Impact d’un entrainement à l’imitation sur le développement de la communication chez les enfants avec trouble du spectre Autistique : une étude menée en Algérie
Pages 54 à 58
Citer cet article
- BENDIOUIS, Sarah,
- MCHERBET, Ali,
- PRY, René
- et BENDIOUIS, Yamina,
- Bendiouis, Sarah.,
- et al.
- Bendiouis, S.,
- Mcherbet, A.,
- Pry, R.
- et Bendiouis, Y.
https://doi.org/10.3917/psca.072.0056
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- Bendiouis, S.,
- Mcherbet, A.,
- Pry, R.
- et Bendiouis, Y.
- Bendiouis, Sarah.,
- et al.
- BENDIOUIS, Sarah,
- MCHERBET, Ali,
- PRY, René
- et BENDIOUIS, Yamina,
https://doi.org/10.3917/psca.072.0056
Introduction
1 Le phénomène d’imitation a fait l’objet de plusieurs recherches en psychologie et en psychopathologie du développement,
2 Certains auteurs (Uzgiris, 1975) confirment que plus les enfants se développent, plus leur intention à imiter évolue. Cette évolution se fait en harmonie avec deux fonctions : une fonction « d’apprentisage », qui permet aux jeunes enfants d’apprendre de nouvelles actions en observant les actions des autres ; et une fonction « sociale », qui conduit les enfants à communiquer et à créer des échanges réciproques entre eux.
3 Bien entendu, cette capacité peur apparaître sous différentes formes (imitation d’actions simples et d’actions complexes ; imitation d’actions familières et d’action nouvelles ; imitation d’actions avec objets et sans objets), et différentes facettes (imiration spontanée ou immédiate, imitation provoquée, imitation différée et la reconnaissance à être imité).
4 Par ailleurs, Nadel (1986) confirme que l’imitation est une composante essentielle des échanges sociaux, faisant partie des premiers outils de communication, non verbale et verbale, à disposition des jeunes enfants. Aussi, elle implique un échange de tours de rôles et de partage de thèmes, en metrant en œuvre trois composantes essentielles dans tout type d’interaction : la synchronie, le tour de rôle et l’attention conjointe.
5 De même, l’imitation provoquée joue un rôle dans l’apprentissage de nouvelles actions (apprentissage par observation), tandis que l’imitation immédiate est utilisée comme un système puissant de communication entre les jeunes enfants de deux à quatre ans.
6 On sait aujourd’hui que cette modalité de communication et d’apprentissage peut se présenter de façon altérée ou déficitaire chez les personne ayant un développement atypique, en particulier dans le cas du Trouble du Spectre Autistique, (Nadel, Guérini, Rivet, 1996). Un trouble de l’imitation pourrait, donc, avoir des conséquence tant au niveau des apprentissages, qu’au niveau des habiletés communicatives et sociales.
7 Bien entendu, parmi les symptômes qui conseituent le tableau clinique du TSA : l’altération de la communication et des interactions sociales. Ces perturbations sont présentes chez toutes les personnes ayant un autisme, quelque soit leurs âges, leurs niveaux de développement, et le dégré de sévérité de leurs trouble. Certains auteurs tentent d’expliquer ce trouble, en pointant différentes anomalies en rapport avec les modalités essentielles des interactions communicatives et sociales, qu’il s’agisse de la théorie de l’esprie, la cohérence centrale, des fonctions exécutives ou de l’imitation (Lainé, et al, 2008)
8 En effet, des chercheurs (De Meyer et al., 1972) qui ont soulevé pour la première fois l’existence d’un déficie de l’imitation chez les personnes avec autisme, suggèrent que l’imitation est déficit central qui caractérise le syndrome autistique. D’autres, (Nadel & Aouka, 2006) confirment l’existence de l’imitation chez les enfants avec TSA, avec l’argument que certains d’entre eux arrivene à produire quelques formes d’imitation, comme l’imitation vocale, appelée « écholalie ». De même, ces mêmes auteurs ont mis en évidence, à l’aide d’une épreuve d’imitation de gestes non significatifs, que des enfants avec autisme sont de bons imitateurs, seulement ils sont sélectifs dans ce qu’ils imitent. Cette position rejoint celle de Hammes et Langdell (1981) qui soulignent que les imitations provoquées d’actions simples et concrètes sont préservées dans le cas de l’autisme.
