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Article de revue

Gilbert Meynier, historien et militant

Pages 91 à 93

Citer cet article


  • Hammouche, A.
(2018). Gilbert Meynier, historien et militant. Raison présente, 205(1), 91-93. https://doi.org/10.3917/rpre.205.0091.

  • Hammouche, Abdelhafid.
« Gilbert Meynier, historien et militant ». Raison présente, 2018/1 N° 205, 2018. p.91-93. CAIRN.INFO, shs.cairn.info/revue-raison-presente-2018-1-page-91?lang=fr.

  • HAMMOUCHE, Abdelhafid,
2018. Gilbert Meynier, historien et militant. Raison présente, 2018/1 N° 205, p.91-93. DOI : 10.3917/rpre.205.0091. URL : https://shs.cairn.info/revue-raison-presente-2018-1-page-91?lang=fr.

https://doi.org/10.3917/rpre.205.0091


Notes

  • [1]
    Voir Frédéric Abécassis, Gilbert Meynier. Pour une histoire franco-algérienne : en finir avec les pressions officielles et les lobbies de mémoire, La Découverte, 2008. halshs-00431730

1Les messages de tristesse ont afflué des deux côtés de la Méditerranée à l’annonce du décès, le mercredi 13 décembre 2017 à Lyon, de notre ami Gilbert Meynier. Nombreux étaient ceux qui rappelaient celui de Pierrette, son épouse, décédée une quarantaine de jours auparavant, le 2 novembre. Des problèmes de santé avaient empêché Gilbert de venir aux toutes dernières réunions du comité de rédaction de Raison présente auquel il participait activement, contribuant autant par des articles, de nombreuses recensions, que par la coordination de numéro, le dernier en date consacré aux études postcoloniales. Professeur émérite de l’université de Nancy-II où il a enseigné de 1971 à 2002, il avait débuté sa carrière académique à l’université de Constantine (Algérie). Agrégé d’histoire, docteur ès lettres avec une thèse soutenue en 1979 à l’université de Nice, Gilbert Meynier travaillait depuis 1968 sur l’histoire de l’Algérie contemporaine tout en s’intéressant plus largement à l’histoire du monde arabe. Il était un historien reconnu et apprécié pour sa rigueur et son érudition, des qualités qu’il mettait au service d’un militantisme orienté par le souci de rapprocher des peuples meurtris par la colonisation. Son engagement était multiforme, allant de la production de la connaissance et de sa diffusion au soutien solidaire pratique. On lui doit de nombreux ouvrages de référence, parmi lesquels l’Algérie révélée (Droz, 1981, réédité, Bouchène, 2015), Histoire intérieure du FLN 1954-1962 (Fayard, 2002), le FLN, documents et histoire, 1954-1962 (avec Mohammed Harbi, Fayard, 2004), l’Algérie des origines (la Découverte, 2007), l’Algérie, cœur du Maghreb classique (la Découverte, 2010).

2Après son départ en retraite, il avait quitté la Lorraine pour revenir à Lyon où il était né en 1942. Il est étudiant d’histoire à l’université de Lyon lorsqu’il rencontre Pierre Vidal-Naquet, cheville ouvrière du Comité Maurice Audin, auteur de L’Affaire Audin qui dénonça la torture colonialiste, qui deviendra son ami. Très jeune, il s’affirme militant anticolonialiste à l’UNEF et découvre l’Algérie aux étés 1963 et 1964, en tant que moniteur dans le cadre d’un programme d’alphabétisation engagé par l’État algérien et en participant aux chantiers culturels à Alger, assurant des cours d’alphabétisation en français au bidonville d’Oued Ouchaïh. Son attrait pour le pays ne se limite pas à cet engagement. Il le dira plus tard : son intérêt pour l’Algérie a été plus fort et il abandonne sa première orientation et la thèse qu’il avait entreprise en histoire médiévale sur l’histoire socio-économique de la région lyonnaise au Bas Moyen-Âge, au profit d’un doctorat sous la direction d’André Nouschi, L’Algérie et la guerre de 1914-1918 qui a été publiée en 1981 sous le titre L’Algérie révélée. (rééditée en 2015 aux éditions Bouchène).

3Sa vie a été consacrée à l’enseignement. Professeur dès 1965 au lycée d’Ussel (Corrèze), il est reçu à l’agrégation d’histoire en 1966, puis affecté au lycée Alain-Fournier à Bourges (Cher) pour l’année scolaire 1966-1967. Les années suivantes sont algériennes : le couple Meynier s’installe dans l’Oranie avant de migrer dans l’Est. Gilbert est d’abord enseignant de lycée à Oran un an (1967-1968), où il enseigne l’histoire-géographie, avant d’occuper un poste de maître-assistant d’histoire contemporaine à l’université de Constantine, de 1968 à 1970. Il entame son apprentissage de la langue arabe dès 1967 en Algérie, et le conforte par des cours aussi bien à Tunis qu’à Nancy ou au Caire lors d’un semestre sabbatique en 1988. Il exerce encore une année dans le secondaire, à leur retour en France, au lycée Georges Clemenceau à Reims, en 1970-1971. Il est ensuite maître-assistant à l’université de Nancy-2 en 1971, et professeur à partir de 1984 jusqu’en 2002.

4Gilbert Meynier voyageait beaucoup et a donné de nombreuses conférences dans plusieurs pays, notamment au Maghreb et particulièrement en Algérie qu’il avait retrouvée ces dernières années après un temps d’absence. Il prolongeait son travail d’historien par un engagement constant et qui, là aussi, nourrissait son rapport à l’Algérie. Il participait notamment à Lyon à plusieurs associations qui, d’une manière ou d’une autre, tendaient à favoriser le vivre-ensemble, à provoquer des débats, soutenir des migrants… Membre actif de Coup de soleil, association qui se donne pour vocation de rassembler toutes celles et ceux qui sont liés au Maghreb par leurs parcours, leurs centres d’intérêt intellectuel, militant, culturel, il apportait son soutien sous forme de conférences ou par diverses aides. Il consacrait beaucoup de son temps et de son énergie à cette passerelle des deux rives, puisant dans son carnet bien fourni en contacts universitaires pour aider à la conception et à la réalisation de manifestations ouvertes à des publics variés. C’est ainsi qu’il co-organisa en 2006 à l’ENS Lyon avec Frédéric Abécassis le colloque Pour une histoire critique et citoyenne. Le cas de l’histoire franco-algérienne[1]. Son implication se conjuguait souvent avec les activités de Pierrette, figure du militantisme lyonnais qui partageait l’attachement de son mari à l’Algérie, participant activement à l’aide aux migrants, notamment en assurant la présidence de la Cimade que Gilbert représentait dans de nombreuses associations comme l’AFARA ou CARA.

5Passeur érudit et passionné par l’Algérie, Gilbert aimait faire connaître à Raison présente les travaux les plus récents. Il ne manquait pas de nourrir la réflexion sur les débats actuels en France, notamment lorsqu’ils portaient sur l’islam ou l’immigration, en rapportant maints épisodes historiques pour mieux combattre les stéréotypes et les idées d’intolérance associées à cette religion. Il n’était alors pas économe d’expressions en arabe pour accompagner son propos, laissant entendre son plaisir de parler cette langue qui lui était si chère.


Date de mise en ligne : 01/01/2019

https://doi.org/10.3917/rpre.205.0091