Le rire, un analyseur sociologique. Entretien avec David Le Breton
- Entretien avec David Le Breton,
- par Emmanuelle Huisman-Perrin
Pages 87 à 95
Citer cet article
- Entretien avec LE BRETON, David,
- par HUISMAN-PERRIN, Emmanuelle,
- Entretien avec Le Breton, David.,
- et al.
- Entretien avec Le Breton, D.,
- par Huisman-Perrin, E.
https://doi.org/10.3917/rpre.229.0087
Citer cet article
- Entretien avec Le Breton, D.,
- par Huisman-Perrin, E.
- Entretien avec Le Breton, David.,
- et al.
- Entretien avec LE BRETON, David,
- par HUISMAN-PERRIN, Emmanuelle,
https://doi.org/10.3917/rpre.229.0087
Emmanuelle Huisman Perrin. David Le Breton, vous êtes anthropologue et sociologue, vous avez beaucoup écrit sur le corps, sur le malaise des adolescents, sur la douleur, autant de sujets sur lesquels vous réfléchissez, par une sorte de nécessité intérieure, dites-vous. Vous avez consacré un ouvrage au rire en 2018, et un autre au sourire en 2022. Ce qui m’a séduit dans vos analyses c’est la très grande pluralité des perspectives que vous empruntez, à commencer par une description très ouverte des rires.
En quoi selon vous, le rire est-il pluriel ?D.L.B. On a tendance à voir le rire toujours au singulier, à l’associer en permanence à la joie, au plaisir, alors qu’en effet le rire ne se donne qu’à l’intérieur d’un contexte extrêmement précis, avec des acteurs également très précis. Le rire se décline sous des formes diverses. Il y a le rire de l’amitié, le rire des retrouvailles, le rire du plaisir d’être ensemble, le rire du comique, mais il y a aussi bien d’autres formes du rire qu’on connaît dans la vie quotidienne. Par exemple, le rire de la détresse, situation extrême, où on a tout perdu, il y a un rire ultime qui jaillit comme une forme de grâce, ou comme une manière de « sauver son âme », in extremis. Il y a le sentiment de supériorité qu’on rencontre dans la vie quotidienne ou dans la vie professionnelle, celui d’une personne qui se sent au-dessus de tous et qui se moque volontiers de ses subordonnés ; le rire de haine, qu’on rencontre dans le harcèlement à l’école…