Problématique et objectif de la recherche
9 Les données de la littérature indiquent que, l’existence de spécificités de l’imitation dans le cas de l’autisme, pourrait expliquer en grande partie les perturbations dans le domaine de la communication et des interactions sociales. Améliorer le niveau d’imitation de ses enfants, pourrait les aider à maîtriser un moyen efficace de communication verbale ou non verbale « il suffirait que les enfants avec autisme imitent spontanément, et reconnaissance être imités pour qu’ils soit capables de communiquer par l’imitation » (Naded, 2011).
10 Suite à ces travaux, nous cherchons, à présent, étudier le rôle des compétences imitatives dans le déclenchement ou l’amélio ration de la communication chez les enfants atteints d’autisme. En d’autres termes, ce travail vise, d’une part, à vérifier si une progression des capacités imitatives peut induire une facilitation de la communication chez un groupe d’enfants avec ISA, et d’autre part, à évaluer le degré de l’intensité du trouble auristique après l’intervention.
11 Nous faisons donc l’hypothèse qu’un entrainement à l’imitation, pourrait avoir un effet positif sur : les niveaux d’imitation, le développement de la communication chez les enfants avec autisme, ainsi que le degré d’intensité de leurs trouble.
12 Cette hypothèse a déjà été testée te confirmée dans une étude pilote réalisée par Nadel et son équipe en 2011. L’objectif de cette étude était de conduire progressivement un groupe de 8 enfants avec autisme, âges de 30 mois 7 ans, à alterner leurs rôles d’imitateur et de modèle, afin de les aider à maitriser efficacement un moyen de communication non verbale. Les résultats ont révélé, d’une part, une augmentation significative des niveaux d’imitation et des comportements sociaux positifs, confirmée par les appréciations des parents, et d’autre part, une baisse du degré de sévérité du trouble du spectre autistique.
Méthodologie
Participants
13 Le groupe expérimental est composé de 21 enfants avec TSA (15 garçons et 6 filles). Le diagnostic d’autisme a été établi sur la base de trois critères de la CIM-10 (Classification Internationale de la maladie), du DSM-TV (Diagnostic ans Statistical Manual of mental Disorders), de l’ADI-R (Autism Diagnostic Interview) et de l’ADOS (Autism Observation Schedule). L’âge chronologique des enfants varie de 4 à 10 ans. Ainsi, l’âge du développement varie de 17 à 70 mois (tableau 1).
14 Notre recherche s’est déroulée dans un centre de prise en charge, une structure dans laquelle des enfants atteints d’autisme sont accueillis et bénéficient d’une prise en charge à temps partiel. Toutefois, le recueil des données s’ese étalé sur une période de neuf mois.
Outils
15 Trois outils d’évaluation ont été utilisés afin de comparer les performances des enfants avant et après l’entrainement à l’imitation : l’echelle d’evaluation de l’imitation (Nadel, 2011). Cet oueil, conçue dans le but d’évaluer le niveau d’imitation des enfants avec autisme, se composée de trois sous échelles : évaluation de l’imitation spontanée ; de la reconnaissance d’être imité et de l’imitation sur commande. Chaque partie de l’échelle comporte 12 épreuves qui permettent d’évaluer les compétences imitatives simples et complexes, familières et non familières et de gestes significatifs et non significatifs. Un tableau récapitulatif des scores, présenté à la fin de cette échelle, permet à l’examinateur de d’effectuer une comparaison entre les scores obtenus dans les trois sous échelles, c’est-à-dire de voir si l’enfant examiné est plus performent en imitation spontanée, en imitation provoquée ou dans la reconnaissance d’être imité. Nous avons utilisé, également, le CARS (Childhood Autism Rating Scale ; Schopler, Reichler,1980), une échelle composée de 15 items, permettant d’apprécier le degré de sévérité de l’autisme. Ainsi que le Profil Psycho Educatif- 3 (PEP-3), élaboré et développé par Schopler et al., (2010). Cet instrument permet, non seulement, de calculer les âges développementaux dans deux domaines principaux : la communication et la motricité, mais aussi, d’élaborer des profils qui font apparaître les forces et les faiblesses de l’enfant dans ces deux domaines.
