Au gré de ses humeurs, Taaroa fabriqua le monde
- Par Simone Grand
Pages 8 à 11
Citer cet article
- GRAND, Simone,
- Grand, Simone.
- Grand, S.
https://doi.org/10.3917/psca.047.0009
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Notes
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[1]
Ce qui me fait comprendre pourquoi quand quelqu’un se mettait à l’ouvrage en décidant par exemple un grand nettoyage de la maison ou du jardin, la question qui posée était toujours : « Après qui ou après quoi es-tu en colère ? » Car chacun sait que le travail de mise en ordre est le meilleur remède à la colère.
1 Taaroa est l’ancêtre de tous les Dieux. Le nom Taaroa peut être décomposé en Ta’a et Roa. Ta’a signifie « séparé » ou « mâchoire inférieure » ou encore « savoir » et Roa signifie « long », « grand » ou « complètement ». Ce qui donne pour Taaroa : « complètement séparé », « grand savoir » ou « mâchoire allongée ».
2 Nana te mau mea ato’a i hamani. Taaora fabriqua toutes choses. Le verbe hamani signifie « fabriquer » comme on fabrique un gâteau, une maison, une robe, un objet ou une histoire, alors que raconter une histoire se dit fa’ati’a i te a’amu : faire tenir debout quelque chose que l’on est invité à manger. Car une histoire se dit a’amu, expression employée aussi pour inciter à manger, à consommer. Donc en me présentant devant vous pour vous raconter quelques unes des humeurs divines ayant présidé à la fabrication du monde, je m’engage à assembler des mots et à les faire tenir debout pour en dégager un quelque chose d’appétissant.
3 Pourquoi insister sur le mot « fabriquer » ? C’est que dans le livre Tahiti aux temps anciens, Teuira Henry traduit hamani par création, créer. C’est en effet le mot « créer » qui est habituellement utilisé pour dire les commencements du monde. Or, créer signifie « faire à partir de rien ». Les traducteurs de la Bible, importèrent le mot grec poiesis qui devint poiete, pour créer. Cela fait partie de ces mots introduits pour amener les Tahitiens à penser autrement que leurs parents. Cela faisait partie des armes de la stratégie de conversion.
4 Pourtant, il existe un mot proche qui est rahu, que le traducteur évangéliste traduit par : faire apparaître par enchantement, par sortilège. Il est intéressant de constater que le traducteur laïque tel que Stimson, traduit rahu par : faire apparaître quelque chose qui préexiste comme un arbre préexiste dans la graine, une île préexiste dans l’océan, un poisson préexiste dans la mer même si l’œil humain ne l’a pas encore aperçu. Le aito héros, navigateur, fait surgir l’île tout comme le pêcheur fait émerger le poisson qu’il vient de capturer. A partir de ces concepts, nous pouvons nous interroger ainsi : Qui est le plus superstitieux des deux ? Est-ce celui qui croit suffisamment à la magie pour la qualifier de diabolique ? de sortilège ? Ou alors celui qui, en observant une graine sait que l’arbre préexiste en elle, constate le mana de la vie sans que pour autant, cela ne relève du sortilège ?
5 Il y a du mana dans le fait de faire surgir quelque chose qui préexiste. Cela ne relève pas de la magie, même si ce phénomène émerveille au point que l’on dise parfois qu’il est magique. Cela n’est pas un miracle non plus.
6 Le mot miracle n’existe pas en tahitien et les traducteurs de la Bible ont importé le mot semeion, signifiant signe pour en faire temeio alors qu’il existe le mot tapa’o pour cela. Et les tapa’o comme dans toute société chamanique existent partout sans que la présence de signes ne soit considéré comme un phénomène extraordinaire, miraculeux ou magique.
7 Pour en terminer avec la fabrication ; dans la pensée tahitienne, tout ce qui existe provient de quelque chose. Comme Taaroa lui-même avait une coquille, tout a une coquille. Le ciel est une coquille, c’est-à-dire un espace sans limites où les divinités placèrent le soleil, la lune et les constellations divines.
