L'évolution de la notion d'expérience chez Boullier et Condillac sur la question de l'âme des bêtes
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Citer cet article
https://doi.org/10.4000/rde.101
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Le dualisme métaphysique de Descartes en séparant l’âme du corps comme deux substances distinctes faisait de l’homme un être raisonnable, mais au préjudice des animaux qui s’expliquaient par tout un jeu de mécanismes. Il n’en subsistait pas moins un problème concernant une certaine ressemblance ou analogie remarquable entre les humains et les bêtes. Qu’en était-il du caractère sensible des animaux qui semblait si évident ? On s’est souvent servi au XVIIIe siècle de la notion d’expérience pour justifier l’existence de l’âme des bêtes, ce qui le différencie nettement du siècle précédent, marqué par l’innéisme cartésien. Grâce en grande partie à la propagation des idées de John Locke en France, la notion d’expérience se situera au centre même de la pensée des Lumières et fera partie intégrante de sa nouvelle méthode. L’une des réponses les plus élaborées du XVIIIe siècle au système des animauxautomates de Descartes et au mécanisme de ses successeurs fut proposée par David-Renaud Boullier dans son Essai philosophique sur l’âme des bêtes (1728 ; deuxième édition en 1737). (L’article AME DES BÊTES (1751) de l’abbé Yvon dans l’Encyclopédie reprend par endroits les thèses, voire les exemples, de Boullier presque mot à mot). Étienne Bonnot, abbé de Condillac, écrira son Traité des animaux en 1755. Les uns et les autres croyaient à l’existence de l’âme des bêtes. Mais, de Boullier à Condillac, représentants de courants de pensée majeurs du siècle sur cette question, un changement fondamental s’opère dans la notion d’expérience qui « évolue » entre la première et la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Les affinités et les divergences de leurs écrits et finalement leurs approches différentes de la notion d’expérience tournent autour des degrés de complexité, de nécessité et de hiérarchie que les deux auteurs y constatent. On en conclut que leur vision du monde, où la sensibilité ne se limite pas seulement aux hommes, est de plus en plus complexe et commence à être quelque peu problématique (malgré l’occasionalisme des deux auteurs) et de moins en moins hiérarchisée.
The evolution of the notion of experience in the writings of Boullier and Condillac on animal souls
By separating the body from the soul as two distinct substances, Descartes’s metaphysical dualism underlined man’s rational nature, but at the expense of animals, whose behaviour was explained in purely mechanical terms. There remained, however, a problematic analogy between humans and animals. What could one make of the obvious sensitive character of animals ? Unlike their predecessors, who appealed to Cartesian innate ideas, 18th-century thinkers used the notion of experience — which became central to Enlightenment thought, primarily becase Locke’s ideas were disseminated in France — to justify the existence of animal souls. The most important 18th-century responses to Descartes’s system of animal-automata and to his disciples’ mechanism were David-Renaud Boullier’s Essai philosophique sur l’âme des bêtes (1728, 2nd ed. 1737), used heavily and even copied in Yvon’s Encyclopédie article AME DES BÊTES (1751), and Condillac’s Traité des animaux. Both believed in the existence of animal soul, but from the former to the latter the notion of experience underwent a fundamental transformation, as it ‘evolved’ betwen the first and the second halves of the 18th Century. The similarities and differences in their writings, and ultimately their different approaches to the notion of experience, result from the degree of complexity, necessity and hierarchy that they see in it. Their world view, in which sensibility is not limited to humans, becomes increasingly complex and somewhat problematic as it becomes less and less hierarchical.