Procédure
16 Nous avons suivi une procédure en trois temps : une évaluation ; une intervention ; puis une réévaluation. En ce qui concerne la première procédure, nous avons commencé par évaluer l’âge du développement dans le domaine de la communication au moyen du PEP-3, puis les niveaux d’imitation dans ses trois dimensions : spontanée, provoquée et la reconnaissance à être imité, à l’aide de l’échelle d’imitation (Nadel, 2011). Nous avons, dans un second temps, mis en place un protocole d’entrainement à l’imitation. Pour cela nous avons établi un plan de progression en s’inspirant des séquences développementales typiques de l’imitation. Chaques enfant a donc bénéficié de 20 séances d’entrainement, étalées sur une période de trois mois. Le but de cette intervention focalisée étaie d’améliorer le niveau des conduites imitatives de chaque enfant en présentant une succession d’exercices aux enfants . Toutefois, tous les objets que nous avons utilisés pour l’entrainement étaient en double exemplaire.
17 Puis, nous avons réévalué, lors de la troisième procédure, le niveau d’imitation et de communication, en repassant le PEP-3 et l’échelle d’imitation. L’objectif de cette procédure étaie d’estimer, la présence ou non, des changements sur le plan de la communication après l’intervention sur les compétences imitatives.
Résultats
18 Une fois les passations des tests et les cotations réalisées, nous avons effectué une comparaison des scores obtenus par chaque enfant concernant les trois variables : le niveau d’imitation, l’âge développemental dans le domaine de la communication, et l’intensité du trouble autistique. L’ensemble des analyses a été effectué par le test T de Seudene. Ainsi, le logiciel utilisé pour l’analyse statistique des données était le SPSS.
Comparaison des autres à l’imitation avant et après l’entrai nement
19 L’analyse révèle que les scores moyens ont significativement évolué dans les trois épreuves de l’échelle d’imitation. En ce qui concerne l’épreuve d’imitation spontané, on note une augmentation des scores moyens après la passation du protocole d’entrainement (t (20)= 4,33, p<0,05). Les scores ont également évolué après l’entrainement pour l’épreuve de la reconnaissance à être imité (t (20)= 5.17, p<0.05), ainsi que pour l’épreuve d’imitation provoquée (t (20)= 3.08, p<0.05), (tableau 1). Toutefois, on constate que les scores à l’épreuve de la reconnaissance à être imité sont plus élevés que ceux à l’épreuve de l’imitation spontanée et l’imitation provoquée (figure 1)
Moyennes et scures-types des scores obtenus à l’échelle d’imitation
Description
Moyennes et scures-types des scores obtenus à l’échelle d’imitation
Evolution des scores moyens à l’échelle d’imitation
Description
Evolution des scores moyens à l’échelle d’imitation
Comparaison des scores de la communication au PEP-3 avant et après l’entrainement
20 En ce qui concerne la variable de la communication, un noteune augmentation significative des âges moyens du développement dans le domaine de la communication après l’entrainement (t (20) = 2.52, p<0.05), On constate que l’âge moyen des enfants en communication est passé de 20,6 mois à 25,7 mois (figure 2).
Moyennes et écans-types des socres de la communication évalués par le PEP-3
Description
Moyennes et écans-types des socres de la communication évalués par le PEP-3
Intensité du trouble autistique avant et après l’entrainement
21 Les résultats montrent une diminution significative des scores moyens de l’intensité évalué par la CARS après les séances d’entrainement à l’imitation (t (20)= 5.30, p<0.05)
Moyennes et écarts-types des scores de l’intensité de l’aurisme évaliés par la CARS
Description
Moyennes et écarts-types des scores de l’intensité de l’aurisme évaliés par la CARS
Discussion
22 Cette étude avait pour objectif de rester l’efficacité d’une intervention focalisée sur l’imitation, sur le développement de la communication chez un groupe d’enfant avec autisme. Les scores des enfants en imitation, ont significativement évolué après l’entrainement. Et ce, dans ces trois formes : spontané, provoquée et la reconnaissance à être imités. Par ailleurs, nous avons constaté, lors des séances d’entrainement, que tous les enfants que nous avons évalués, même ceux ayant un bas niveau de fonctionnement, ont été capable d’imiter, à un niveau ou à un autre.