8 La terre est une coquille pour les pierres, l’eau, les plantes qui y poussent.
9 La coquille de l’homme est la femme, car c’est par elle qu’il entre dans le monde, et la coquille de la femme est la femme car elle naît de la femme.
Ta’aroa en colère fabriqua le monde
10 Revenons à Taaroa qui vient des temps les plus anciens qui puissent être. Il était son propre père et sa propre mère et grandit seul, revêtant des formes innombrables : Taaroa en haut, Taaroa en bas, Taaroa pierre. Taaroa maison divine avec sa colonne vertébrale pour pilier central et ses côtes en poutres d’appui.
Description
11 Grand Taaroa Vérité, grand Taaroa origine première, Grand Taaroa à la gloire infinie, Comme un œuf, était la coquille de Taaroa tournant dans l’espace infini, sans ciel, sans terre, sans mer, sans lune, sans soleil, sans étoiles. Seule était la nuit, une nuit profonde et pérenne ; la nuit des origines, de tous les commencements ; contenant tous les possibles en gestation.
12 Rumia était le nom de la coquille de Taaora. Taaroa était seul dans sa coquille. Sans père, sans mère, sans frère et sans sœur. Il n’y avait personne, ni porcs, ni chien. Il n’y avait que Taaroa, lui seul.
13 Un jour, mais peut-on dire jour, quand seule était la nuit ? Disons que vint un moment où de mauvaise humeur, agacé d’être dans la nuit de sa coquille, Taaroa donna un coup de pied à sa coquille qui se fendilla laissant apparaître une fissure où seule une fourmi pouvait passer. Il sortit par ce trou et se tint debout dessus. Il regarda et vit qu’il était seul. Il n’y avait aucun son dans cette obscurité.
14 Il appela : qui est là-haut ? Pas de réponse Qui est là en bas ? Silence Qui est devant ? Silence Qui est derrière ? Silence. Il n’y avait que sa voix et l’écho de sa voix.
15 Il appela : Oh espaces pour cieux, espace pour foules, Oh espaces pour terres étendues en haut et en bas. Puis il nagea dans cet espace sans terre, il nagea loin en haut, loin en bas, puis il rentra à Tumu iti, à Faa iti à l’intérieur de sa vieille coquille Rumia et resta dans cet espace confiné dans une nuit épaisse.
16 Fatigué de cette vieille coquille, de mauvaise humeur, il glissa dans une nouvelle et en sortit pour se lever dessus. De cette nouvelle coquille, il fit la fondation, la grande origine du monde, la roche mère, le sol fertile du monde. Rumia l’ancienne coquille devint sa maison, l’enveloppe des cieux divins, le ciel confiné encerclant le monde en formation. Alors Taaroa demeura dans le ciel confiné dans l’obscurité totale, sans lumière aucune, et il devint un adolescent habité par quatre personnages : mémoire, pensée, regard fixe, observation attentive. Ces personnages avaient vu la terre et s’en souvenaient.
17 Qui nomma ce jeune homme Taaroa ? Il se nomma lui-même Taaroa.
18 Taaroa grandit et mûrit. Taaroa fabriqua ensuite la racine pivotante du monde pour époux de la roche mère résonnante et il leur insuffla son esprit qu’il nomma Taaroa nui tumu tahi « Taaroa le suprême - origine première ».
19 Taaroa demeura très longtemps dans le ciel confiné de Rumia. Il fit apparaître les dieux qui lui étaient nés dans l’obscurité. C’est ainsi que le ciel confiné de Rumia fut appelé le ciel des divinités. C’est plus tard, en compagnie de Tu, que Taaroa fabriqua les humains.
20 Quand Taaroa secoua ses plumes, elles devinrent des arbres, des bouquets de bananiers et de la verdure sur la terre. Lorsque la terre devint terre ferme, la grande pieuvre Tumu ra’i fenua, lança ses tentacules en direction du nord, du sud, de l’est, de l’ouest pour maintenir le ciel collé à la terre.
