qui montre que la création du monde imaginaire de l’Utopie est conditionnée par celle d’une langue imaginaire qui lui corresponde, et qui est le moyen le plus puissant pour faire entrer le lecteur dans celui-ci. Alphabet utopien et langue oxymorique sont les éléments qui permettent de rendre effective l’utopie pour le lecteur, et le sortent de son propre monde. Gisèle Mathieu Castellani s’intéresse ensuite au Thrésor de l’histoire des langues de Claude Duret, publié posthume en 1613. Ce condensé des idées humanistes sur les langues (idées elles-mêmes parfois héritées des Anciens, me semble-t-il) valorise l’étymologie comme moyen d’aller à l’essence de la chose ; cette recherche des origines place l’hébreu comme langue première, et fait du multilinguisme le moyen de comprendre le monde dans son ensemble. Les pratiques de Blaise de Vigenère en matière d’étymologie sont ensuite examinées par P.-V. Desarbres : du « sérieux scientifique » à l’invention et à la création, Vigenère fabrique des origines de termes comme autant d’armes à visée rhétorique ou politique. La virtuosité du chiffre devient également chez lui une nouvelle langue comme le montre J.-R. Fanlo.

3 La partie suivante se consacre aux langues hybrides. Peter Wunderli examine le cas du franco-italien, langue forgée intentionnellement pour permettre la lecture des textes français par des locuteurs d’Italie du nord. La structure de la langue reste cependant française, malgré l’introduction d’éléments fortement italianisants, ce qui rejoint une autre réflexion sur les langues hybrides, publiée chez Droz également (Langues hybrides : expérimentations linguistiques et littéraires (xv e-début xvii e siècle), coordonné par A.-P. Pouey Mounou et P. Smith, Genève, 2019). Quant à l’allemand, Daniel Ménager le voit mal connu au xvi e siècle par les locuteurs d’autres nations, et souvent décrié par ses propres locuteurs. La représentation qu’en donne Rabelais présente des étrangetés, mêlant peut-être une part de compétences réelles avec des éléments fictionnels, et se prolonge par une attitude souvent décevante de certains doctes, comme Juste Lipse, devant les vernaculaires en général et l’allemand en particulier, auxquels ils préfèrent le latin.

4 La troisième partie se rend sur les terres plus lointaines des Amériques. M.-C. Gomez-Géraud y réfléchit sur Babel et la Pentecôte, et le rapport des missionnaires du xvii e siècle aux langues non européennes. L’apprentissage de ces langues amérindiennes est une obligation pour l’accomplissement de la mission, qui doit « corriger Babel » pour amener les indigènes à Dieu, et les missionnaires, jésuites notamment, ont dû accepter de se plier pragmatiquement à un multilinguisme difficile, sans miracle de la Pentecôte pour faciliter leur travail. Daniel Droixhe présente ensuite quelques textes théoriques de Grotius et Georg Horn (1652), où la théorie d’une langue unitaire sans différence entre Amérique du Nord et Amérique du Sud permet de repenser la question du peuplement originel des Amériques par les Adamites notamment.

5 Dans la quatrième partie, consacrée à la « langue des vaincus », Pietro Dini présente les idées sur les langues de la Baltique orientale aux xvi e et xvii e siècles. Langues mal connues et non appréhendées comme telles, elles sont souvent considérées par les savants de la période à travers le prisme de théories latinisantes, qui sont aussi politiques et permettent de projeter une image valorisante de l’aristocratie de ces pays, parlant le latin et s’éloignant de leurs vernaculaires.

6 Ce livre est extrêmement foisonnant et divers : les extraits considérés ci-dessus qui traitent des périodes renaissante et classique représentent une petite moitié des contributions, qui vont bien au-delà de mon champ de compétence. Le propos est à analyser en termes de linguistique et non en termes de périodisation historique : si le spécialiste de tel ou tel sujet peut se sentir par moment perdu, on y fera cependant de nombreuses découvertes, par la juxtaposition même des propos et des périodes, et tous peuvent avoir intérêt à s’y promener.

7 Martine FURNO


Date de mise en ligne : 15/06/2020

https://doi.org/10.3917/rhren.090.0151g