23 De plus, cette amélioration sur le plan de l’imitation a entraîné, par la suite, une augmentation significative des scores dans le domaine de la communication. Autrement dit, les âges développementaux en communication, one nettement évolué après l’enerainement. Nous avons également évalué le degré de sévérité du trouble après notre intervention. Les résultats obtenus indiquent une diminution notable de l’intensité de l’autisme après l’entrainement
24 Les résultats de notre étude rejoignent les données de la littérature, en particulier l’étude pilote menée par Nadel (2011) pottant sur l’imitation et la communication non verbale dans le cas de l’autisme.
25 En effet, l’étude de Nadel avait pour objectif de conduire progressivement les enfants avec autisme à alterner les rôles d’imitateur et de modèle, de façon à maitriser un moyen efficace de communication non verbale. Les résultats, tout comme ceux de notre étude, indiquent une augmentation des imitations produites évaluées avec l’échelle d’imitation ainsi qu’avec le l’PEP-R. De même, l’auteur a constaté une amélioration spectaculaire des comportements sociaux positifs évalués par la grille des Comportement Physiques, Sociaux et Emotionnels (CPSE), ainsi qu’une baisse de la sévérité de l’autisme pour 7 enfants sur 8.
26 Rogers et Dawson (2013), confirment que, c’est par le biais de l’umitation que l’enfant reproduit des expressions faciales qui lui facilitent la synchronisation émotionnelle, acquiere de nouveaux sons et mats, qui lui serviront de base pour le développement du langage, apprend l’efficacité des gestes communicatifs pour s’exprimer et pour comprendre les actes communicatifs d’autrui.
27 Certains programmes de prise en charge de type comportemental comme la méthode ABA, (l’Analyse de Comportemene Appliquée, Rivière, 2006), utilisent l’imitation, ou les « guidances par modelage », comme procédures d’enseignement de nouveaux comportements. D’autres interventions, telles que l’ESDM (le modèle de Denver pour jeunes enfants avec autisme, Rogers & Dawon, 2013) estiment que les jeunes enfants atteints d’autisme sont capable d’apprendre à imiter un large éventail de comporements, et ce, dans une variéeés de domaines, à savoir : l’imitation bucco-faciale, l’imitation gestuelle ou l’imitation vocale. Cet apprentissage ciblé, doit donc avoir comme objectif, de développer les modalités de communication non verbale chez les enfants avec autisme qu’il s’agisse de gestes conventionnels, de l’usage du pointer, des tours de rôles ou de l’attention conjointe.
Limites de l’étude
28 Des limites méthodologiques devraient être prises en considération dans notre travail. Tout d’abord, l’échantillon de la population n’est peut, être pas représentatif (21 participants), il serait judicieux d’appliquer le protocole d’entrainement à l’imitation et d’évaluer son efficacité sur un échantillon beaucoup plus large. Toutefois, au même moment de notre étude, les enfants examinés bénéficiaient d’une prise en charge éducative et comportementale. Cette intervention de type « global » pourrait influencer certains paramètres de notre recherche à savoir le niveau de communication ou l’intensité du trouble autistique. De ce fait, il aurait été préférable d’effectuer une comparaison intragroupe : un groupe contrôle (enfants autistes avec entrainement à l’imitation), et un groupe témoin (enfants autistes sans entrainement à l’imitation). Cette hypothèse n’a pas pu être testée, a cause de la taille réduite de notre population.
Conclusion et perspectives
29 L’examen des données recueillies permetrent d’approfondir les résultats de la littérature concernant la place de l’imitation dans le développement de la communication chez les enfanes avec trouble de spectre autistique. Améliorer les conduites imitatives des enfants atteints d’autisme, leurs permet d’acquérir de nouvelles actions et de nouveaux gestes s’inscrivant dans le cadre d’un apprentissage des actes communicatifs et sociaux. Les perspectives offertes par ce travail pourraient favoriser, à l’avenir, l’élaboration des programmes de prise en charge essentiellement ciblées sur le dévéloppement des compétences imitatives chez les enfants avec trouble du spectre autistique.
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Mots-clés éditeurs : autisme, communication, entrainement, imitation provoquée, imitation spontané, intensité, reconnaissances à être imiter
Date de mise en ligne : 04/03/2026
https://doi.org/10.3917/psca.072.0056