Autre version
21 Taaroa vécut longtemps dans sa coquille ronde comme un œuf qui tournait dans l’espace à l’obscurité profonde et pérenne.
22 Il n’y avait ni lune ni soleil, ni terre, ni montagne, tout était à l’état d’ébauches éparses.
23 A un moment donné, Taaroa tapota sa coquille dans laquelle il était confiné à l’étroit. Elle se fendit et se brisa. Alors Taaora en sortit et se leva sur sa coquille et appela : « qui est là devant ? Qui est là derrière ? » Personne ne répondit. Seul l’écho de sa propre voix lui parvint et rien d’autre… Taaora appela : « Roche mère, rampe vers moi. » Mais il n’y avait pas de roche pour ramper vers lui. Et il dit : « Sable, rampe vers moi » mais il n’y avait pas de sable pour ramper vers lui. Alors il renversa sa coquille et la souleva pour en faire la coque du ciel qu’il appela Rumia.
24 Agacé, de mauvaise humeur, il se glissa hors d’une autre coquille qui l’enveloppait et en fit de la roche et du sable. Toujours en colère, il prit sa colonne vertébrale pour en faire une chaîne de montagnes, ses côtes pour les flancs de montagne, ses viscères pour les grands nuages qui flottent, sa chair pour la fertilité de la terre, ses bras et jambes pour la tonicité de la terre, ses ongles de mains et de pieds pour les écailles et carapaces de poissons, ses plumes ou poils pour les arbres, buissons et plantes grimpantes pour habiller la terre, ses entrailles pour les chevrettes et anguilles de rivière et de mer ; puis le sang de Taaroa s’échauffa et s’en fut rougir le ciel et les arcs-en-ciel.
25 Mais la tête de Taaroa restait sacrée pour lui-même et il continua à vivre sur un corps inébranlable. Il était le Maître de toutes choses qui étaient en croissance et expansion.
26 Taaroa fit apparaître les divinités et beaucoup plus tard, il fabriqua l’homme avec Tu.
Période du chaos
27 Confinée était la terre, maintenue qu’elle était par la pieuvre ou Atea.
28 Survint le temps de la nuit, survint le temps du jour. Moment de calme comme la mer étale, moment de douceur. L’un mince et ténu, l’autre épais.
29 Naquit la première génération de la racine, la roche d’attention juste. La roche lapiézée sous-marine et la roche montagneuse, par les fentes des roches, s’échappent des pierres. Suit l’énumération de roches en apparence opposées mais aux affinités réelles.
30 Voici Taaroa nui ! En lui résidait tout ce qui donne à Hawaii ses reliefs.
31 Puis Taaroa s’exclama : que la roche mère ouvre le passage au sable afin que Te Pori la fertilité accouche de Taere dans le murmure.
32 Quand le roi 1ère génération naquit, il vécut pour la seconde…
33 Les myriades de racines consolidèrent le sable qui devint terre ferme.
34 Taaroa fixa le dôme du ciel, la coquille Rumia sur ses piliers. Il nomma les piliers qui firent s’étendre le ciel Atea dont Taaroa invoqua le mana. Il y eut croissance de l’horizon, croissance du ciel grâce aux piliers, il y eut croissance de la nuit, croissance des montagnes, des cieux, des rochers, de la pluie, de la mousse et de la glaise, des forêts et de la nourriture, du mûrier à tapa et des herbes.
35 Alors Taaroa regarda en haut et en bas, il fut empli de bonne humeur et il éclata de rire…. Puis il appela : Qui est là derrière ? des voix multiples répondirent, les voix de la montagne dressée, les voix de la levée de terre, les voix de la source impétueuse, les voix de la rivière royale : Taaroa nous a installés.
36 Taaroa appela Qui est là devant ? Se nommèrent alors les éléments océaniques se réclamant de l’être de Taaora. Taaroa appela Qui est là-haut ? Moi Atea, l’armée claire, le ciel clair, la fertilité en mouvement, la fertilité du ciel, retournée par la terre. Taaroa ré interrogea l’avant et l’arrière, interrogea ce qui peuple la terre et l’océan. Des voix multiples répondirent.
37 Mais tout restait confiné dans l’espace de Rumia.
Colère des divinités de la nuit
38 Longue était la nuit de Rumia à l’obscurité épaisse, longue nuit si longue, qu’elle équivaut à des multitudes de nos nuits, la longue, lassante nuit, nuit de Rumia. Les messagers arpentaient à grands pas transmettant l’ordre de faire cesser cette nuit si longue au point d’en être honteuse.
39 La grande pieuvre retenant la terre collée au ciel fut examinée par Tumu nui, songeur devant les présages néfastes qu’il déchiffrait dans les cris des oiseaux, dans le bruit des vagues allant jusqu’au fond des vallées et retournant à la mer. Tu décréta la mort de la grande pieuvre Tumu rai fenua qui enlaçait la terre et le ciel, mais il ne put la détruire. Ruatupuanui fut celui qui vainquit la pieuvre.
Mais le ciel restait proche de la terre
40 Uru l’inspiré écopeur de pirogue s’exclama : le confinement doit cesser.
41 Te mumuhu prépara la pirogue et Horo fana’e fila vers Tumu nui et Rua tupu nui à qui il demanda de lui prêter des artisans pour repousser les limites du ciel. Les divinités lui prêtèrent Rima Roa et Faatae qui, munis de leurs herminettes se dépêchèrent vers Atea, la divinité de l’espace. Effrayés par sa majesté, ils s’en retournèrent sans même s’en approcher.
42 Alors Horofana’e s’en fut dans les grandes profondeurs voir Ta’ere qui lui prêta cinq artisans qui, munis de leurs herminettes se dépêchèrent vers Atea, la divinité de l’espace. Effrayés par sa majesté, ils s’en retournèrent sans même s’en approcher. Et il en fut ainsi de plusieurs équipes d’artisans de Tumu nui et de Ta’ere. Ils étaient tous effrayés par la majesté d’Atea refusant de s’en approcher. Aussi le ciel restait-il confiné.
Naissance des demi-dieux
43 Les divinités se mirent à engendrer des enfants divins et Taaroa se mit à fabriquer des humains à partir de la terre. De l’union des divinités et des humains, naquirent des demi-dieux dont le plus prestigieux sera Maui de la famille des Maui.
Le soulèvement du ciel de Rumia
44 Les divinités étaient toujours de mauvaise humeur. Rû en colère, souleva le ciel jusqu’au niveau de la colline Moua raha de Bora Bora et de la colline Avariavari de Raiatea. Puis il consolida cet écartement grâce à des plantes et du corail. Mais cet effort fut si intense qu’il en devint bossu.
45 Alors Tino rua divinité océanique prit la relève mais échoua à faire bouger Atea.
46 C’est alors que Maui, le sixième enfant de Ua hea et Hii Ra ; celui qui est né avant terme sous forme d’une motte de terre que les parents pensèrent dépourvue d’embryon et enveloppèrent dans de l’écorce d’arbre à pain avant de la confier après des prières à la mer. Récupéré par ses ancêtres sous-marins, il grandit doté de huit têtes et s’en revint chez ses parents.
47 Il décida lui aussi de soulever le ciel et réussit à le poser sur les plus hauts sommets. Dépasser ces sommets était son objectif. Il appela des ouvriers pour l’aider mais il ne réussit qu’à consolider son exploit, sans le dépasser.
48 Alors Maui s’envola au 1er ciel, puis au 2e, au 4e, au 9e et il rencontra Tane au 10e ciel. Il lui demanda de lui prêter des artisans pour séparer totalement la terre du ciel pour faire disparaître le confinement.
49 Des coquillages étoiles apparurent dans le ciel. Tane les mit dans son panier à outils et appela son hirondelle blanche pour l’accompagner sur le chantier de Maui et il s’attela avec ses coquillages étoiles à creuser le corps d’Atea, prenant des troncs d’arbre comme levier et supports. Atea souffrait et gémissait mais Tane continua et alors Atea se détacha si haut que la lumière emplit le monde.
50 C’est ainsi que prit fin la longue si longue nuit de Rumia. Les tentacules de la grande pieuvre achevèrent de se détacher, elle tomba dans le sud où elle devint Tubuai.
Après le soulèvement du ciel
51 Quand il fit jour, les humains virent le monde, les nuages, l’espace infini d’Atea. Hina te uuti mahai tua mea, la mère des humains peupla la mer de conques, de raies de crabes de terres, de crevettes et crustacés d’eau douce. La mer ondulait, le soir vint mais les astres n’étaient pas en place et la confusion régnait.
52 Les humains fabriquèrent des maisons, cultivèrent le sol et présentèrent leurs offrandes à Taaora et Maui devint grand prêtre. Alors il se mit en quête de Raitupua qui observa tout ce qui avait été fabriqué et engendré.
Installation de l’ordre des choses
53 Tane le dieu de la beauté et des belles choses salua Raitupua et ensemble ils allèrent au devant d’Atea atteinte de laideur. Atea et Tane se répartirent l’espace et le temps. Les vieilles déesses devinrent les gardiennes du monde foisonnant de vie.
Allons en Nouvelle-Zélande chez les Maoris
54 L’histoire commence par un coït interminable entre les deux jumeaux Rangi le ciel et Papa la terre. Il leur naît 70 fils divins négligés et confinés dans cet enlacement permanent. Lassés et en colère, ils décident de séparer leurs parents. Ils s’activent à les désunir et c’est Tane qui après un premier échec, réussit à repousser Rangi de la terre. Les bras de Rangi sectionnés, quatre piliers furent fichés dans Papa pour tenir à distance Rangi dont les larmes sont pluie et rosée se répandant sur Papa languissante de qui émanent des voiles de brumes et de brouillards de tristesse.
Conclusion
55 Ainsi de Tahiti à Aotearoa, l’on retrouve la notion de mauvaise humeur divine, de lassitude et de colère comme source d’énergie amenant à fabriquer, changer les choses qui existent. Les causes de cette lassitude et cette colère, c’est la nuit et le confinement dans la solitude pour Taaora et dans un 2ème temps, c’est le confinement et la permanence de la nuit pour les divinités secondaires, les demi-dieux et les humains.
56 Taaroa transforme sa mauvaise humeur en mana pour fabriquer le monde. Il s’arrête d’œuvrer quand des voix répondent à ses appels.
57 Mais si pour lui, le chantier était terminé, pour les divinités et les humains qu’il avait fabriqués pour vivre dans ce monde-là, c’était le chaos et la nuit. Nombreux, ils en eurent assez de la nuit permanente et du confinement. En colère, ils décidèrent de soulever Atea, divinité de l’espace, terrifiante de majesté. Dans une autre version, ils détachèrent la pieuvre enserrant la terre et le ciel. Ce travail était si épuisant que le divin Rû se retrouva bossu. Maui ti’iti’i, Maui tikitiki, l’espiègle fils de divinité et d’humaine, souleva le ciel plus haut et mobilisa Tane, le dieu de la beauté et des belles choses. Armé de coquillages étoiles outils, Tane détacha complètement le ciel de la terre pour faire entrer la lumière dans le monde. De même les soixante dix enfants de Rangi et Papa décidèrent de séparer leurs parents mais c’est Tane qui y réussit. Et la lumière entra dans le monde que les enfants parcoururent, visitèrent et fécondèrent pour faire apparaître plantes et animaux ainsi que des humains sur la terre mère.
58 C’est ainsi que les humeurs telles que la lassitude et la colère se révèlent être de puissants leviers pour fabriquer le monde, réveiller les potentialités en sommeil dans le cosmos et dans le corps même de la divinité et de l’humain. Pour organiser le monde et le rendre vivable, c’est encore la mauvaise humeur des divinités de second ordre, du demi-dieu Maui et enfin du beau dieu Tane, qui fut mobilisée pour faire entrer la lumière dans le monde et l’organiser.
59 A partir de mauvaises humeurs, l’énergie mobilisée permit de réunir les conditions de la bonne humeur [1].